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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2106472

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2106472

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2106472
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS AVODIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 7 juillet 2021, 3 mai et 7 juin 2024, la Sarl I.D.S Investissements B, représentée par la Selarl Avodia, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la Sas Lux'Immo lui ayant cédé les appartements litigieux à leur valeur de marché, il ne saurait lui être reproché un quelconque acte anormal de gestion, ni une quelconque intention libérale ;

- s'agissant de l'écart significatif, l'administration n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, d'une minoration de prix significatifs des lots qui lui ont été cédés ; l'écart de 16 % entre la valeur des immeubles retenue par l'administration fiscale et le prix de vente des quinze appartements situés à La Rochette cédés par la Sas Lux'Immo, le 23 juillet 2015, et l'écart de 8 % entre la valeur des immeubles retenue par l'administration fiscale et le prix de vente des cinq appartements situés à Chaumes-en-Brie cédés par la Sas Lux'Immo, le 3 août 2015, ne présentent pas un caractère significatif compte tenu des caractéristiques des biens litigieux (stock d'invendus et appartements vendus loués) et de la transaction (vente en lot) ;

- s'agissant de l'intention libérale, les transactions immobilières litigieuses ont permis à la Sas Lux'Immo de réaliser une marge commerciale, de déstocker les biens litigieux, de reconstituer sa trésorerie et d'éviter des coûts supplémentaires liés à des frais de commercialisation et d'entretien destinés à assurer la conservation des appartements ; ainsi, en l'absence d'acte anormal de gestion imputable à la Sas Lux'Immo, il ne peut être établi qu'elle aurait bénéficié d'une libéralité ; l'intention libérale ne peut être présumée en l'absence de liens capitalistiques, de relations d'affaires ou de liens familiaux avec la Sas Lux'Immo.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 décembre 2021 et 21 mai 2024, l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal

d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2024 à 12 heures.

Un mémoire en défense, produit par la direction spécialisée de contrôle fiscal

d'Île-de-France, a été enregistré le 26 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Demas,

- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,

- et les observations de Me Morisset, représentant la Sarl I.D.S Investissements B.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl I.D.S Investissements B, qui exerce une activité de location de terrains et autres biens immobiliers, a acquis de la Sas Lux'Immo, qui exerce une activité de promotion immobilière, quinze appartements situés dans un immeuble nouvellement construit dans la commune de la Rochette (Seine-et-Marne), le 23 juillet 2015, et cinq appartements situés dans un immeuble dans la commune de Chaumes-en-Brie (Seine-et-Marne), le 3 août 2015. La Sas Lux'Immo a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de son exercice clos le

31 décembre 2015 à l'issue de laquelle l'administration fiscale a considéré que ces vingt appartements vendus avaient été sous-évalués et que, compte tenu de la minoration significative du prix de vente et du lien existant entre le vendeur et l'acquéreur, leur cession constituait une libéralité accordée par la Sas Lux'Immo, constitutive pour cette dernière d'un acte anormal de gestion, et, pour le bénéficiaire de cette libéralité, la Sarl I.D.S Investissements B, d'un avantage occulte constitutif d'une distribution au sens des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts. Par une proposition de rectification du 13 décembre 2018 adressée à la

Sarl I.D.S. Investissements B, l'administration fiscale a mis à sa charge une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015 dont le montant a été ramené, suivant partiellement l'avis de la commission départementale des impôts (CDI), à la somme de 116 351 euros, après application d'une décote de 20 % sur le prix du marché, puis de l'abandon de la majoration de 40 % dans le cadre de l'interlocution départementale. Par la présente requête, la Sarl I.D.S Investissements B demande la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2015.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

2. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () ; / c. les rémunérations et avantages occultes ; / () ". En cas d'acquisition par une société à un prix que les parties ont délibérément majoré par rapport à la valeur vénale de l'objet de la transaction, ou, s'il s'agit d'une vente, délibérément minorée, sans que cet écart de prix comporte de contrepartie, l'avantage ainsi octroyé doit être requalifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précédemment citées du c. de l'article 111 du code général des impôts, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet et l'identité du cocontractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause. La preuve d'une telle distribution occulte doit être regardée comme apportée par l'administration lorsqu'est établie l'existence, d'une part, d'un écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé, d'autre part, d'une intention, pour la société, d'octroyer et, pour le cocontractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession.

3. Il résulte de l'instruction qu'à l'issue de la vérification de comptabilité dont a fait l'objet la Sas Lux'Immo, cédante des vingt appartements situés à La Rochette et à

