jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2107633 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | GIORNO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 août 2021 et 31 mars 2022, M. C A, représenté par la Selarlu Julie Giorno, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2021 par laquelle le directeur délégué du centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
" Fondation Vallée " a implicitement rejeté son recours formé le 3 mai 2021 tendant à l'annulation de la décision du 1er avril 2021 portant refus d'imputabilité au service de sa maladie professionnelle et de sa tentative de suicide du 14 octobre 2019 ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " de reconnaître l'imputabilité au service de sa maladie professionnelle, de sa tentative de suicide du 14 octobre 2019 et des arrêts de travail y afférents et de procéder à la reconstitution de sa carrière jusqu'à la consolidation de son état de santé dûment constatée par un médecin ;
3°) de condamner le centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " à lui verser la somme globale de 289 364 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis ;
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 1er avril 2021 n'est pas motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en méconnaissance du décret du 14 mars 1986 ; d'une part, le chef de service dont il dépend, un représentant du personnel et un médecin spécialiste de l'affection en cause n'étaient pas présents à la séance de la commission de réforme du 23 mars 2021, seules quatre signatures ayant été apposées sur le procès-verbal de réunion de cette commission ; d'autre part, il n'est pas justifié que les représentants du personnel aient appartenu au même grade ou au même corps que lui ; si le centre hospitalier identifie six signatures sur le procès-verbal, cela ne suffit pas à démontrer que le quorum était atteint ; en outre, la commission s'est tenue en audio-conférence, ce qui ne permet pas d'identifier les participants ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation des faits dès lors que les agissements constitutifs de harcèlement moral dont il estime être victime ont contribué au développement de son état anxio-dépressif sévère, qui a conduit à sa tentative de suicide, directement imputable à ses conditions de travail ; aucune raison médicale objective ne permet d'imputer les différents arrêts maladie à un autre évènement qu'à ses conditions de travail au sein de l'établissement hospitalier ; il existe une présomption d'imputabilité au service de sa tentative de suicide et de sa pathologie dès lors qu'il existe un faisceau d'indices permettant d'établir que les conditions de travail ont été déterminantes dans le passage à l'acte ; la décision attaquée est entachée d'erreur de qualification juridique et d'erreur de droit ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il ressort clairement des faits que son état de santé s'est particulièrement dégradé du fait de ses conditions de travail anxiogènes ; la commission de réforme n'a pas tiré les conséquences de l'expertise réalisée par le spécialiste de son affection ; aucune mesure efficace n'a été mise en œuvre pour régler les dysfonctionnements du service ayant contribué à la dégradation évidente de son état de santé ; il ne souffrait d'aucun antécédent psychologique ou psychiatrique ; aucune raison médicale objective ne permet d'imputer les différents arrêts maladie à un autre évènement qu'à ses conditions de travail au sein de l'établissement hospitalier ;
- elle est entachée de détournement de pouvoir ; cette décision a été prise dans un contexte global de harcèlement moral de la part de sa hiérarchie ; le centre hospitalier a même pris soin de monter un dossier à charge en vue de le présenter à la commission de réforme ; aucun document ne permet d'établir la réalité des faits qui lui sont reprochés ; elle est entachée d'un détournement de procédure en ce qu'elle est dépourvue de tout intérêt du service et qu'elle a été effectuée dans l'unique but de l'évincer ;
- l'illégalité de la décision du 1er avril 2021 constitue une faute de l'administration qui lui a causé un préjudice de carrière, financier et moral ; d'une part, sa carrière a été brutalement interrompue et sa fin de carrière a été obérée alors qu'il aurait pu travailler jusqu'au mois de décembre 2030 ; d'autre part, il a subi un préjudice financier qui peut être évalué à la somme globale de 252 456 euros ; enfin, il a subi un préjudice moral direct et certain qu'il convient de réparer à concurrence de la somme de 20 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 28 janvier 2022 et 6 février 2023, le centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
" Fondation Vallée ", représenté par son directeur en exercice, représenté par le
cabinet Earth avocats, conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à ce que les dépens soient mis à sa charge.
