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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107378

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107378

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107378
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELURL GUILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2021, Mme B D, représentée par Me Guillon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 10 et 13 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne lui a notifié un indu de prime d'activité de 828,20 euros, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 4 265 euros et de revenu de solidarité active de 3 914,36 euros pour les périodes de janvier à mars 2019 et de juillet à décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de lui rembourser les sommes prélevées sur ses prestations au titre du remboursement de ces indus dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que sa situation maritale n'ayant changé que le 10 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a commis une erreur en la prenant en compte dans la détermination des indus en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen soulevé par Mme D n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, le rapport de Mme A a été entendu, les parties n'étant ni présentes, ni représentées et la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D est allocataire de diverses aides sociales dont de l'aide personnalisée au logement, du revenu de solidarité active et de la prime d'activité. Ses droits ont été révisés à la suite d'un contrôle effectué par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne. Cette dernière lui a notifié par deux décisions des 10 et 13 mars 2021 un indu de prime d'activité de 828,20 euros, d'aide personnalisée au logement d'un montant de 4 265 euros et de revenu de solidarité active de 3 914,36 euros pour les périodes de janvier à mars 2019 et de juillet à décembre 2020. La requérante a formé, par l'intermédiaire de son conseil, un recours gracieux devant la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne le 9 avril 2021 qui a été implicitement rejeté par cette dernière. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de la décision du 10 mars 2021.

Sur la recevabilité des conclusions et la portée du litige :

2. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-2 du code de la sécurité sociale : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative à la prime d'activité prise par l'un des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours auprès de la commission de recours amiable, composée et constituée au sein du conseil d'administration de cet organisme et qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 ". Lorsqu'un recours administratif préalable prévu par un texte est mal dirigé, il appartient à l'administration, devant laquelle a été présenté à tort le recours, de le rediriger vers l'autorité compétente pour l'examiner. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif, préalable obligatoire à la saisine du juge, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge.

3. Le recours administratif effectué le 9 avril 2021 par Mme D devant la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne contre la décision initiale mettant à sa charge des indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement ayant un caractère obligatoire, des décisions implicites se sont substituées à la décision initiale. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête de Mme D dirigées contre la décision initiale et de regarder les conclusions de la requête, concernant ces indus, comme dirigées contre les seules décisions implicites de rejet de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne et du président du conseil départemental de la Seine-et-Marne qui s'y sont substituées.

Sur le bien-fondé des indus :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux. Les dispositions de l'article R. 132-1 sont applicables au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 351-3 du code de la construction et de l'habitation alors applicable : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : 1. La situation de famille du demandeur de l'aide occupant le logement et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer. () ". Aux termes de l'article R. 351-5 du même code : " Les ressources prises en considération pour le calcul de l'aide personnalisée [au logement] sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer ".

6. Enfin, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ".

7. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année, de prime d'activité ou d'aide personnalisée au logement, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

8. Il résulte du rapport d'enquête établi par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, conformément à l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, que, contrairement à ce que soutient la requérante, les indus en cause ne trouvent pas leur origine dans la prise en compte de l'évolution de sa situation familiale mais dans la prise en compte des sommes versées à titre de pensions alimentaires par M. C, dont la requérante était séparée pendant les périodes litigieuses ainsi que dans la régularisation des déclarations trimestrielles au titre des revenus perçues par l'intéressée. C'est dès lors, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a estimé que ces sommes devaient être prises en comptes dans le calcul des ressources de la requérante pour la détermination du montant de ses allocations de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement pour les périodes de janvier à mars 2019 et de juillet à décembre 2020.

9. Dès lors, Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions implicites par lesquelles le département de Seine-et-Marne et la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne ont confirmé ces indus de revenu de solidarité active, de prime d'activité et d'aide personnalisée au logement. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne de restituer à la requérante les sommes récupérées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, au département de Seine-et-Marne, au ministre délégué en charge de la ville et du logement et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La rapporteure,

M. Potin

Le président,

J-Ch. GraciaLa greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées et au ministre délégué en charge de la ville et du logement, en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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