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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107359

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107359

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107359
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCOHEN GILLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 4 août 2021 et 16 mars 2022, M. C A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales mis à sa charge au titre des années 2014, 2015 et 2016.

Le requérant soutient que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas la qualité de maître de l'affaire ;

- l'administration n'établit pas le désinvestissement ;

- il justifie de l'existence de sommes qu'il a avancées à la société All-Yn Communications ;

- il a fait l'objet d'une double imposition sur les revenus distribués mis à sa charge au titre de l'année 2015.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier 2022 et 16 février 2023, l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au non-lieu à statuer à hauteur des dégrèvements accordés et au rejet du surplus de la requête, en faisant valoir que les autres moyens développés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Meyrignac ;

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité au titre des années 2014 à 2016 de la société à responsabilité limitée (SARL) All-Yn Communications, M. A, associé à 50 % et gérant de cette société, a fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel il a été rendu destinataire d'une proposition de rectification le 27 juillet 2017 en matière de revenus distribués. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales au titre des années en cause ont été mis en recouvrement à son encontre les 31 mars, 30 avril et 30 juin 2018. Une réclamation a été présentée le 10 décembre 2020 et partiellement rejetée par décision du 16 juin 2021. Par la requête susvisée, l'intéressé demande la décharge des impositions en cause.

Sur l'étendue du litige :

2. Par des décisions des 11 janvier 2022 et 15 février 2023, postérieures à l'introduction de la requête, le directeur chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France a prononcé des dégrèvements partiels pour des montants respectifs de 10 699 euros en droits et de 5 136 euros de pénalités en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015 et de 20 305 euros en droits et de 8 834 euros de pénalités en matière d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2016. Les conclusions du requérant étant, dans cette mesure, devenues sans objet, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré () ".

4. M. A, qui n'a présenté d'observations sur la proposition de rectification qui lui a été adressée le 27 juillet 2017 qu'à réception des avis d'imposition le 24 mai 2018, soit en dehors du délai légal, supporte, en conséquence, la charge de la preuve de l'exagération des impositions.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

5. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés ainsi que les années d'imposition concernées.

7. En l'espèce, la proposition de rectification du 27 juillet 2017 adressée à M. A mentionne en remarques préliminaires que la société précitée a fait l'objet d'un procès-verbal d'opposition à contrôle fiscal le 21 avril 2017, que celle-ci n'a déposé aucune déclaration de résultat, que le droit de communication a été exercé auprès des banques et des clients, ce qui a permis de déterminer un chiffre d'affaires imposable, que dans une volonté de réalisme économique, l'administration a choisi un panel de sociétés ayant une activité et un chiffre d'affaires comparables pour déterminer un taux de charges et qu'" il ressort de ces investigations que la société a réalisé un bénéfice imposable à l'IS de 5 659 euros au titre de l'exercice clos en 2014 et de 51 327 euros au titre de l'exercice clos en 2015 " et précise les impôts concernés, les années d'imposition, la base d'imposition et les motifs des rectifications au titre de l'article 109-1-1° du code général des impôts, en la qualité de maître de l'affaire de M. A, et au titre de l'article 111 c) du même code quant à la distribution des sommes identifiées au débit des comptes bancaires. Si le requérant soutient que cette proposition de rectification serait insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne comportait pas en annexe la proposition de rectification adressée à la société précitée à laquelle elle devait être motivée par référence, il résulte de l'instruction que la proposition de rectification en litige est suffisamment motivée dès lors qu'elle comporte l'ensemble des éléments de fait et de droit permettant au contribuable de formuler utilement ses observations. Dès lors, le moyen tiré d'une méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

9. Pour regarder M. A comme seul maître de l'affaire au titre des exercices 2014 et 2015, le service vérificateur a relevé que l'intéressé était détenteur de 50 % du capital social, qu'il a été le gérant de la société de sa création au 29 février 2016, que la nomination d'un nouveau gérant est intervenue le lendemain de la première visite du vérificateur, que l'intéressé disposait d'une carte bleue au nom de la société, que l'exercice du droit de communication a permis d'établir que celui-ci disposait seul de la signature bancaire, que les contrats de sous-traitance signés avec la société AS Com Multimédia mentionne celui-ci comme seul interlocuteur et qu'une demande de remboursement de crédit de taxe sur la valeur ajoutée de l'année 2015 a été signée par celui-ci le 12 mai 2016, soit deux mois après le prétendu de changement de gérant.

