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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107181

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107181

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107181
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre DALO
Avocat requérantLARROQUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 29 juillet 2021, Mme E B, représentée par Me Larroque, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 40 300 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, assortie des intérêts à taux légal à compter de la date de la réception par le préfet de la demande préalable ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- par une décision du 22 février 2018, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ;

- par un jugement du 19 décembre 2018, le tribunal a enjoint sous astreinte à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement de type T3-T4 ;

- faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 janvier 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- Mme D B a été relogée le 16 mars 2022, date de la signature du bail dans un logement social de type T5 situé à Créteil ;

- trois propositions de logement lui ont été faites dont une qu'elle a refusée en août 2019 ;

- aucun document officiel attestant de l'état du logement n'est fourni à l'appui de la requête.

Mme D B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juillet 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. C, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T3-T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 22 février 2018 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation avant le 1er mars 2019, sous une astreinte de 200 euros par mois de retard. En l'absence de relogement, Mme D B a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 19 avril 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme D B demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 40 300 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme D B s'est vue reconnaître le droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : " Logement sur-occupé et avec personne handicapée à charge ou avec enfant mineur à charge ou vous êtes handicapée " et " Hébergée de façon continue dans une structure d'hébergement ". Or, elle n'a été relogée avec sa famille, que le 16 mars 2022. Néanmoins, si Mme D B se prévaut de l'insalubrité et de l'indécence de l'appartement qu'elle occupait, elle n'établit pas et il ne résulte pas de l'instruction que ce logement aurait donné lieu à un tel constat par les services compétents.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction que Mme D B a, le 20 août 2019, refusé une proposition de logement de type T4. Toutefois, il n'est ni établi, ni allégué qu'elle aurait été informée des conséquences de ce refus. Dès lors, la circonstance que Mme D B a refusé une proposition de logement social n'est pas de nature à exonérer l'Etat de sa responsabilité, même partiellement.

5. Ainsi, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit 44 mois après la naissance de l'obligation pesant sur l'Etat à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total 5 personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 4 500 euros (quatre mille cinq cents euros).

Sur les intérêts et la capitalisation :

6. La requérante a droit aux intérêts au taux légal à compter du 19 avril 2021, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.

7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 29 juillet 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 19 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.

Sur les frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En l'absence de justification de dépens exposés, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D B une somme de 4 500 euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 19 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 19 avril 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêt.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

Le magistrat désigné,

B. GUEVEL

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2107181

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