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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105215

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105215

mardi 19 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDUGUEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 juin 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme E A D et Mme I F.

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 mai 2021, 17 février et 30 octobre 2023, Mme E A D, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de sa fille H A D et de son fils B G C, et Mme I F, représentées par Me Duguey, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à verser, en réparation des conséquences dommageables des conditions dans lesquelles Mme E A D a été prise en charge à l'hôpital Henri-Mondor le 4 septembre 2018 ;

a) la somme totale de 40 826,27 euros à Mme E A D ;

b) la somme de 2 000 euros à Mme I F ;

c) la somme de 2 000 euros pour chacun des enfants mineurs K Mme AD ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme

de 5 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme A D a été victime d'une infection nosocomiale au cours de son hospitalisation à l'hôpital Henri-Mondor, de nature à engager la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris ;

- le préjudice dont Mme A D est fondée à demander réparation doit être évalué de la façon suivante : dépenses de santé actuelles : 180 euros ; frais d'assistance par tierce personne : 936 euros ; pertes de gains professionnels actuels : 2 652,77 euros ; incidence professionnelle : 15 000 euros ; déficit fonctionnel temporaire : 2 057,50 euros ; souffrances endurées : 6 000 euros ; préjudice esthétique temporaire : 2 500 euros ; déficit fonctionnel permanent : 10 000 euros ; préjudice esthétique permanent : 1 500 euros ;

- le préjudice d'affection des enfants H et B et celui K I F doit être réparé par l'allocation d'une somme de 2 000 euros chacun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2023, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, représentée par son directeur général, demande au tribunal de réduire les sommes allouées aux requérantes à de plus justes proportions.

Elle fait valoir que :

- il y a lieu de réduire à de plus justes proportions les sommes allouées au titre des postes de préjudice suivants à hauteur des montants suivants : déficit fonctionnel temporaire :

1 536 euros ; préjudice esthétique temporaire : 2 000 euros ; souffrances endurées : 4 000 euros ; préjudice d'affection des enfants K A D : 800 euros ;

- il y a lieu de rejeter la demande tendant à l'indemnisation de l'incidence professionnelle du dommage.

Par un mémoire, enregistré le 29 août 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, représentée par Me Rachel Lefebvre, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme de 20 961,20 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts à compter du 17 août 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris l'indemnité forfaitaire prévue par le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme

de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

[0]

Par un acte, enregistré le 4 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris déclare se désister de ses conclusions.

L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) a présenté des observations le 8 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- les conclusions de M. Cyril Dayon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D a été admise à l'hôpital Henri-Mondor le 3 septembre 2018 afin de subir une intervention consistant en une dermo-lipectomie des cuisses bilatérales le 4 septembre 2018, qui a nécessité une reprise chirurgicale le 14 septembre 2018 en raison d'une infection. Après avoir saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France, Mmes A D, agissant en son nom propre et en celui de représentante légale de sa fille H A D et de son fils B G C, et Mme I F demandent au tribunal de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à les indemniser des conséquences dommageables de l'infection dont a été victime MmeJo.

Sur le désistement de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris :

2. Par un acte, enregistré le 4 août 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris déclare se désister des conclusions qu'elle avait présentées après que la requête lui eut été communiquée. Ce désistement est pur et simple et rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur la responsabilité :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère ".

4. Doit être regardée, au sens des dispositions qui viennent d'être citées, comme présentant un caractère nosocomial une infection, qu'elle soit exogène ou endogène, survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI d'Ile-de-France, que, au décours de l'intervention qu'elle a subie le 4 septembre 2018 à l'hôpital Henri-Mondor, Mme A D a présenté à partir du 10 septembre 2018 des rougeurs péri-cicatricielle et une fébricule, puis, à compter du 13 septembre 2018 une zone nécrotique à proximité de la cicatrice résultant de l'intervention de dermo-lipectomie et que, à l'occasion de la reprise chirurgicale qui a été pratiquée le 14 septembre 2018 aux fins de procéder au lavage et au drainage de la cicatrice, des prélèvements ont été réalisés et se sont révélés positifs à plusieurs germes. Les experts ont relevé que l'infection multifactorielle dont a été victime MmeJo est survenue au cours de cette intervention du 4 septembre 2018. En outre, il ne résulte pas de l'instruction qu'une cause étrangère à la prise en charge chirurgicale dont a été l'objet Mme A D soit à l'origine de l'infection dont elle a ainsi été atteinte. Dans ces conditions, Mme A D est fondée à rechercher la responsabilité de l'AP-HP au titre de cette infection, qui doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial.

Sur le préjudice :

6. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santéKe A D peut être fixée au 14 septembre 2019.

