mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105435 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 2 février 2021 sous le n° 2101015, Mme C A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne lui a notifié un indu de prime exceptionnelle d'un montant de 335,29 euros pour l'année 2019 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne le versement à son conseil, Me Desfarges, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision litigieuse a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de la caisse d'allocations familiales est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire a été méconnu et, ce faisant, les droits de la défense ;
- au fond, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II - Par une requête, enregistrée le 2 février 2021 sous le n° 2101016, Mme C A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne lui a notifié un indu de prime exceptionnelle d'un montant de 335,29 euros pour l'année 2018 ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer cette somme ;
3°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne le versement à son conseil, Me Desfarges, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision litigieuse a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision de la caisse d'allocations familiales est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire a été méconnu et, ce faisant, les droits de la défense ;
- au fond, la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
III - Par une requête, enregistrée le 9 juin 2021, sous le n° 2105435, Mme C A, représentée par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a rejeté son recours administratif contre la décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 431,33 euros ;
2°) de la décharger du paiement de cette somme ;
3°) d'enjoindre au département du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir assortie d'une astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne le versement à son conseil, Me Desfarges, de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- son recours est recevable ;
- la décision litigieuse a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique et ne comporte aucune des informations prévues aux articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision implicite de rejet est entachée d'incompétence ;
- la décision du 12 novembre 2020 est insuffisamment motivée ;
- la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 262-47 et R. 262-90 du code de l'action sociale et des familles ;
- le principe du contradictoire a été méconnu et, ce faisant, les droits de la défense ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'elle réside de manière stable et effective en France, qu'elle n'a pas de revenus supplémentaires qu'elle aurait dû déclarer et qu'elle n'a eu aucune intention de frauder ;
- à titre subsidiaire, elle est de bonne foi et demande à bénéficier d'une remise gracieuse de la totalité de sa dette.
Les éléments de la procédure ont été communiquées au département du Val-de-Marne qui n'a pas produit malgré la mise en demeure du 2 mai 2022.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par trois décisions respectivement du 20 janvier et 21 avril 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B sur chacune des trois affaires, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Pour les affaires 2101015 et 2101016, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Pour l'affaire n° 2105435, par une ordonnance du 7 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été reportée au 11 juillet 2022 à 12h, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A est bénéficiaire de plusieurs aides sociales dont le revenu de solidarité active et la prime exceptionnelle de fin d'année. A l'issu d'un contrôle réalisé par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne le 24 septembre 2020, cette dernière lui a notifié plusieurs indus dont notamment un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 15 431,33 euros pour la période de décembre 2017 à octobre 2020, un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2018 d'un montant de 335,39 euros et un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2019. A la suite de la notification de ces sommes par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, Mme A a formé un recours administratif par lequel elle a contesté le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active et a demandé la remise gracieuse de cet indu. Elle a également formé deux demandes de remise gracieuse concernant les dettes de prime exceptionnelle de fin d'année. Ces demandes ont été implicitement rejetées par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne et le département du Val-de-Marne. Par trois requêtes distinctes, Mme A demande l'annulation de ces décisions ainsi que la décharge de l'obligation de payer les sommes réclamées.
Sur la jonction des requêtes :
2. Les requêtes susvisées nos 2101015, 2101016 et 2105435 présentent à juger des questions connexes et concernent une même requérante. Dès lors, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active :
En ce qui concerne la portée du litige :
3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes du I de l'article L. 262-25 du même code : " Une convention est conclue entre le département et chacun des organismes mentionnés à l'article L. 262-16. / Cette convention précise en particulier : /
1° Les conditions dans lesquelles le revenu de solidarité active est servi et contrôlé ; / 2° Les modalités d'échange des données entre les parties ; / 3° La liste et les modalités d'exercice et de contrôle des compétences déléguées, le cas échéant, par le département aux organismes mentionnés à l'article L. 262-16 () ". Aux termes de l'article R. 262-60 de ce code : " La convention prévue à l'article L. 262-25 comporte des dispositions générales relatives à : / () 4° Les conditions et limites dans lesquelles la commission de recours amiable de ces organismes rend un avis sur les recours administratifs adressés au président du conseil départemental ; ces stipulations portent notamment sur l'objet et le montant des litiges dont la commission est saisie et les conditions financières de cette intervention () ". L'institution par ces dispositions de recours administratifs, préalables obligatoires à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il suit de là que les décisions explicites ou implicites prises à la suite de tels recours se substituent nécessairement aux décisions initiales, et sont seules susceptibles d'être déférées au juge. Par suite, les conclusions dirigées contre l'indu de revenu de solidarité active doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision implicite rejetant le recours préalable obligatoire formé par Mme A et reçu par le département du Val-de-Marne le 7 décembre 2020.
