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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2105490

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2105490

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2105490
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2021 et 6 avril 2022, M. B C, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du ministre de l'intérieur du 27 mai 2021 rejetant son recours gracieux en tant qu'elle refuse d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions relevées les 15 septembre 2016, 11 janvier 2018, 17 septembre 2018 et 6 février 2020 ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 15 septembre 2016, 11 janvier 2018, 17 septembre 2018 et 6 février 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de points attaché à son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité, la seule production du relevé d'information intégral étant insuffisante pour rapporter cette preuve.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. C n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Après que M. B C eût commis une série d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI ", a constaté un solde de points nul affecté à son permis de conduire et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule. Il lui a alors enjoint de restituer son titre de conduite. M. C a formé le 10 février 2021 un recours gracieux auprès du ministre tendant à l'annulation des décisions de retrait de points concernant les infractions commises les 15 septembre 2016, 29 novembre 2016, 11 janvier 2018, 17 septembre 2018, 16 mai 2019 et 6 février 2020. Par une décision du 27 mai 2021, le ministre a restitué le point qui avait été retiré sur son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 29 novembre 2016 et il a également retiré du relevé d'information intégral attaché au permis de conduire les mentions concernant l'infraction commise le 16 mai 2019, portant ainsi à trois le capital de points affecté à ce titre de conduite. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision du 27 mai 2021 en tant qu'elle refuse de faire droit à sa demande d'annulation des décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 15 septembre 2016, 11 janvier 2018, 17 septembre 2018 et 6 février 2020 et, d'autre part, d'annuler ces dernières décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

3. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

En ce qui concerne l'infraction commise le 15 septembre 2016 :

5. Il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C que l'infraction relevée le 15 septembre 2016 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique que le ministre de l'intérieur produit en défense. Il est toutefois constant que ce document n'est pas signé par le requérant et ne comporte pas la mention que le contrevenant aurait refusé de le signer. Il précise seulement que l'intéressé a reconnu l'infraction et, en annexe, l'indication " retrait de point(s) prévu : 2 / Obligation d'échange de permis : non ". Il ne précise aucune des autres informations rendues obligatoires par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route précités. Si le ministre de l'intérieur produit le bordereau d'accompagnement de ce procès-verbal indiquant notamment qu'un avis de contravention a été adressé au requérant le 28 septembre 2016 et que cet avis n'a pas été retourné à l'expéditeur avec la mention " NPAI ", cette seule circonstance n'est pas suffisante pour justifier de la délivrance de l'information prévue par les dispositions précitées. Par ailleurs, le ministre n'établit pas que ces informations auraient été portées à la connaissance de M. C à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes, ou que celui-ci aurait acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée, et qu'il n'aurait alors pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet dont le modèle comporterait l'ensemble des informations requises. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de deux points de son permis de conduire prise consécutivement à l'infraction relevée le 15 septembre 2016.

En ce qui concerne l'infraction commise le 11 janvier 2018 :

6. Le ministre de l'intérieur produit une attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement le 21 septembre 2020, de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention au code de la route concernant l'infraction relevée le 11 janvier 2018. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission de l'avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.

En ce qui concerne l'infraction commise le 17 septembre 2018 :

7. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C édité le 7 septembre 2021, que l'infraction du 17 septembre 2018 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites par le ministre de l'intérieur, que le requérant a signé le procès-verbal électronique relatif à cette infraction, procès-verbal qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précise la nature de l'infraction commise et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de cette pièce suffit donc à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par ces dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 17 septembre 2018 doit être écarté.

En ce qui concerne l'infraction commise le 6 février 2020 :

8. Si le ministre de l'intérieur produit un extrait du bordereau de situation relatif aux amendes et condamnations concernant M. C en date du 18 août 2021 établissant le paiement de l'amende forfaitaire majorée relative à l'infraction commise le 6 février 2020, il résulte de l'instruction, et en particulier du même bordereau complet de situation édité le 6 avril 2022 produit par le requérant, que ce paiement est intervenu à la suite d'une procédure de recouvrement forcé, par opposition administrative. Dans ces conditions, si les éléments produits par le ministre de l'intérieur permettent de constater que M. C n'a pas contesté l'amende forfaitaire majorée, ce qui a conduit à une procédure de recouvrement forcé, ils n'établissent pas nécessairement que l'intéressé a reçu préalablement au recouvrement de l'amende un avis comportant les informations requises par les dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le ministre n'apporte pas la preuve qui lui revient d'avoir satisfait à son obligation d'information. Dès lors, M. C doit être regardé comme ayant été privé de la garantie instituée par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route Par suite il est fondé à soutenir que la décision relative à l'infraction commise le 6 février 2020 portant retrait de trois points est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière, ce qui l'a privé d'une garantie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander

l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 27 mai 2021 rejetant son recours gracieux en tant qu'elle refuse d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions relevées les 15 septembre 2016 et 6 février 2020 ainsi que l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des cinq points illégalement retirés à la suite des infractions commises les 15 septembre 2016 et 6 février 2020, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières. Il y a donc lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

11. Pour l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du ministre de l'intérieur du 27 mai 2021 rejetant le recours gracieux de M. C en tant qu'elle refuse d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions relevées les 15 septembre 2016 et 6 février 2020 est annulée.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de cinq points sur le permis de conduire de M. C à la suite des infractions constatées les 15 septembre 2016 et 6 février 2020 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. C les cinq points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera à M. C la somme de 1 000 euros au titre de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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