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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104642

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104642

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104642
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC+
Formation1ère chambre
Avocat requérantDANTE SELARL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2021, M. A D et Mme B C, représentés par Me Joseph-Oudin, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser une indemnité en réparation des conséquences dommageables de la vaccination contre la grippe dont M. D a été l'objet ;

2°) d'ordonner avant dire droit une expertise médicale en vue de confirmer le lien entre la vaccination et la narcolepsie avec cataplexie que M. D a développée et d'évaluer l'entier préjudice qu'il a subi depuis l'apparition des symptômes de la maladie dont il est atteint ;

3°) de mettre à la charge de l'ONIAM l'avance des frais d'expertise et à défaut de réserver les frais d'expertise à la fin de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

M. D et Mme C soutiennent que :

- M. D a été l'objet d'une vaccination obligatoire contre la grippe et il est, par suite, fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 3111-9 du code de la santé publique qui prévoient une indemnisation au titre de la solidarité nationale du préjudice directement imputable à une vaccination obligatoire ;

- compte tenu de la date d'apparition des premiers symptômes de la narcolepsie avec cataplexie dont M. D est atteint, soit quatre mois après sa vaccination, cette maladie doit être regardée comme imputable à la vaccination obligatoire dont il fait état ;

- une expertise doit être ordonnée afin de constater et d'évaluer l'intégralité du préjudice subi en lien avec la vaccination ;

- compte tenu des circonstances de la procédure et de l'échec de la voie amiable d'indemnisation, la rémunération de l'expert devra être mise à la charge de l'ONIAM.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par

Me Saumon, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la vaccination en litige ayant été réalisée en dehors des conditions fixées aux articles L. 3111-1 à L. 3111-11 du code de la santé publique, celle-ci n'est pas obligatoire au sens de ces articles ;

- en tout état de cause, le dernier état de la connaissance scientifique exclut tout lien entre une narcolepsie avec cataplexie et la vaccination avec le vaccin Vaxigrip ;

- l'expertise sollicitée est dépourvue d'utilité.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2006-1260 du 14 octobre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère,

- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,

- et les observations de Me De Noray, substituant Me Joseph-Oudin, avocate de M. D et de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, soldat de première classe dans l'armée de terre, s'est soumis le 7 janvier 2009, à l'occasion de son incorporation, à une séance de vaccination contre la grippe saisonnière réalisée par le service de santé des armées. M. D et Mme C, sa conjointe, ont demandé à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) de leur verser, au titre de la solidarité nationale, une indemnité en réparation du préjudice résultant de la narcolepsie avec cataplexie dont M. D est atteint et qu'il impute à la vaccination qu'il a subie. Par une décision du 16 mars 2021, L'ONIAM a rejeté la demande de M. D. Ce dernier et Mme C demandent au tribunal de condamner l'ONIAM à réparer le préjudice qu'ils subissent en conséquence de la vaccination évoquée ci-dessus après qu'une expertise médicale soit ordonnée.

2. Aux termes de l'article L. 3111-1 du code de la santé publique : " La politique de vaccination est élaborée par le ministre chargé de la santé qui fixe les conditions d'immunisation, énonce les recommandations nécessaires et rend public le calendrier des vaccinations après avis de la Haute Autorité de santé. / Un décret peut, compte tenu de l'évolution de la situation épidémiologique et des connaissances médicales et scientifiques, suspendre, pour tout ou partie de la population, les obligations prévues aux articles L. 3111-2 à L. 3111-4, L. 3111-6 et

L. 3112-1. / (). ". L'article L. 3111-4 du même code dispose que : " Une personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l'exposant à des risques de contamination doit être immunisée contre () la grippe ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 octobre 2006 : " L'obligation vaccinale contre la grippe prévue à l'article L. 3111-4 du code de la santé publique est suspendue ". L'article L. 3111-9 du code de la santé publique dispose que : " Sans préjudice des actions qui pourraient être exercées conformément au droit commun, la réparation intégrale des préjudices directement imputables à une vaccination obligatoire pratiquée dans les conditions mentionnées au présent titre, est assurée par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales institué à l'article L. 1142-22, au titre de la solidarité nationale () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 3111-9 du code de la santé publique, qui viennent d'être citées, que seules les conséquences dommageables d'une vaccination qui est rendue obligatoire par les dispositions du titre premier du livre premier de la troisième partie de ce code peuvent faire l'objet d'une indemnisation par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale.

4. Le 7 janvier 2009, date à laquelle M. D s'y est soumis, la vaccination contre la grippe saisonnière n'était pas rendue obligatoire par les dispositions du code de la santé publique qui viennent d'être évoquées compte tenu de la suspension de l'obligation vaccinale prévue par le décret du 14 octobre 2006. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir, à l'encontre de l'ONIAM, d'un droit à être indemnisé au titre de la solidarité nationale et ne sauraient utilement invoquer la circonstance que la vaccination contre la grippe était inscrite au calendrier vaccinal des armées de l'année 2008, issu de la circulaire ministérielle n° 3068/DE/DCSSA/AST/TEC/EPID du 14 décembre 2007, prévoyant qu'elle soit pratiquée à tous les militaires au moment de leur incorporation.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D et de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D et de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Mme B C et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM).

Copie pour information en sera transmise à la caisse primaire d'assurance maladie du

Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Aurore Perrin, première conseillère,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La rapporteure,

A. PerrinLe président,

T. Gallaud

La greffière,

O. Dusautois

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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