En ce qui concerne la régularité de l'indu :
4. En premier lieu, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée est inopérant dès lors qu'il se rapporte à une décision implicite de rejet, qui a nécessairement été prise par l'autorité compétente.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 311-3-1 du code des relations entre le public et l'administration : " () une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique comporte une mention explicite en informant l'intéressé. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées par l'administration à l'intéressé s'il en fait la demande. / Les conditions d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'État ". Aux termes de l'article R. 311-3-1-2 du même code : " L'administration communique à la personne faisant l'objet d'une décision individuelle prise sur le fondement d'un traitement algorithmique, à la demande de celle-ci, sous une forme intelligible et sous réserve de ne pas porter atteinte à des secrets protégés par la loi, les informations suivantes : / 1° Le degré et le mode de contribution du traitement algorithmique à la prise de décision; / 2° Les données traitées et leurs sources ; / 3° Les paramètres de traitement et, le cas échéant, leur pondération, appliqués à la situation de l'intéressé ; / 4° Les opérations effectuées par le traitement ".
6. Mme A soutient que les dispositions des articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoient que les décisions individuelles prises sur le fondement d'un traitement algorithmique comportent une mention explicite en informant l'intéressée, ont été méconnues par le département. Toutefois, la décision implicite de rejet opposée par le président du conseil départemental du Val-de-Marne, seul en cause en l'espèce, ne saurait, en tout état de cause, résulter de l'application d'un traitement algorithmique Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision implicite de rejet de son recours préalable a été prise sur le fondement d'un traitement algorithmique sans mentionner les informations prévues par l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, est inopérant. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'indu en litige a été constaté au vu des résultats du contrôle réalisé par un agent assermenté et non sur le fondement d'un traitement algorithmique. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision ne comporterait aucune des mentions exigées par les articles L. 311-3-1 et R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il résulte des dispositions citées au point 3 que la consultation préalable de la commission de recours amiable en matière de contestations relatives au revenu de solidarité active formées auprès du président du conseil départemental est prescrite par les dispositions précitées de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, sauf lorsque la convention de gestion conclue entre la caisse d'allocations familiales et le département en dispose autrement, en application de l'article R. 262-89 du même code. Les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ci-dessus exposées ne font pas obstacle à ce qu'une convention de gestion exclut la consultation de la commission de recours amiable. En l'espèce, en vertu de de l'article 6 de la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 13 mars 2017 entre le département du Val-de-Marne et la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, applicable au litige en vertu de l'avenant n° 2 signé le 12 juin 2020, les contestations relatives au bien-fondé de l'indu et les demandes de remise de dette de revenu de solidarité active sont dispensées d'un avis de la commission de recours amiable. Par suite, Mme A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, faute pour la commission de recours amiable d'avoir été régulièrement saisie.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".
9. En l'espèce, le moyen tiré de ce que la décision du 12 novembre 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a informé la requérante qu'elle était redevable d'un indu de revenu de solidarité active serait insuffisamment motivée est inopérant à l'encontre de la décision implicite née du silence gardé par le département du Val-de-Marne à la suite du recours préalable de l'intéressée. Et à supposer que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation soit en réalité dirigé contre la décision implicite en litige, Mme A n'établit ni même n'allègue, en tout état de cause, avoir demandé la communication des motifs de cette décision. Dès lors, il y a lieu d'écarter ce moyen.
