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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2104977

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2104977

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2104977
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantDORASCENZI-FENART AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 mai 2021, la SARL Cebisa France, représentée par Me Dorascenzi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés des années 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 et de la retenue à la source au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requérante soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée en ce qui concerne les motifs des rectifications ;

- c'est à tort que le service a rejeté l'intégralité des charges relatives aux loyers, charges locatives et frais d'entretien, alors que le bien loué était utilisé par le gérant pour les besoins de la société ;

- c'est également à tort que l'administration a rejeté les factures émises par sa société-mère.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Cebisa France qui exerce une activité de vente de gros de matériels électroniques et de composants informatiques, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification le 28 novembre 2018. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2015 et 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période vérifiée et des retenues à la source au titre de l'année 2015 ont été mises en recouvrement le 14 février 2020. La société a présenté une réclamation d'assiette le 13 juillet 2020, rejetée partiellement par décision du directeur de contrôle fiscal Ile-de-France en date du 25 mars 2021. Par la requête précitée, l'intéressée demande la décharge de ces impositions.

Sur la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler utilement ses observations. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

3. La proposition de rectification du 28 novembre 2018 mentionne les impôts concernés, les années d'imposition et la base d'imposition et précise notamment qu'en l'absence d'éléments matériels justifiant de la charge tant dans son principe que de son montant, la déduction des facturations effectuées par la société suisse SMCI Holding, société-mère de la requérante, est remise en cause, que le solde créditeur du compte courant d'associé de cette société à l'ouverture de la période vérifiée n'avait pas été justifié à hauteur de 403 314,42 euros, de sorte que ce montant constituait un passif injustifié, que le bénéfice du taux réduit d'impôt sur les sociétés n'ayant pas été justifié, le taux normal a été appliqué et qu'il convenait d'appliquer le taux de 30 % de la retenue à la source sur les sommes versées à la société-mère précitée, en l'absence de pièces justificatives produites. Cette proposition comporte ainsi l'ensemble des éléments de fait et de droit permettant à la contribuable de formuler utilement ses observations, ainsi qu'elle l'a fait par un courrier du 28 janvier 2019. Si la société soutient que l'administration aurait modifié les chefs de redressement dans le cadre de la réponse aux observations du contribuable, le caractère suffisant de la motivation de la proposition de rectification s'apprécie à la date de son édiction et non ultérieurement. De même, si elle conteste la pertinence des motifs de redressements précités, la régularité de la motivation de la proposition de rectification ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. En premier lieu, le vérificateur a constaté que la requérante était locataire à Samois-sur-Seine de locaux appartenant à la SCI de la Fontaine aux Cerfs, dont elle était actionnaire majoritaire, et réglait des charges locatives et des frais d'entretien pour ces locaux qu'elle n'utilisait pas, dès lors que l'ensemble de son activité était réalisé dans son établissement situé à Lisses, avant de considérer que le coefficient de déduction de taxe sur la valeur ajoutée était nul. Par ailleurs, le vérificateur a également constaté l'existence de travaux effectués dans l'immeuble appartenant à la SCI mais néanmoins réglés par la requérante et a considéré que le règlement de ceux-ci constituait un acte anormal de gestion. Enfin, l'ensemble des loyers et charges réglés par la requérante a été remis en cause, dès lors que si elle avait son siège social à cette adresse, l'ensemble de son activité avait lieu à Lisses et qu'aucun élément matériel ne venait corroborer la réalité d'une activité économique à Samois-sur-Seine.

5. D'une part, si la requérante soutient que les constations du service auraient dû donner lieu à l'établissement d'un procès-verbal de constat, elle n'invoque ainsi la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire.

6. D'autre part, la société soutient que si son activité avait bien lieu à Lisses et pas à Samois-sur-Seine, le bien loué à la SCI avait un véritable usage puisqu'il permettait, au moins en partie, à son dirigeant, résident suisse et atteint d'une longue maladie, d'exercer son activité professionnelle en France. Toutefois, elle n'apporte à l'appui de telles allégations aucune pièce justificative.

7. En second lieu, comme indiqué auparavant, le service a remis en cause la déduction des facturations effectuées par la SMCI Holding. Si à l'appui de ses observations, la requérante a produit les deux factures émises par sa société-mère au titre des années 2015 et 2016, il est constant, ainsi qu'il ressort des mentions de la réponse aux observations du contribuable, que le service a constaté que l'objet social de cette société était l'" acquisition et administration de participations à des entreprises commerciales, industrielles et financières ", ce qui n'avait pas de liens avec les prestations de services commerciaux et techniques qu'elle était censée fournir à la requérante en vertu d'un contrat du 4 janvier 2010, que la SMCI Holding n'établissait pas disposer des immobilisations ni des moyens humains et matériels pour effectuer ces prestations, alors notamment qu'elle ne disposait d'aucun salarié, et que la prospection vers les marchés étrangers avait été effectuée directement par des salariés de la requérante.

8. La SARL Cebisa France se prévaut des factures produites, et fait valoir que pour les prestations en cause, il ne semble pas opportun de disposer d'un personnel pléthorique, que la société-mère pouvait intervenir en faisant appel à des prestataires extérieurs et que les déplacements de ses salariés à l'étranger ne concernaient que l'exercice 2015 et pas 2016. Toutefois, faute de produire des éléments probants de nature à établir la réalité des prestations ainsi facturées et ainsi à remettre en cause les constatations précitées effectuées par l'administration, la requérante n'est pas fondée à contester la remise en cause de la déduction de ces montants facturés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge des impositions en cause doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions au titre des frais de justice doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par la SARL Cebisa France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Cebisa France et au directeur de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :P. Meyrignac Le président,

Signé :N. Le Broussois

Le greffier,

Signé :G. Ngassaki

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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