Il soutient que :
- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée du 1er avril 2021 n'est entachée d'aucune illégalité ; il n'a donc pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité ; M. A ne peut se prévaloir d'aucun préjudice en l'absence de lien de causalité entre le service et la maladie et l'accident déclaré ; de manière subsidiaire, la demande de M. A présente un caractère aléatoire et arbitraire dans le principe et le montant des sommes réclamées ; en l'absence de faute, sa demande indemnitaire est, en tout état de cause, irrecevable.
Par une ordonnance du 13 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mars 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Réchard,
- les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique,
- et les observations de Me Giorno, représentant M. A, et de Me Spitz, représentant le centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
" Fondation Vallée ".
Considérant ce qui suit :
1. M. A, infirmier, exerce depuis 2014 au sein du
centre hospitalier interdépartemental (CHI) de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée ", dans l'unité de soins et d'observations " Françoise Dolto ", accueillant des enfants de quatre à douze ans atteints de pathologies psychiatriques, sur un poste de nuit en binôme avec une aide-soignante. Au cours de son service de nuit du 1er au 2 avril 2019, vers 6 h 45, M. A a sollicité l'aide-soignante afin qu'elle raccompagne l'un des enfants qui s'était montré agité dans sa chambre alors qu'il était lui-même occupé à la prise en charge d'un autre patient. L'équipe de jour a constaté, en prenant la relève le matin du 2 avril 2019, que cet enfant avait été conduit par erreur dans la chambre d'un autre patient, dont la porte avait été fermée à clef. A l'issue de cet incident pour lequel les cadres du service ont recueilli les explications de M. A et de l'aide-soignante, des tensions sont apparues dans les relations entre les deux agents. Ainsi, dans les semaines qui ont suivi, l'aide-soignante s'est plainte auprès de sa hiérarchie du comportement de M. A à son égard et M. A a, quant à lui, relayé auprès de sa hiérarchie des faits traduisant selon lui des incompétences ou insuffisances professionnelles de sa collègue. Le 6 septembre 2019, M. A a sollicité sa mutation vers le
centre hospitalier intercommunal (CHI) de Poissy / Saint-Germain-en-Laye qui lui a été accordée à compter du 15 octobre 2019 par une décision du directeur délégué du CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " du 18 septembre 2019. Le 14 octobre 2019, M. A a commis une tentative de suicide à la suite de laquelle il a été hospitalisé jusqu'au 25 octobre 2019 à l'hôpital de Trappes puis pris en charge du 25 octobre au 25 novembre 2019 au sein de la clinique D'Yveline. Par une décision de la directrice générale du
CHI de Poissy / Saint-Germain-en-Laye du 22 septembre 2020, il a été placé en congé de longue maladie du 15 octobre 2019 au 14 octobre 2020, puis, par trois décisions successives, en congé de longue durée du 15 octobre 2020 au 14 avril 2021, du 15 avril au 14 octobre 2021 et du
15 octobre 2021 au 14 avril 2022. Le 4 juin 2020, M. A a renseigné une déclaration de maladie professionnelle. Par une décision du 1er avril 2021, le directeur délégué du
CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " a refusé de reconnaître la maladie déclarée par M. A imputable au service. Par un courrier du 3 mai 2021, M. A a formé un recours gracieux contre cette décision et demandé au centre hospitalier de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis. Par un courrier du 2 août 2021, le centre hospitalier a rejeté ses demandes. Par la présente requête, M. A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, d'annuler la décision implicite par laquelle le CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " a rejeté son recours gracieux et de condamner le centre hospitalier à lui verser la somme globale de 289 364 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'il estime avoir subis résultant de l'illégalité de la décision du 1er avril 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.
