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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2103962

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2103962

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2103962
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET LANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2021, M. B A conteste la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 1er avril 2021 en vue du recouvrement des sommes mises à sa charge par les titres exécutoires du 16 mai 2020.

Il soutient que :

- il n'a jamais perçu la somme qui lui est réclamée ;

- la créance réclamée par le département est prescrite.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, le département de Seine-et-Marne, représenté par son président en exercice, représenté par le cabinet Landot et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la juridiction administrative est incompétente pour connaître des conclusions de la requête de M. A dirigées contre un acte de poursuite ; en tout état de cause, la juridiction administrative est incompétente pour se prononcer sur le bien-fondé d'une créance de nature privée, M. A ayant été employé dans le cadre d'un contrat unique d'insertion, qui relève du code du travail ;

- à titre subsidiaire, les deux moyens soulevés par M. A ne sont pas recevables.

Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au

20 septembre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau,

- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté, le 6 janvier 2014, par le département de Seine-et-Marne, dans le cadre d'un contrat unique d'insertion, pour exercer les fonctions d'agent d'entretien général au sein du collège de la plaine des Glacis de la Ferté-sous-Jouarre. Son contrat, renouvelé le 12 décembre 2014, a pris fin le 5 janvier 2016. La paierie départementale de Seine-et-Marne a émis, le 16 mai 2020, quatre avis des sommes à payer correspondant au remboursement de salaires indument perçus entre le 1er août et le 30 novembre 2015. Par la suite, il a fait l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur émise le 1er avril 2021 pour un montant de 924,55 euros par le comptable public de la paierie départementale de Seine-et-Marne, déduction faite des acomptes déjà versés de 125,86 euros. Par la présente requête, M. A, qui conteste la saisie administrative à tiers détenteur émise à son encontre le 1er avril 2021 en vue du recouvrement des sommes mises à sa charge par les titres exécutoires du 16 mai 2020, doit être regardé comme demandant au tribunal qu'il le décharge de l'obligation de payer cette somme.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " (). / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. (). / 7° Le recouvrement par les comptables publics compétents des titres rendus exécutoires dans les conditions prévues au présent article peut être assuré par voie de saisie administrative à tiers détenteur dans les conditions prévues à l'article L. 262 du livre des procédures fiscales ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, par un de ses groupements d'intérêt public ou par les autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public, du groupement d'intérêt public ou de l'autorité publique indépendante pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / a) Pour les créances fiscales, devant le juge de l'impôt prévu à l'article L. 199 ; / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

4. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

5. Il résulte des termes mêmes de la requête de M. A, qui vise la saisie administrative à tiers détenteur émise le 1er avril 2021, qu'elle est dirigée contre un acte de poursuites émis pour le recouvrement d'une créance non fiscale du département de Seine-et-Marne et ne pouvait, de ce fait, tendre qu'à la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées. Or, une telle requête ressortit au contentieux du recouvrement. Dès lors, seul le juge de l'exécution est compétent pour en connaître au fond. Par ailleurs, et, en tout état de cause, à supposer que M. A ait entendu contester le bien-fondé de la créance correspondant aux trop-perçus de rémunération, ce litige, qui se rattache à l'exécution du contrat unique d'insertion, contrat de droit privé en application des dispositions des articles L. 5134-19-3 et L. 5134-24 du code du travail, ne relève pas, ainsi que le fait valoir le département de Seine-et-Marne, de la compétence du juge administratif.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaître.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département de

Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°210396

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