lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2104490 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre, JU |
| Avocat requérant | CABINET DUFOUR & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 mai 2021 et 16 mars 2022,
M. A B, représenté par Me Dufour, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 23 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;
2°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 5 août 2017, 29 décembre 2018, 14 mars 2019, 24 octobre 2019 et 27 avril 2019 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ;
- les prétendues décisions portant retrait de points, qui n'ont pas été matérialisées par un écrit, ne sont pas motivées en méconnaissance de la loi du 11 juillet 1979 et ne lui ont pas été notifiées ; la décision référencée " 48SI " est ainsi entachée d'illégalité dès lors qu'elle résulte de la prise en compte de ces décisions " 48 " qui n'existent pas en droit et qui ont été répertoriées sur son dossier du permis de conduire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête de M. B.
Il soutient que :
- le moyen tiré de l'imputabilité des infractions commises est porté devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- le moyen tiré de ce que les décisions portant retraits de points ne lui auraient pas été notifiées est inopérant ;
- les autres moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 16 mars 2022, la clôture d'instruction a été reportée au
16 mai 2022 à 12 heures.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 5 août 2017, dès lors que ce point a été restitué à M. B le 16 juillet 2018, soit antérieurement à l'introduction de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a commis différentes infractions au code de la route, notamment, les 5 août 2017, 29 décembre 2018, 14 mars 2019, 24 octobre 2019 et 27 avril 2019 ayant entraîné la perte de douze points. Par une décision référencée " 48SI " du 23 octobre 2020, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retrait de points, constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Le recours gracieux formé par M. B, par courrier du 13 janvier 2021, a été implicitement rejeté par le ministre de l'intérieur. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " du 23 octobre 2020 portant invalidation de son permis de conduire, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, et les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions relevées les 5 août 2017, 29 décembre 2018, 14 mars 2019, 24 octobre 2019 et 27 avril 2019.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait d'un point consécutivement à l'infraction relevée le 5 août 2017 :
2. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 12 juillet 2021, et produit par le ministre de l'intérieur, que le point retiré sur son permis de conduire consécutivement à l'infraction constatée le 5 août 2017 lui a été restitué le 16 juillet 2018, soit avant l'introduction de sa requête. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait d'un point consécutive à l'infraction ainsi reprochée à l'intéressé sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et, en tout état de cause, les conclusions aux fins d'injonction qui s'y rapportent.
Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :
Sur les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 29 décembre 2018, 14 mars, 27 avril et 24 octobre 2019 :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :
S'agissant des infractions commises les 29 décembre 2018, 14 mars et 24 octobre 2019 :
3. La délivrance, préalablement au règlement de l'amende, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. En vertu de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu des mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins soit que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet, soit qu'il démontre que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé, auquel cas la réception d'un avis d'amende forfaitaire majorée ne peut être regardée comme établie.
4. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 12 juillet 2021, et produit par le ministre de l'intérieur, que les infractions commises les 29 décembre 2018 et 14 mars 2019, relevées par radar automatique, ainsi que l'atteste la mention " CNT-CSA " portées sur ce relevé, et 24 octobre 2019, relevée par procès-verbal dématérialisé dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, ainsi que l'atteste la mention " PVE ", ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires de l'amende forfaitaire majorée.
5. Le ministre de l'intérieur soutient que M. B s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires majorées et produit, à l'appui de son argumentation, les attestations par lesquelles le trésorier du contrôle automatisé établit l'encaissement des amendes forfaitaires majorées respectivement de 375 euros, s'agissant des infractions des 29 décembre 2018 et 14 mars 2019, et le bordereau de situation du 5 juillet 2022 relatif aux amendes et condamnations pécuniaires que M. B a réglé l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction constatée le 24 octobre 2019. Ce faisant, relève le ministre de l'intérieur, en payant les amendes forfaitaires majorées après réception des avis de contravention contenant l'information préalable, M. B, qui n'établit ni même n'allègue avoir reçu des avis de contravention incomplets ou avoir formé une réclamation recevable sur le fondement de l'article 530 du code de procédure pénale, est réputé avoir bénéficié de l'information. Toutefois, M. B verse au débat les avis de saisie administrative à tiers détenteur des 31 août 2020 et 24 janvier 2021, qui démontrent que les sommes correspondant aux amendes forfaitaires majorées pour les trois infractions litigieuses ont fait l'objet de paiement dans le cadre de procédures de recouvrement forcé. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément probant produit par le ministre de l'intérieur, ce dernier n'établit pas que M. B a reçu, préalablement au recouvrement forcé des amendes forfaitaires majorées, des avis de contravention comportant les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et
R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 29 décembre 2018, 14 mars et 24 octobre 2019 doivent être regardées comme étant intervenues au terme d'une procédure irrégulière.
En ce qui concerne le moyen tiré de défaut d'établissement de la réalité des infractions :
S'agissant de l'infraction commise le 27 avril 2019 :
6. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, la réalité d'une infraction est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
7. Il résulte de l'instruction et, notamment, des mentions du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 12 juillet 2021, et produit par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise le 27 avril 2019, qui a été relevée par procès-verbal dématérialisé dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, ainsi que l'attestent la mention " PVE " portée sur ce relevé, que l'intéressé a refusé de signer, a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur soutient que la réalité de l'infraction est établie par le seul paiement de l'amende forfaitaire majorée, M. B verse au débat la réclamation du 17 février 2022 dont il a saisi l'officier du ministère public, qu'il a reçue le 21 février 2022, ainsi que le courrier de cet officier du ministère public du 7 mars 2022 informant M. B qu'il avait procédé à l'annulation de l'amende forfaitaire majorée. Dans ces conditions, la réalité de l'infraction du 27 avril 2019 reprochée à M. B ne peut être regardée comme établie.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. B est fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 29 décembre 2018 et 14 mars, 27 avril et
24 octobre 2019.
Sur la décision référencée " 48SI " en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. B :
9. La décision du ministre de l'intérieur constatant l'invalidation du permis de conduire de M. B récapitule les décisions de retrait de points. En vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Par le présent jugement, il est procédé à l'annulation des décisions portant retrait d'un point, deux points, et deux fois quatre points consécutivement aux infractions constatées les
29 décembre 2018, 14 mars, 27 avril et 24 octobre 2019. Eu égard à ces annulations, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. B est redevenu positif. Dès lors, la décision référencée " 48SI " du 23 octobre 2020 doit être annulée ainsi que la décision de rejet du recours gracieux.
Sur le surplus des conclusions aux fins d'injonction :
10. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique nécessairement, dans la limite du capital de points affecté au permis de conduire de M. B et sous réserve des infractions non prises en compte à la date de la décision qui l'a invalidé, de lui restituer les onze points qui lui ont été irrégulièrement retirés consécutivement aux infractions commises les 29 décembre 2018, 14 mars, 27 avril et 24 octobre 2019. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions relevées les 29 décembre 2018, 14 mars, 27 avril et 24 octobre 2019, la décision référencée " 48 SI " du 23 octobre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet du recours gracieux sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, les onze points illégalement retirés par les décisions annulées à l'article 1er, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 200 (mille deux cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 février 2024.
La magistrate désignée,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2104490
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026