jeudi 7 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2105896 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET ARVIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin 2021 et 30 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Arvis, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de perception des 20 avril 2021 et 17 mai 2021 émis à son encontre par le maire de Charenton-le-Pont pour avoir paiement des sommes de 1 643,39 euros et de 2 176,39 euros ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Charenton-le-Pont la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- les titres de perception sont entachés de plusieurs irrégularités dès lors qu'ils ne comportent pas l'indication des bases de la liquidation de la créance, et n'ont pas été signés par leur auteur ;
- ils sont dépourvus de base légale dès lors que la décision de mutation interne justifiant le retrait du logement n'était pas définitive à la date de l'émission des titres, que ses nouvelles fonctions lui donnaient en tout état de cause droit à un logement avec convention d'occupation précaire et que les sommes demandées ont été fixées en méconnaissance de l'article R. 2124-74 du code de la propriété des personnes publiques.
- elle n'a pas été informée par la commune de ce qu'elle entendait lui réclamer ces sommes ;
- elle n'a pas bénéficié d'un délai raisonnable pour libérer le logement.
Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juillet 2021 et 25 avril 2022, la commune de Charenton-le-Pont, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 8 avril 2024, l'avocat de la requérante a informé le tribunal du décès de cette dernière.
Par un courrier du 10 octobre 2024, pris en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, dès lors que l'article R. 2124-74 du code général de la propriété des personnes publiques ne s'applique pas aux concessions de logement dans les immeubles appartenant aux collectivités territoriales.
En application des dispositions de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Massengo,
- et les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, infirmière titulaire de soins généraux de classe normale, a été recrutée par la commune de Charenton-le-Pont le 1er novembre 2016 pour occuper le poste de directrice du multi-accueil Victor Bash. A compter du 23 août 2017, elle a exercé les fonctions de directrice du multi-accueil Simone Dorlanne, structure de la petite enfance la plus importante de la commune, et bénéficiait à ce titre d'un logement de fonction avec convention d'occupation précaire. Par un arrêté du 12 novembre 2019, le maire de Charenton-le-Pont l'a affectée au poste de directrice adjointe du multi-accueil Victor Bash. Mme A a formé un recours en annulation contre cet arrêté et le tribunal a rejeté sa requête par un jugement du 25 mai 2023 rendu dans l'instance n° 2001358. Par un courrier du 27 juillet 2020, le maire a informé l'intéressée qu'elle ne pouvait plus disposer de son logement de fonction à la suite de son changement d'affectation, et que la convention d'occupation précaire prendrait fin le 31 octobre 2020. Par deux courriers des 30 octobre 2020 et 6 avril 2021, cette autorité a rappelé à Mme A la date du terme de la convention, et l'a informée du montant de la redevance due en cas de maintien dans les lieux à compter de cette date. Le 20 avril 2021, le maire de Charenton-le-Pont a émis à l'encontre de Mme A un titre de perception visant le recouvrement de la somme 1 643,39 euros correspondant à la redevance majorée et aux charges dues par l'intéressée au titre de l'occupation du logement durant le mois d'avril 2021. Le 17 mai 2021, cette autorité a émis un nouveau titre de perception, visant le recouvrement de la somme de 2 176,93 euros correspondant à la redevance majorée et aux charges dues au titre de l'occupation du logement durant le mois de mai 2021. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de ces titres de perception ainsi que la décharge des sommes à payer.
2. Le décès de Mme A a été porté à la connaissance du tribunal administratif le 8 avril 2024. A cette date, l'affaire était en état d'être jugée. Par suite, il y a toujours lieu de statuer sur la requête.
Sur la créance afférente aux redevances majorées :
3. Aux termes de l'article R. 2124-74 du code général de la propriété des personnes publiques, inséré dans un paragraphe I " Concessions de logement dans les immeubles appartenant à l'Etat " : " L'occupant qui ne peut justifier d'un titre est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'expulsion. / En outre, pour toute la période pendant laquelle il occupe les locaux sans titre, notamment dans le cas où son titre est venu à expiration, il est astreint au paiement d'une redevance fixée par le directeur départemental des finances publiques, égale à la valeur locative réelle des locaux occupés. Cette redevance est majorée de 50 % pour les six premiers mois, de 100 % au-delà. ".