En ce qui concerne le préjudiceKe A D, victime directe :

7. En premier lieu, Mme A D justifie de frais médicaux restés à sa charge pour un montant de 180 euros et qui présentent un lien avec les conséquences dommageables de l'infection nosocomiale dont elle a été victime.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la dégradation de l'état de santéKe A D imputable à l'infection nosocomiale dont elle a été victime à la suite de l'intervention du 4 septembre 2018, a nécessité une assistance par une tierce personne que le rapport d'expertise évalue à 7 heures par semaine du 22 septembre au 22 octobre 2018 puis à 4 heures par semaine du 23 octobre au 5 décembre 2018, et que Mme A D n'a pas perçu de somme devant venir en déduction du montant qui est indemnisable à ce titre. Les frais d'assistance par tierce personne non spécialisée peuvent être évaluées, par application d'un taux horaire de 18 euros tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail le dimanche et sur une base de 412 jours par an pour tenir compte des congés et des jours fériés, à la somme totale de 1 140,70 euros.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A D exerçait la profession d'aide-soignante. Placée en arrêt de travail du 3 septembre 2018 au 28 février 2019, elle a repris son activité professionnelle à mi-temps thérapeutique jusqu'au 15 mars 2020 mais que, sans l'infection dont elle a été atteinte, Mme A D aurait toutefois subi un arrêt de travail du 3 septembre 2018 au 12 novembre 2018. La perte de gains professionnels susceptible d'être indemnisée couvre en conséquence la période du 13 novembre 2018 au

15 mars 2020. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation de l'employeur de la victime et du relevé des débours établi par la caisse primaire d'assurance maladie de Paris, que Mme A D a subi, durant la période qui vient d'être évoquée, une perte de revenus qui est restée à sa charge, qui s'élève à la somme 2 652,77 euros.

10. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du compte rendu de visite médicale auprès de la médecine du travail du 7 avril 2020 produit par Mme A D, que celle-ci présente des difficultés à se maintenir en position debout au-delà d'une durée d'une heure et une impossibilité à se mettre en position accroupie, ce qui entraîne une pénibilité accrue au travail qui justifie, selon le médecin du travail, que la requérante soit affectée sur un poste sédentaire assis. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette pénibilité soit imputable aux conséquences dommageables de l'infection nosocomiale dont a été victime MmeJo à la suite de l'intervention du 4 septembre 2018. Par suite, cette dernière n'est pas fondée à demander réparation au titre de l'incidence professionnelle du dommage.

11. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A D a subi un déficit fonctionnel temporaire, imputable à l'infection dont elle a été victime, en totalité du 11 au 21 septembre 2018, à hauteur de 25 % du 22 septembre au 22 octobre 2018, à hauteur de 50 % du 23 octobre au 5 décembre 2018, et à hauteur de 15 % du 6 décembre 2018 au 14 septembre 2019. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour l'intéressée en lui allouant à ce titre une somme de 1 500 euros.

12. En sixième lieu, il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme A D du fait de l'infection dont elle a été atteinte peuvent être évaluées à 3 sur une échelle de 0 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.

13. En septième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire subi par Mme A D en l'évaluant à la somme de 500 euros.

14. En huitième lieu, si Mme A D demande réparation au titre d'un déficit fonctionnel permanent, les experts désignés par la CCI d'Ile-de-France ont estimé qu'aucune conséquence de ce type n'était imputable à l'infection dont elle a été victime. MmeJo n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause cette appréciation des experts.

15. En neuvième lieu, il résulte de l'instruction que Mme A D reste atteinte, après consolidation de son état de santé, d'un préjudice esthétique permanent qui peut être évalué à 1,5 sur une échelle de 0 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en allouant à ce titre à l'intéressée la somme de 1 000 euros.

16. En dixième et dernier lieu, Mme A D justifie de frais qu'elle a exposés au titre de l'assistance d'un conseil pour faire valoir ses droits devant la CCI d'Ile-de-France. Ces frais doivent être regardés comme trouvant leur cause dans les conséquences dommageables dont elle a été atteinte dans la limite d'une somme de 2 500 euros.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme A D est fondée à demander la condamnation de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme totale de 13 473,47 euros.

En ce qui concerne le préjudice des victimes indirectes :

18. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection résultant pour les enfantsKe A D, sa fille mineure H A D, son fils mineur B G C et Mme I F en l'évaluant à la somme de 800 euros pour chacun d'entre eux.

19. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à verser, d'une part, à Mme I F la somme

de 800 euros et, d'autre part, à Mme A D en qualité de représentante légale de sa fille H A D et de son fils M. B G C la somme

de 800 euros pour chacun d'entre eux.

Sur les frais liés au litige :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par MmeJo et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de Paris.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à MmeJo une somme de 13 473,47 euros.

Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à MmeJo une somme de 800 euros en sa qualité de représentante légale de sa fille mineure H A D.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à MmeJo une somme de 800 euros en sa qualité de représentante légale de son fils mineur B G C.

Article 5 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à Mme F une somme de 800 euros.

Article 6 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme A D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A D, première dénommée, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris.

Copie pour information en sera transmise à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales

Délibéré après l'audience du 1er mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mars 2023.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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