Chaumes-en-Brie, l'administration fiscale a considéré que leurs cessions avaient été sous-évaluées et que, compte tenu de la minoration significative du prix de vente et du lien existant entre le vendeur et l'acquéreur, les ventes ainsi réalisées constituaient une libéralité accordée par la Sas Lux'Immo, caractéristiques pour cette dernière d'un acte anormal de gestion, et, pour la Sarl I.D.S Investissements B, cessionnaire et bénéficiaire de cette libéralité, d'un avantage occulte au sens des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts. Pour justifier les rectifications envisagées à l'encontre de la Sarl I.D.S Investissements B sur ce fondement, l'administration fiscale a relevé, ainsi qu'il résulte de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 qu'elle lui a adressée que, s'agissant de la cession du 23 juillet 2015 portant sur quinze appartements situés à La Rochette, le prix moyen de vente de 2 850 euros TTC par mètre carré était significativement inférieur à leur valeur de marché, évalué à cette date par l'administration à 4 251 euros TTC par mètre carré, soit une différence de 33 %, ramené à 16 % après l'application d'une décote de 20 % conformément à l'avis du 23 septembre 2019 de la CDI de Seine-et-Marne. L'administration fiscale a relevé, s'agissant de la cession du 3 août 2015 portant sur cinq appartements situés à Chaumes-en-Brie, que le prix moyen de vente de 2 650 euros TTC par mètre carré était significativement inférieur à leur valeur de marché, évalué à cette date à 3 602 euros TTC par mètre carré, soit une différence de 26 %, ramené à 8 % après l'application d'une décote de 20 % conformément à l'avis du 23 septembre 2019 de la CDI de Seine-et-Marne. L'administration fiscale a également constaté que, pour ces deux transactions, l'intention libérale était présumée au regard des liens d'intérêts unissant les parties, les sociétés Lux'Immo et I.D.S Investissements B étaient à la date des cessions litigieuses dirigées par M. A B et le capital de ces sociétés détenu directement ou indirectement par l'intéressé et des membres de sa famille.

En ce qui concerne la cession du 23 juillet 2015 d'appartements situés à La Rochette :

4. S'agissant de l'écart significatif entre le prix convenu et la valeur vénale du bien cédé, il résulte de l'instruction et, notamment, de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 que la valeur vénale des biens litigieux a été établie selon une méthode pertinente reposant sur la comparaison de ventes de dix-sept biens comparables situés dans le même ensemble immobilier. Alors que l'écart entre le prix de vente et la valeur vénale des biens ainsi estimés reste de 16 % après application d'une décote substantielle de 20 %, la

Sarl I.D.S Investissements B ne contredit pas efficacement cette minoration du prix établi par l'administration fiscale en soutenant que, d'une part, le prix au mètre carré qu'elle a retenu n'est pas représentatif de l'état du marché immobilier dès lors que 65 % de l'échantillon retenu porte sur des transactions réalisées deux à quatre ans avant la cession litigieuse et, d'autre part, devaient être prises en compte les circonstances que les biens cédés constituent un stock invendu et sont vendus loués et en lot. C'est donc à bon droit que l'administration fiscale a estimé que la Sarl I.D.S Investissements B avait acquis les quinze appartements à un prix significativement inférieur à leur valeur vénale.

5. S'agissant de l'intention de la Sarl I.D.S Investissements B, société cessionnaire, de recevoir une libéralité du fait des conditions de la cession, il résulte de l'instruction et, notamment, de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 que l'administration fiscale a constaté l'existence d'une communauté d'intérêts entre les deux sociétés parties à l'acte de cession litigieux, dès lors qu'à la date de celle-ci, elles étaient dirigées par M. A B et que leur capital était détenu directement ou indirectement par l'intéressé et des membres de sa famille. Si la société requérante soutient que la cession litigieuse lui a permis de réaliser une marge commerciale et d'éviter des coûts supplémentaires liés à des frais de commercialisation et d'entretien destinés à assurer la conservation des appartements, cette circonstance, à la supposer établie est toutefois sans incidence sur l'existence d'un avantage occulte. Dans ces conditions, la Sarl I.D.S Investissements B ne conteste pas utilement la présomption d'une libéralité consentie à son profit par la Sas Lux'Immo qui n'a, au surplus, pas davantage contredit cette présomption selon laquelle elle se serait délibérément appauvrie en procédant à la vente au profit de la Sarl IDS Investissements B de biens immobiliers à un prix significativement minoré, témoignant ainsi de l'existence d'un acte anormal de gestion. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le bénéfice imposable de la société requérante, le montant de la libéralité dont elle a bénéficié à raison de la minoration du prix d'acquisition des biens litigieux.

En ce qui concerne la cession du 3 août 2015 d'appartements situés à Chaumes-en-Brie :

6. Il résulte de l'instruction et, notamment, de la proposition de rectification du 13 décembre 2018 qu'après application par l'administration fiscale d'une décote substantielle de 20 %, l'écart entre le prix de vente réalisé et la valeur vénale des biens qu'elle a retenue n'était plus que de 8 % et qu'il ne peut être regardé comme significatif. Dans ces conditions, l'administration fiscale ne peut être regardée comme établissant l'existence d'une libéralité consentie par la société Lux'Immo à la Sarl IDS Investissements B. Par suite, la société requérante est fondée à demander la décharge des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés résultant de la cession du 3 août 2015.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la Sarl I.D.S Investissements B est seulement fondée à obtenir la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés mis à sa charge au titre de l'année 2015 concernant l'acquisition d'appartements situés à Chaumes-en-Brie cédés le 3 août 2015 par la Sas Lux'Immo.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à la Sarl I.D.S Investissements B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La Sarl I.D.S Investissements B est déchargée, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2015 à hauteur des rehaussements liés aux opérations d'acquisition du 3 août 2015 des immeubles situés à Chaumes-en-Brie.

Article 2 : L'Etat versera à la Sarl I.D.S Investissements B une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la Sarl I.D.S Investissements B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl I.D.S Investissements B et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

M. Demas, conseiller,

M. Kourak, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le rapporteur,

C. DEMAS

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°210647

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