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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106028

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106028

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106028
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 juin 2021 et 3 décembre 2021, M. B C, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 5 mai 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 22 septembre 2018 à 03 h 57, 22 septembre 2018 à 04 h 01, 6 mai 2019, 12 avril 2020 et 28 avril 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire après avoir reconstitué son capital de points dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées portant retrait de points pour les infractions relevées les 22 septembre 2018 à 03 h 57, 6 mai 2019, 12 avril 2020 et 28 avril 2020 sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité, la seule production du relevé d'information intégral étant insuffisante pour rapporter cette preuve ; les justificatifs produits par le ministre pour les infractions des 12 avril 2020 et 28 avril 2020 sont insuffisants ; il en est de même pour l'infraction du 6 mai 2019 alors que, de plus, l'amende a été recouvrée par voie de saisie administrative à tiers détenteur ;

- s'agissant de l'infraction du 22 septembre 2018 à 04 h 01, la mention de cette sanction pénale n'est pas suffisamment motivée pour permettre de vérifier son caractère définitif

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. D en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C a commis les 22 septembre 2018 à 03 h 57, 22 septembre 2018 à 04 h 01, 6 mai 2019 et 28 avril 2020, quatre infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de quatorze points sur son permis de conduire. A la suite de l'enregistrement d'une nouvelle infraction commise le 12 avril 2020, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 5 mai 2021 a retiré trois nouveaux points puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points :

2. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

3. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

S'agissant des infractions relevées les 22 septembre 2018 à 03 h 57, 12 avril 2020 et 28 avril 2020 :

5. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C édité le 7 octobre 2021, que les infractions des 22 septembre 2018 à 03 h 57, 12 avril 2020 et 28 avril 2020 ont été relevées au moyen de procès-verbaux électroniques dématérialisés et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites par le ministre de l'intérieur, que le requérant a refusé de signer les procès-verbaux établis lors de la constatation de ces infractions, procès-verbaux qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précisent la qualification de l'infraction constatée, que le contrevenant encourt un retrait de points et comportent l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de ces pièces suffit donc à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant les infractions commises les 22 septembre 2018 à 03 h 57, 12 avril 2020 et 28 avril 2020 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction relevée le 6 mai 2019 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C, que l'infraction du 6 mai 2019 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur que ce procès-verbal électronique ne comporte ni la signature de l'intéressé ni la mention selon laquelle ce dernier aurait refusé de le signer. Il s'ensuit que ce procès-verbal ne peut établir que le requérant aurait reçu, lorsqu'il a commis l'infraction, l'ensemble des informations légalement requises et, notamment, la connaissance de la qualification juridique de l'infraction. Si le ministre soutient que M. C a nécessairement reçu les informations qui doivent être portées à la connaissance du contrevenant en application des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route dès lors qu'un avis de contravention comportant l'ensemble des informations prescrites par les textes a été envoyé par courrier au domicile du titulaire du certificat d'immatriculation ainsi qu'il résulte des mentions portées sur le procès-verbal, il n'établit pas la notification de cet avis de contravention au requérant dès lors, et ainsi qu'il a été dit, que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire. Par ailleurs, en l'absence du paiement de l'amende forfaitaire majorée, cette mention ne permet pas davantage d'établir que M. C a reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée comportant l'ensemble des informations exigées. Dans ces conditions, la circonstance que M. C ait pu bénéficier, à l'occasion d'infractions antérieures, d'information relatives à l'existence d'un traitement automatisé et à la possibilité d'y accéder, n'était pas de nature à assurer sa complète information s'agissant de l'infraction en litige. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision de retrait de trois points afférente à l'infraction commise le 6 mai 2019 est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'ensemble des informations légalement requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été préalablement délivrées, ce qui l'a ainsi privé d'une garantie.

S'agissant de l'infraction relevée le 22 septembre 2018 à 04 h 01 :

7. Lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation. S'il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation préalable d'information, il ne peut être toutefois tiré argument que les décisions contestées ne satisferaient pas à l'exigence de motivation dans une situation où le ministre est en situation de compétence liée.

8. Il ressort du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de M. C et notamment de la mention " 76 décision sans restriction du droit de conduire ", que la réalité de l'infraction commise le 22 septembre 2018 à 04 h 01 est établie par la condamnation pénale prononcée le 19 novembre 2019 par le tribunal d'instance ou de police de Créteil, devenue définitive. Dans ces conditions, à supposer même que le requérant n'aurait pas été préalablement informé de cette infraction en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, cette circonstance serait sans incidence sur la décision portant retrait de points correspondant à cette infraction. M. C, qui se borne à contester l'insuffisance de la motivation de la décision référencée " 48 SI " en tant qu'elle mentionne cette condamnation, n'établit pas qu'il aurait formé l'opposition prévue par l'article 495-3 du code de procédure pénale alors qu'en tout état de cause, et ainsi qu'il a été dit, elle a acquis un caractère définitif selon le relevé d'information intégral. Par suite, et en l'état de l'instruction, ses conclusions tendant à l'annulation de la décision du ministre de l'intérieur portant retrait de quatre points de son permis de conduire pour cette infraction ne peut qu'être rejetées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de trois points prise consécutivement à l'infraction relevée le 6 mai 2019.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48 SI " du 5 mai 2021 portant invalidation du permis de conduire :

10. En vertu des dispositions des articles L. 223-1 et R. 223-1 du code de la route, le permis de conduire est affecté d'un nombre maximal de douze points et il ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul.

11. Il résulte de l'instruction, notamment du dernier relevé d'information intégral produit affecté au permis de conduire de M. C édité le 7 octobre 2021, que le solde de points est nul. Par ailleurs, le total des points retirés par le ministre de l'intérieur et des outre-mer du permis de conduire M. C, par la décision référencée " 48 SI " en litige du 16 janvier 2023 est égal à 17 points. Dans ces conditions, en dépit de l'annulation de la décision de retrait de trois points afférente à l'infraction commise le 6 mai 2019, le solde de points affecté à ce permis de conduire reste nul. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 5 mai 2021 par laquelle le ministre chargé de l'intérieur a invalidé son titre de conduite pour solde de points nul.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

13. Il résulte de ce qui précède qu'en dépit de l'annulation de la décision de retrait de trois points afférente à l'infraction commise le 6 mai 2019, le solde de points affecté au permis de conduire de M. C reste nul. Dans ces conditions, le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de M. C à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que M. C présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de trois points sur le permis de conduire de M. C à la suite de l'infraction constatée le 6 mai 2019 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

Le magistrat désigné,

M. D

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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