3. D'autre part, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
4. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2. et 3. du présent jugement que M. A, qui demande au tribunal d'annuler la décision implicite née le 5 juillet 2021 par laquelle le directeur du CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " a rejeté son recours gracieux contre la décision du 1er avril 2021, doit être regardé comme présentant des conclusions aux fins d'annulation de la décision initiale du 1er avril 2021 par laquelle le directeur délégué du CHI a refusé de reconnaître sa maladie imputable au service, ainsi que de la décision expresse du 2 août 2021 portant rejet de son recours gracieux, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet du 5 juillet 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il résulte de ces dispositions que la décision refusant à un fonctionnaire l'imputabilité au service d'une pathologie doit être regardée comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle est ainsi au nombre des décisions qui, en application de cet article, doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
6. La décision critiquée du 1er avril 2021, qui vise les textes applicables, notamment les dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de M. A ainsi que procès-verbal de la commission de réforme du 23 mars 2021, mentionne qu'" en l'absence de lien démontré entre l'activité professionnelle et la nature de ses lésions, la maladie déclarée par
M. C A, infirmier D.E., classe supérieure (CS) affecté de nuit, ne peut être reconnue comme étant imputable au service ". Dans ces conditions, la décision litigieuse précise les considérations de droit et de fait sur lesquels elle est fondée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " () Le président dirige les délibérations mais ne participe pas au vote. / Cette commission comprend : / 1. Deux praticiens de médecine générale, auxquels est adjoint, s'il y a lieu, pour l'examen des cas relevant de sa compétence, un médecin spécialiste qui participe aux débats mais ne prend pas part aux votes ; / 2. Deux représentants de l'administration ; / 3. Deux représentants du personnel. / () ". Aux termes de l'article 17 de cet arrêté : " La commission ne peut délibérer valablement que si au moins quatre de ses membres ayant voix délibérative assistent à la séance. () / En cas d'égalité des voix, l'avis est réputé rendu. / () ".
8. D'une part, M. A ne peut utilement se prévaloir de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme au regard des exigences de l'article 12 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986, dont les dispositions ne sont pas applicables aux agents de la fonction publique hospitalière.
9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 23 mars 2021, qui fait apparaître l'identité de ses membres, qu'outre sa présidente, ont siégé deux représentants de l'administration, un représentant du personnel ainsi que deux praticiens de médecine générale, soit quatre des membres de la commission de réforme ayant voix délibérative ainsi que le prévoit l'article 17 précité de l'arrêté du 4 août 2004. Dans ces conditions, la circonstance que le chef de service dont dépend M. A ainsi qu'un représentant du personnel n'aient pas siégé à la séance du 23 mars 2021 de la commission de réforme n'a pu entacher d'irrégularité la composition de la commission de réforme. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune disposition législative ou réglementaire que le représentant du personnel siégeant à la commission de réforme, conformément à l'article 6 du même arrêté précité relatif aux modalités de désignation des représentants du personnel, devrait appartenir au même grade que l'agent dont la situation est examinée au cours de la commission de réforme. Si M. A soutient que la présence de son avocat par audio-conférence ne permettait pas de confirmer la régularité de la composition de la commission de réforme, il ne ressort pas du procès-verbal de la séance que son conseil aurait expressément formulé des réserves sur ce point.
10. Enfin, il résulte des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 précitées au point 7. du présent jugement que, dans le cas où il est manifeste, eu égard aux éléments dont dispose la commission de réforme, que la présence d'un médecin spécialiste de la pathologie invoquée par un agent est nécessaire pour éclairer l'examen de son cas, l'absence d'un tel spécialiste est susceptible de priver l'intéressé d'une garantie et d'entacher ainsi la procédure devant la commission d'une irrégularité justifiant l'annulation de la décision attaquée. En se bornant à relever qu'aucun médecin spécialiste n'était présent à la commission, alors que celle-ci disposait de l'expertise médico-psychologique réalisée par un médecin psychiatre, M. A n'établit pas que la présence d'un tel spécialiste était nécessaire à la pleine compréhension de sa situation par la commission de réforme.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7. à 10. du présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de réforme.
12. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, dans sa rédaction applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : / () ; / 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. (). / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / () ".
