mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2106473 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS AVODIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 juillet 2021 et 7 juin 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Lux'Immo, représentée par Me Morisset et Me Neto, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises mis à sa charge au titre des années 2015 à 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requérante soutient que :
- l'écart entre la valeur des immeubles et leur prix de vente ne présente pas un caractère significatif ;
- la décote de 20 % admise par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires reste insuffisante pour prendre en compte les caractéristiques des biens vendus ;
- l'intention de s'appauvrir n'est pas démontrée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2021, l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens développés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Meyrignac ;
- les conclusions de M. Delmas, rapporteur public ;
- et les observations de Me Morisset, représentant la SAS Lux'Immo.
Une note en délibéré a été présentée par la société Lux'Immo le 20 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) Lux'Immo, qui exerce une activité de promotion immobilière, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle elle a été rendue destinataire d'une proposition de rectification du 6 décembre 2018, selon la procédure de rectification contradictoire. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises au titre des années 2015 à 2017 ont été mis en recouvrement à son encontre le 30 octobre 2020. La réclamation qu'elle a présentée le 19 novembre suivant a été rejetée par décision du 4 mai 2021. Par la requête susvisée, la société requérante demande la décharge des impositions mises à sa charge.
Sur le bien-fondé des impositions en litige :
2. Par acte notarié du 6 mai 2015, la requérante a vendu à la société DSI vingt-et-un appartements dans un ensemble immobilier nouvellement construit à Chaumes-en-Brie (Seine-et-Marne) d'une surface habitable totale de 1 136 m² pour un prix de 2 870 000 euros, soit 2 526 euros le m², alors que le prix moyen du m² d'appartements semblables situés dans le même ensemble et vendus à des tiers s'élevait à 3 629 euros, soit une minoration de 30 %.
3. Par acte notarié du 23 juillet 2015, la requérante a vendu à la société IDS Investissements B quinze appartements dans un ensemble immobilier nouvellement construit à La Rochette (Seine-et-Marne), d'une surface habitable totale de 630 m² pour un prix de 1 796 868 euros, soit 2 850 euros le m², alors que le prix moyen du m² d'appartements semblables situés dans le même ensemble et vendus à des tiers s'élevait à 4 251 euros, soit une minoration de 33 %.
4. Par acte notarié du 3 août 2015, la requérante a vendu à la même société cinq appartements dans un ensemble immobilier nouvellement construit à Chaumes-en-Brie d'une surface habitable totale de 314 m² pour un prix de 831 596 euros, soit 2 650 euros le m², alors que le prix moyen du m² d'appartements semblables situés dans le même ensemble et vendus à des tiers s'élevait à 3 602 euros, soit une minoration de 26 %.
5. A l'issue de la vérification de comptabilité, l'administration a considéré que ces minorations de prix de vente constatées lors de ces opérations constituaient des actes anormaux de gestion, a rehaussé le bénéfice net des pertes résultant de ces minorations et a rappelé la taxe sur la valeur ajoutée et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises ainsi omise.
En ce qui concerne l'impôt sur les sociétés :
6. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 33 ter, 40 à 43 bis et 151 sexies, le bénéfice imposable est le bénéfice net, déterminé d'après les résultats d'ensemble des opérations de toute nature effectuées par les entreprises, y compris notamment les cessions d'éléments quelconques de l'actif, soit en cours, soit en fin d'exploitation. 2. Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés () ". Aux termes de l'article 209 du même code : " I. Sous réserve des dispositions de la présente section, les bénéfices passibles de l'impôt sur les sociétés sont déterminés d'après les règles fixées par les articles 34 à 45, 53 A à 57, 108 à 117, 237 ter A et 302 septies A bis et en tenant compte uniquement des bénéfices réalisés dans les entreprises exploitées en France () ".
7. En vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.
S'agissant la vente du 23 juillet 2015 à la société IDS Investissements B d'appartements situés à La Rochette :
8. En premier lieu, à l'issue de sa séance du 23 septembre 2019, la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires de Seine-et-Marne a émis l'avis de fixer la valeur vénale réelle des biens en litige à 20 % du prix de vente au tiers, avis qu'a suivi l'administration le 30 octobre suivant en réduisant les minorations de recettes correspondantes.