10. Pour contester la maîtrise unique de l'affaire, le requérant produit un acte de cession de la totalité de ses parts sociales du 29 février 2016, enregistré le 9 septembre suivant, un document de la Société Générale mentionnant que Mme D A, épouse B, l'autre associée à 50 % de la société, disposait d'une carte bancaire au nom de la société, un autre document de la même banque mentionnant que cette dernière est co-titulaire du compte bancaire de la société au 11 septembre 2015 et que la demande de remboursement de taxe sur la valeur ajoutée précitée a été établie de manière dématérialisée.

11. Toutefois, M. A a été le gérant de droit de la société à compter du 13 juin 2014, dispose de la signature bancaire seul jusqu'en septembre 2015 et conjointement avec sa sœur, Mme B, après cette date et ne conteste pas avoir été le seul interlocuteur auprès d'un client. En outre et en tout état de cause, l'intéressé a produit, dans le cadre de la présente instance, ce qui lui a permis d'obtenir les dégrèvements précités, ses relevés bancaires personnels établissant que son compte bancaire a été utilisé pour régler des dépenses de la société du mois de juillet 2015 jusqu'au mois de mai 2016, date à laquelle il est censé ne plus être gérant ni associé de la société depuis le mois de février précédent. Il résulte de tout ce qui précède que, sans que le requérant puisse sérieusement soutenir que l'administration aurait méconnu le secret professionnel en produisant devant le tribunal la déclaration de taxe sur la valeur ajoutée précitée, le service établit par un faisceau d'indices concordants que M. A disposait seul des pouvoirs de contrôle et de direction de la société lui permettant d'user sans contrôle des biens sociaux comme de ses biens propres. Il s'ensuit que le requérant doit être regardé comme le seul maître de l'affaire et est par suite présumé avoir appréhendé les revenus réputés distribués au titre des exercices 2014 et 2015.

12. En deuxième lieu, le requérant soutient que l'administration n'établit pas que les sommes ont été désinvesties de la société. Toutefois, M. A à qui incombe la charge de la preuve, ne produit aucune pièce justifiant que les produits omis auraient été mis en réserve ou incorporés au capital. Le moyen précité ne peut dès lors qu'être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ".

14. Dans le cadre de la proposition de rectification du 27 juillet 2017, l'administration a considéré que l'ensemble des sommes créditées sur le compte bancaire du requérant constituaient des rémunérations et avantages occultes au sens de ces dispositions et devaient être imposées dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

15. M. A a produit, tant devant l'administration que dans le cadre de la présente instance, diverses pièces justificatives qui ont abouti au prononcé par l'administration de trois dégrèvements successifs. Les seules pièces justificatives produites qui n'ont pas été admises par le service ont trait à des chèques de 1 500 euros du 11 octobre 2015, de 1 085,93 euros du 17 mai 2016 et de 1 854,95 euros de la même date, qui ne comportent pas le nom du bénéficiaire qui les a encaissés, de sorte qu'il n'est pas établi que ces chèques auraient été encaissés par les salariés de la SARL All-Yn Communications dont les fiches de paie ont été communiquées. Il en résulte que c'est à bon droit que l'administration a considéré que les sommes correspondant à ces chèques au porteur n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société et constituaient donc des revenus distribués au sens de l'article 111 c) du code général des impôts.

16. En quatrième lieu, M. A soutient que les sommes qualifiées de revenus distribués au titre de l'année 2015 ont fait l'objet à hauteur de 51 327 euros d'une double imposition, d'une part, au titre de l'article 109-1-1° et, d'autre part, au titre de l'article 111 c) du code général des impôts. Toutefois, outre que le requérant ne produit aucune pièce justificative à l'appui de ses allégations alors que la charge de la preuve lui incombe, il résulte en outre de l'instruction que, comme indiqué précédemment, par volonté de réalisme économique, l'administration a admis un taux de charges à appliquer au chiffre d'affaires pour la détermination du bénéfice en prenant en compte un panel de sociétés, de sorte que le bénéfice reconstitué au titre de l'année 2015 n'a pas été seulement déterminé par le montant des sommes portées sur les comptes bancaires de la société, dont une partie a été appréhendée par M. A. Ce dernier n'établit donc pas la double imposition dont il se prévaut.

17. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des contributions sociales au titre des années 2014, 2015 et 2016 doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à hauteur des dégrèvements prononcés les 11 janvier 2022 et 15 février 2023 et mentionnés au point 2 du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'administrateur des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé : P. MeyrignacLe président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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