13. Une maladie contractée par un fonctionnaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
14. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, de ce qui a été dit au point 1. du présent jugement, que dans la nuit du 1er au 2 avril 2019, M. A a sollicité l'aide-soignante afin qu'elle raccompagne l'un des enfants qui s'était montré agité dans sa chambre alors qu'il était lui-même occupé à la prise en charge d'un autre patient. Or, par erreur, l'aide-soignante a raccompagné l'enfant dans la chambre d'un autre patient dont elle a verrouillé la porte. A l'issue de cet incident, des tensions sont apparues entre les deux agents, conduisant à ce que les intéressés soient entendus dès le 2 avril 2019 à leur prise de poste en soirée par leur cadre de santé, puis le 8 avril 2019 par la directrice des soins et la cadre supérieure de santé pôle intersectoriel afin d'évoquer les difficultés à l'origine de l'incident. Malgré ces entretiens, M. A a continué à plusieurs reprises, à faire part à ses encadrants, de son mal-être et de la perte de confiance en
sa collègue et en ses compétences professionnelles ainsi qu'en attestent les courriels adressés à son cadre de santé les 16 avril, 3, 14 et 16 mai 2019 par lesquels il a notamment relaté des confusions dans les noms de patients par sa collègue, et ce, alors que les deux agents avaient interrompu leur collaboration pendant leur période de congés du 22 avril au 6 mai 2019. L'aide-soignante a, quant à elle, confié à l'encadrement son propre mal-être lié au comportement de M. A à son égard, à raison notamment de propos blessants, et de son comportement en service qui la conduisait régulièrement à faire face seule à des patients, notamment lorsque M. A s'endormait. Elle a, d'ailleurs, sollicité la psychologue ainsi que l'assistante sociale à laquelle elle a également fait part de ses difficultés relationnelles avec M. A. Le cadre de santé a, à nouveau, reçu les intéressés individuellement le 14 mai 2019 et orienté à cette occasion M. A vers la cadre supérieure de santé. Il a également organisé une séance de conciliation entre les agents qui n'a pas permis d'apaiser leurs relations. La cadre supérieure de santé, à laquelle la gestion de ce conflit revenait à compter de la mi-mai, a diligenté entre le 17 mai et le 20 juin 2019 quatre entretiens avec des membres du personnel de l'unité " Françoise Dolto " afin de mieux comprendre le contexte des difficultés relationnelles entre M. A et sa collègue, qui ont notamment révélé que M. A pouvait dormir à l'occasion de certaines nuits et que l'aide-soignante était attentive et consciencieuse dans son travail. Constatant une impossibilité à apaiser les relations entre les deux agents, la direction de l'établissement a envisagé de changer les intéressés d'unité, ce qui a été exposé à M. A le 17 juillet 2019 et confirmé lors d'un entretien entre le requérant et le directeur du centre hospitalier organisé le 5 août 2019 à la demande de M. A. Toutefois, Mme B ayant été placée sans discontinuité en arrêt de travail à compter du 20 mai 2019, et M. A ayant, quant à lui, été muté à sa demande à compter du 15 octobre 2019, ce changement d'affectation, auquel M. A avait exprimé son opposition, n'a pas été mis en place.
15. D'une part, il ressort des pièces versées au dossier et, notamment, du rapport établi par la coordinatrice générale des soins du centre hospitalier, que des difficultés relationnelles sont nées entre M. A et sa collègue de l'incident survenu dans la nuit du 1er au 2 avril 2019 et sur leurs relations de travail se sont détériorées après cet incident. Le CHI reconnait, d'ailleurs, en défense, que la relation entre M. A et sa collègue est " devenue particulièrement conflictuelle et inquiétante " et que la situation présentait un " caractère inextricable ". Dans ces conditions, et au vu des considérations énoncées au point ci-dessus relatives à la situation conflictuelle et aux mesures adoptées par la direction du CHI pour remédier à ces difficultés, les conditions de travail ainsi décrites et tirées d'un conflit opposant le requérant à l'une de ses collègues au cours du service, sont de nature à établir un contexte professionnel pathogène.
16. D'autre part, il ressort des pièces versées au dossier et, notamment, des certificats médicaux produits, l'absence d'antécédent ou de toute autre cause susceptible d'expliquer la maladie dont souffre M. A. A cet égard, le compte-rendu d'hospitalisation note l'absence d'antécédents, de même que l'expertise du médecin psychiatre. Le certificat du 12 mai 2020 du médecin psychiatre indique par ailleurs suivre le requérant depuis son " acte suicidaire réactionnel à un harcèlement professionnel " et qu'il " présente un stress post traumatique qui l'empêche de reprendre le travail ". L'expertise précitée conclut, après description des faits tels que relatés par le requérant, que la chronologie d'apparition des troubles, les conditions de travail telles qu'elles sont décrites et l'absence d'antécédents rapportés () " font évoquer une maladie professionnelle ".
17. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le conflit à l'origine de la pathologie de M. A trouve en partie sa source dans le comportement de l'intéressé qui était impliqué dans l'incident initial du 2 avril 2019 en sa qualité d'infirmier ayant donné à sa collègue des consignes qui étaient contraires aux pratiques professionnelles autorisées. Il ressort des pièces du dossier que M. A a, à compter de l'incident du 2 avril 2019, adopté un comportement virulent à l'endroit de l'aide-soignante, dans la manière de se comporter avec elle et par les plaintes à répétition adressées à sa hiérarchie, de nature à alimenter sensiblement le conflit les opposant, alors pourtant que leur collaboration professionnelle est restée de courte durée après l'incident en raison de l'arrêt de travail de l'aide-soignante dès le 20 mai 2019. En outre, si M. A se prévaut de ce que la direction de l'établissement aurait ignoré ses alertes concernant sa collègue, il ressort, cependant, des pièces du dossier que son cadre de santé, informé de ces inquiétudes, a sollicité la cadre supérieure de santé pour trouver une solution au mal-être présenté par l'intéressé et qu'ensuite, la direction de l'établissement a organisé de multiples entretiens avec M. A, successivement par le cadre de santé, la cadre supérieure de santé, la directrice des soins et le directeur du centre hospitalier, et a également organisé des entretiens avec sa collègue et des tentatives de conciliation entre les deux agents. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est montré sourd aux tentatives d'apaisement mises en place par sa hiérarchie qui avait notamment proposé un changement d'affectation. A cet égard, la circonstance que la direction du centre hospitalier ait envisagé de l'affecter à une autre unité, décision qui relève de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ne saurait être regardée comme une volonté d'évincer l'intéressé du service et dès lors que M. A se borne par ailleurs à se prévaloir des carences de l'administration dans la prise en considération de ces alertes concernant l'aide-soignante, l'intéressé ne peut être regardé comme apportant des éléments faisant présumer l'existence d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie. Enfin, si M. A soutient que la direction l'a poussé à bout, le conduisant à la tentative de suicide du 14 octobre 2019, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à cette date, d'une part, l'intéressé était sur le point de prendre, dès le lendemain, de nouvelles fonctions dans un autre établissement, dans le cadre de la mutation qu'il avait lui-même sollicitée le 6 septembre 2019, et ce, pour un motif de rapprochement de domicile, et d'autre part, il n'était plus en contact avec sa collègue depuis le 20 mai 2019, date du placement en arrêt maladie de cette dernière. Dans ces conditions, eu égard au comportement de M. A qui a contribué à ce conflit avec sa collègue et qui n'a pas saisi les opportunités d'apaisement données par la direction du centre hospitalier et a refusé son affectation dans une autre unité, le centre hospitalier interdépartemental de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " était fondé à refuser de reconnaître l'imputabilité au service de la maladie déclarée par M. A.
18. Il résulte de l'ensemble des circonstances énoncées aux points 14. à 17. du présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que le directeur délégué du
CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " a commis une erreur d'appréciation, de qualification des faits ou une erreur de droit en refusant de reconnaître l'imputabilité au service de sa pathologie.
19. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur délégué du CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " ait cherché à évincer M. A du service ou s'exonérer d'une quelconque responsabilité, la décision attaquée n'ayant au demeurant ni pour objet ni pour effet de l'évincer du service. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait constitutive d'un détournement de pouvoir. De même, la circonstance alléguée que les témoignages recueillis par l'administration ne seraient pas conformes à la réalité ne saurait caractériser un détournement de procédure. Il s'ensuit que le moyen tiré du détournement de pouvoir ou de procédure ne peut qu'être écarté.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige du 1er avril 2021 ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision du 2 août 2021 rejetant son recours gracieux. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui s'y rattachent.
Sur les conclusions indemnitaires :
21. En l'absence d'illégalité fautive de la décision attaquée, M. A n'est pas fondé à rechercher la responsabilité du CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
" Fondation Vallée ". Par suite, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions indemnitaires qu'il a présentées.
Sur les frais liés au litige :
22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du
CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée ", qui n'a pas la qualité de partie perdante à l'instance, la somme demandée par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par le
CHI de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier intercommunal de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent " Fondation Vallée " sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au
centre hospitalier intercommunal de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent
" Fondation Vallée ".
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bonneau-Mathelot, présidente,
Mme Réchard, première conseillère,
Mme Luneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2021.
La rapporteure,
J. RECHARD
La présidente,
S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,
S. SCHILDER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026