10. En cinquième lieu, pour demander l'annulation de la décision litigieuse, Mme A invoque une violation des droits de la défense, notamment du principe du contradictoire en raison de l'absence de communication du rapport d'enquête avant l'adoption de la décision attaquée. Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à la caisse d'allocations familiales de communiquer à l'allocataire le rapport d'enquête établi par l'agent assermenté à l'issue de ce contrôle. Dès lors, Mme A, n'est pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu du fait de l'absence de communication préalable de ce document. En tout état de cause, il résulte tant de la lecture de ce rapport d'enquête que l'intéressée a eu connaissance des griefs qui lui étaient reprochés et pouvait utilement y répondre. Dès lors, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne du bien-fondé de la décision attaquée :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 262-3 dudit code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () / 4° Les prestations et aides sociales qui ne sont pas incluses dans le calcul des ressources à raison de leur finalité sociale particulière () ". L'article R. 262-5 du même code dispose que : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. () ". L'article R. 262-11 du même code précise " Pour l'application de l'article R. 262-6, il n'est pas tenu compte : / () / / 14° Des aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier ainsi que des aides et secours affectés à des dépenses concourant à l'insertion du bénéficiaire et de sa famille, notamment dans les domaines du logement, des transports, de l'éducation et de la formation ". Enfin, aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
12. Il résulte de l'instruction et, notamment, du contrôle diligenté par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne le 24 septembre 2020, que les conditions de séjour de la requérante à l'étranger n'appelaient aucune observation. En revanche, ce même document établit que l'indu de revenu de solidarité active notifié à Mme A trouve son origine dans la réintégration de sommes d'origine inconnue, versées en liquide sur son compte en banque. Par ailleurs, il mentionne que Mme A n'avait pas déclaré sa situation familiale réelle, dès lors qu'elle ne peut confirmer ni la charge, ni la scolarité, ni la résidence de ses trois enfants à son domicile. Si Mme A soutient que ces sommes correspondent à l'aide financière d'une amie, ces aides ne sauraient être assimilées à des " aides et secours financiers dont le montant ou la périodicité n'ont pas de caractère régulier " au sens du 14° de l'article R. 262-11 du code de l'action sociale et des familles, précité, dès lors que la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a constaté que ces versements avaient lieu tous les mois à compter du mois de septembre 2017, sauf en ce qui concerne le mois de décembre 2017. Dans ces conditions, c'est à bon droit que ces sommes ont été regardées par la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne comme des ressources au sens des dispositions précitées des articles L. 262-3 et R. 262-6 du même code et prises en compte pour la détermination des droits de l'intéressée au revenu de solidarité active, générant l'indu en litige.
13. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite du président du conseil départemental du Val-de-Marne rejetant son recours préalable formé contre la décision du 12 novembre 2020, en tant qu'elle lui notifie un indu de revenu de solidarité active. Par voie de conséquence, il en va de même des conclusions à fin de décharge de cette somme.
Sur les conclusions relatives à l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :
14. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
15. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de la prime exceptionnelle est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
16. Il résulte de l'instruction que, les lettres du 15 novembre 2020, lues en combinaison avec la lettre du 26 janvier 2021, transmise à la requérante à la suite des demandes de communication des motifs faites par lettre datée du 4 décembre 2020, précisent la nature de la prestation, le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. Toutefois, aucune de ces lettres ne mentionnent le fondement légal sur lequel repose cet indu. Ainsi, ces décisions portant sur les indus de primes exceptionnelles de fin d'année pour les années 2018 et 2019 sont insuffisamment motivées en droit.
17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes n° 2101015 et 2101016, au demeurant non fondés, que les décisions de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne du 15 novembre 2020 notifiant à Mme A des indus de prime exceptionnelle de fin d'années sont illégales et doivent être annulées.
18. En revanche, en l'absence de titre exécutoire émis à l'encontre la requérante, cette dernière n'est pas fondée à demander la décharge de l'obligation de payer des indus de prime exceptionnelle de fin d'année qui lui a été réclamé au titre des années 2018 et 2019.
Sur les frais liés au litige :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du département du Val-de-Marne ou de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne une quelconque somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les décisions du 15 novembre 2020 de la directrice de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne mettant à la charge de Mme A des indus de prime exceptionnelle de fin d'année au titre des années 2018 et 2019 sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au ministre de la santé et de la prévention et au département du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
M. Israël, premier conseiller,
Mme Potin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
M. Potin
Le président,
J-Ch. GraciaLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention et à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2101015
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026