mardi 4 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107117 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre, JU |
| Avocat requérant | LE DALL JEAN-BAPTISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Le Dall substitué par Me Fafowora de Lombardon, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les décisions portant retrait de points de son permis de conduire ainsi que la décision référencée " 48SI " par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de reconstituer le capital de points attaché à son permis de conduire à hauteur de huit points, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- l'obligation d'information préalable résultant des articles L. 223-1 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ; il n'a pas été informé des infractions qui lui sont reprochées et de la procédure d'amende forfaitaire en cours ;
- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie ; il n'a pas reçu les avis de contravention ni les amendes forfaitaires majorées ; les infractions qui lui sont reprochées ne présentent pas de caractère définitif ; il a contesté ces infractions auprès de l'officier du ministère public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut, d'une part, au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48SI " et des décisions portant retrait de points consécutifs aux infraction commises les 23 octobre 2018, 3 et 4 novembre 2019 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48SI " sont sans objet, aucune décision " 48SI " n'apparaissant sur le relevé d'information intégral ; il en va de même de la décision portant retrait de points consécutivement à l'infraction commise le 23 octobre 2018 ; en application de l'article L. 223-6 du code de la route, les points retirés consécutivement aux infractions commises les 3 et 4 novembre 2019 ont été restitués à M. A ; les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, sans objet ;
- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 13 avril 2022 à 12 heures.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tiré de :
- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 4 novembre 2019, dès lors que ce point a été restitué à M. A le 11 août 2020, soit antérieurement à l'introduction de la requête ;
- l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision portant retrait de points consécutivement à l'infraction commise le 3 novembre 2019 en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a commis les 24 février 2015, 14 décembre 2015, 23 octobre 2018,
3 novembre 2019 et 4 novembre 2019 des infractions au code de la route. Par un courrier dont il soutient avoir accusé réception le 2 juin 2021, le relevé d'information intégral de son permis de conduire lui a été transmis mentionnant une décision référencée " 48SI " qui lui a été notifiée le 2 juin 2021. Par une lettre du 28 juillet 2021 dont a accusé réception le ministre de l'intérieur le 30 juillet 2021, M. A a formé un recours gracieux contre la décision référencée " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire et contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions susmentionnées. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " ainsi que les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 24 février 2015, 14 décembre 2015, 23 octobre 2018, 3 novembre 2019 et 4 novembre 2019.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le ministre de l'intérieur :
2. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de
M. A, édité le 18 octobre 2021, produit en défense, qu'il n'est fait mention ni de la décision " 48SI " en tant qu'elle invalide son permis de conduire ni du retrait de points consécutif à l'infraction commise le 23 octobre 2018. Il ressort également des mêmes mentions de ce relevé d'information intégral que le point retiré consécutivement à l'infraction commise le
3 novembre 2019 a, en application de l'article L. 223-6 du code de la route, été restitué à M. A. Compte tenu de ces rectifications, ces décisions doivent être regardées comme ayant été implicitement mais nécessairement retirées postérieurement à l'introduction de la requête. Dès lors, les conclusions de M. A tendant à l'annulation de ces décisions sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait de points consécutive à l'infraction commise le 4 novembre 2019 :
3. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral du dossier de permis de conduire de M. A, édité le 18 octobre 2021, que le point retiré sur son permis de conduire consécutivement à l'infraction constatée le 4 novembre 2019 lui a été restitué le
11 août 2020, soit avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de
M. A dirigées contre la décision procédant au retrait de ce point sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.
Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la réalité des infractions :
4. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " (). / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. / () ".
5. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
7. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé intégral du permis de conduire de M. A, édité le 18 octobre 2021, que les infractions commises les 24 février 2015 et
14 décembre 2015 ont été relevées par radar automatique et ont donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas soutenu par le requérant, qu'il aurait formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la réalité de ces infractions dans les conditions requises par les dispositions de l'article
L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré de ce que la réalité de ces infractions ne serait pas établie doit être écarté.
En ce qui concerne le défaut d'information préalable :
8. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.
S'agissant de l'infraction commise le 24 février 2015 :
9. Le ministre de l'intérieur produit une attestation du comptable public, responsable de la trésorerie du contrôle automatisé, relative à l'encaissement, les 28 décembre 2015 et
7 décembre 2017 de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention au code de la route en ce qui concerne l'infraction du 24 février 2015. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant été destinataire des avis de contravention préalablement à l'émission des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. A n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L.223-3 du code de la route préalablement au paiement de cette amende.
S'agissant de l'infraction commise le 14 décembre 2015 :
10. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 14 décembre 2015 a été relevée par radar automatique et a donné lieu, ainsi que cela ressort de la copie du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée le 11 mai 2016. Le ministre de l'intérieur, qui s'est borné à produire un spécimen d'avis de contravention établi le 13 novembre 2015 n'apporte aucun élément de nature à établir que l'avis de contravention ou le titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée ait été effectivement et régulièrement adressé à M. A, les mentions du relevé d'information intégral relatif à la situation du permis de conduire de l'intéressé étant sans force probante sur ce point. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant été informé dans les conditions prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable à l'occasion de l'infraction du 14 décembre 2015 doit être accueilli.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 14 décembre 2015.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital du permis de conduire de M. A et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de lui restituer les points illégalement retirés de son permis de conduire à la suite de l'infraction relevée le 14 décembre 2015. Il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus de lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48SI " portant invalidation du permis de conduire de M. A pour solde de points nul et des décisions portant retrait de points afférentes aux infractions commises les 23 octobre 2018 et
3 novembre 2019.
Article 2 : La décision du ministre de l'intérieur portant retrait de points consécutive à l'infraction commise le 14 décembre 2015 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. A les points illégalement retirés à la suite de l'infraction du 14 décembre 2015, dans la limite du nombre maximum de points que peut comporter le capital de points de son permis de conduire et sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.
La magistrate désignée,
S. BONNEAU-MATHELOT
La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026