4. Il résulte de l'instruction que pour fixer les montants des redevances majorées dues par Mme A pour les mois d'avril et mai 2021 en raison de l'occupation du logement de fonction qu'elle occupait sans titre depuis le 1er novembre 2020, le maire de Charenton-le-Pont a fait application des dispositions de l'article R. 2124-74 du code général de la propriété des personnes publiques. Toutefois, cet article n'est applicable qu'aux concessions de logement attribués aux agents de l'Etat dans les immeubles appartenant à l'Etat et non aux agents territoriaux bénéficiant d'une concession de logement dans un immeuble appartenant à une collectivité territoriale. Dès lors, les redevances majorées ont été appliquées en méconnaissance du champ d'application de la loi et constituent une sanction illégale de l'occupation irrégulière d'un immeuble appartenant à la collectivité territoriale. Par suite, les titres de perceptions doivent être annulés en tant qu'ils visent le recouvrement des redevances majorées dues au titre de l'occupation du logement durant les mois d'avril et mai 2021.
5. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la décharge des redevances majorées, d'un montant de 1 599 euros et 2 132 euros, réclamées par la commune de Charenton-le-Pont au titre de l'occupation du logement durant les mois d'avril et mai 2021.
Sur la créance afférente aux charges locatives :
6. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ". Il résulte de ces dispositions que le créancier ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans les titres eux-mêmes, soit par référence précise à un document joint aux états exécutoires ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels il s'est fondé pour calculer le montant des sommes mises à la charge de son débiteur.
7. Le titre de perception émis le 20 avril 2021 mentionne pour objet le recouvrement du " loyer " d'avril 2021 et des " charges " correspondantes, d'un montant de 44,39 euros. De la même manière, le titre de perception émis le 17 mai 2021, mentionne pour objet le recouvrement du " loyer " de mai 2021, afférent au même logement, et des " charges " correspondantes, d'un montant de 44,39 euros. La commune fait valoir que les bases de liquidation étaient détaillées dans les courriers des 30 octobre 2020 et 6 avril 2021 adressés à Mme A, qui disposait donc des informations requises. Toutefois, les titres de perception ne font pas référence à ces courriers. En outre, ces courriers ne comportent aucune précision quant à la base légale sur le fondement de laquelle les charges locatives ont été facturées à Mme A. Dès lors, les titres de perception des 20 avril 2021 et 17 mai 2021 doivent être annulés, sur ce motif, en tant qu'ils visent le recouvrement des charges locatives dues au titre de l'occupation du logement par la requérante durant les mois d'avril et mai 2021.
8. L'annulation des titres de perception des 20 avril 2021 et 17 mai 2021 pour défaut de mention des bases de liquidation n'implique pas nécessairement de prononcer la décharge de la somme de 88,78 euros correspondant aux charges locatives dues au titre de l'occupation du logement par Mme A durant les mois d'avril et mai 2021.
Sur les frais de l'instance :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire droit à la demande de Mme A et de mettre à la charge de la commune de Charenton-le-Pont le versement de la somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que Mme A, qui n'est pas la partie perdante de l'instance, verse à la commune de Charenton-le-Pont la somme que celle-ci demande au titre des frais non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de perception des 20 avril 2021 et 17 mai 2021 sont annulés.
Article 2 : Mme A est déchargée de l'obligation de payer la somme totale de 3 731 euros correspondant aux redevances majorées dues au titre des mois d'avril et mai 2021, mentionnées dans les titres de perception des 20 avril 2021 et 17 mai 2021.
Article 3 : La commune de Charenton-le-Pont versera aux héritiers de feu Mme A, la somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Charenton-le-Pont tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié aux héritiers de feu Mme B A et à la commune de Charenton-le-Pont.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Billandon, présidente,
Mme Massengo, conseillère,
Mme Bourrel-Jalon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 7 novembre 2024.
La rapporteure,
C. MASSENGOLa présidente,
I. BILLANDON
La greffière,
L. LE GRALL
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026