9. Dans le cadre de ses écritures, la requérante conteste le taux de décote de 20 % ainsi retenu en soutenant qu'il reste insuffisant pour prendre en compte les caractéristiques des biens vendus, qui ont été considérés comme les moins attractifs par les acquéreurs potentiels, dès lors que les biens ont été vendus en lots, qu'ils ont été occupés notamment pour y loger des élèves officiers de la gendarmerie nationale et que la société a fait l'économie de nouveaux frais de commercialisation qui n'ont pas été engagés, justifiant des décotes respectives de 5 à 30 %, de 20 à 30 % et de 10 %. Toutefois, la société Lux'Immo n'apporte à l'appui de ses allégations aucune pièce de nature à établir que le taux forfaitaire de décote de 20 % déjà retenu par l'administration à la suite de l'avis précité de la commission départementale des impôts ne serait pas suffisant pour corriger la valeur des immeubles en cause au regard du prix du marché constaté.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'après application de la décote de 20 % admise par l'administration, l'écart entre le prix de cession des biens en litige et leur valeur vénale s'établissait à 16 %. Contrairement à ce que soutient la requérante, c'est à bon droit, dans les circonstances de l'espèce, et alors notamment que les appartements en cause appartenaient au même ensemble immobilier que d'autres appartements vendus récemment au prix du marché à des tiers, que le service a estimé qu'un tel écart présentait un caractère significatif.
11. En troisième lieu, doit être démontrée une intention, pour la société, d'octroyer, et, pour le co-contractant, de recevoir, une libéralité du fait des conditions de la cession. Dans le cas où le vendeur et l'acquéreur sont liés par une relation d'intérêts, l'intention d'octroyer et de recevoir une libéralité est présumée.
12. Il résulte de l'instruction que les sociétés Lux'Immo, SDI et IDS Investissements B étaient à la date des cessions en litige toutes dirigées par M. A B et le capital de ces sociétés est détenu directement ou indirectement par l'intéressé et des membres de sa famille. Compte tenu de la communauté d'intérêts existant entre ces sociétés, l'intention libérale est présumée. Si la requérante soutient que les opérations en cause lui ont permis de déstocker les biens litigieux vers des sociétés de défaisance spécialisées dans la gestion immobilière en réalisant une marge commerciale et en évitant des coûts supplémentaires, il résulte au contraire de l'instruction que ces opérations ont eu pour principal effet d'appauvrir significativement la société Lux'Immo sans contrepartie réelle.
13. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que l'administration a qualifié les cessions des biens immobiliers en cause d'actes anormaux de gestion et a procédé à un rehaussement en matière d'impôt sur les sociétés à due concurrence.
S'agissant les ventes des 6 mai et 3 août 2015 aux sociétés SDI et IDS Investissements B d'appartements situés à Chaumes-en-Brie :
14. Il résulte de l'instruction qu'après prise en compte de la décote de 20 % admise par le service après l'avis de la commission départementale des impôts, les écarts entre les prix de vente respectifs et les évaluations effectuées par le service n'étaient plus que de 8 et de 13 %. De tels écarts ne peuvent, au regard des circonstances de l'espèce, être regardés comme significatifs. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens développés, la requérante est fondée à demander la décharge des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés résultant des deux ventes en cause.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises :
15. Si la requérante sollicite, dans ses conclusions, la décharge de ces impositions, elle ne soulève aucun moyen propre à ces rappels. Dans ces conditions, elle est seulement fondée à en obtenir la décharge à hauteur de la décharge déterminée au point précédent.
Sur les pénalités :
16. Si la requérante sollicite, dans ses conclusions, la décharge de l'intérêt de retard, elle ne soulève également aucun moyen de nature à contester l'application de cet intérêt. Elle n'est donc fondée à en obtenir la décharge qu'à due concurrence des décharges déterminées aux deux points précédents.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la société Lux'Immo est seulement fondée à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises et de l'intérêt de retard mis à sa charge au titre de l'année 2015 concernant les opérations de vente des 6 mai et 3 août 2015.
Sur les frais liés au litige :
18. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La société Lux'Immo est déchargée des suppléments d'impôt sur les sociétés, de taxe sur la valeur ajoutée et de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre de l'année 2015 à hauteur des rehaussements et rappels liés aux opérations de vente des 6 mai et 3 août 2015.
Article 2 : L'Etat versera à la SAS Lux'Immo une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Lux'Immo et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Le Broussois, président,
M. Meyrignac, premier conseiller,
Mme Jean, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé : P. MeyrignacLe président,
Signé : N. Le Broussois
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026