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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2107832

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2107832

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2107832
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantCABINET SEBAN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 août 2021, 9 avril 2022, 18 avril 2024 et 23 mai 2024, M. A B, représenté par Me Icard, puis par Me Coll, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2021 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre a implicitement rejeté sa demande de reconstitution de carrière dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique à compter de sa titularisation dans le cadre d'emploi des assistants territoriaux d'enseignement artistique ;

2°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre de reconstituer sa carrière dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique ;

3°) de condamner l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre à lui payer la somme de 65 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, résultant de l'illégalité fautive de sa titularisation en tant qu'assistant d'enseignement artistique, assortie des intérêts à taux légal ;

4°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre le versement de la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les dispositions des articles 6 et 7 de la loi du 16 décembre 1996 relative à l'emploi dans la fonction publique et à diverses mesures d'ordre statutaire ;

- la commune qui l'employait devait le titulariser dans le cadre d'emploi des professeurs d'enseignement artistique au motif qu'il a exercé, en qualité d'agent contractuel, des fonctions de professeur de violon correspondant à ce cadre d'emploi pendant plus de dix ans ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité dès lors que plusieurs de ses collègues ont été titularisés dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique après avoir exercé, comme lui, des fonctions de professeur de musique en qualité d'agents contractuels ;

- elle méconnaît le principe d'adéquation entre les fonctions exercées effectivement et le grade détenu ;

- les illégalités fautives commises par l'administration dans la gestion de sa carrière sont susceptibles d'engager la responsabilité pour faute de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre ;

- il a subi un préjudice matériel devant être indemnisé à hauteur de 50 000 euros ;

- il a subi un préjudice moral devant être indemnisé à hauteur de 15 000 euros.

Par des mémoires en défense enregistrés les 9 novembre 2021 et 7 mai 2024, présentés par le cabinet Seban et Associés, l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, représenté par son président dûment habilité, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 mai 2024, la clôture de l'instruction a été reportée au 24 mai 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 96-1093 du 16 décembre 1996 ;

- le décret n° 91-857 du 2 septembre 1991 ;

- le décret n° 91-861 du 2 septembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Massengo rapporteure,

- les conclusions de M. Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de Me Verger-Giambelluco, représentant l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté le 1er février 1988 par la commune de Savigny-sur-Orge en qualité de professeur de violon non titulaire. Il a été nommé assistant territorial d'enseignement artistique stagiaire au sein de cette commune à compter du 1er septembre 1998, puis titularisé dans ce cadre d'emploi à compter du 1er mars 1999. Par une lettre du 24 avril 2017, M. B a demandé au maire de Savigny-sur-Orge la reconstitution de sa carrière et son rétablissement rétroactif dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique à compter de sa titularisation. Suite au rejet de sa demande, il a formé un recours contentieux, rejeté par une ordonnance du tribunal administratif de Versailles du 29 août 2019. Par une lettre du 23 avril 2021, reçue le 27 avril 2021, M. B a réitéré sa demande et demandé l'indemnisation de son préjudice de carrière, auprès du président de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, dont il est constant qu'il était devenu l'employeur de l'intéressé depuis sa création en 2016. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande, née du silence gardé par cette autorité, ainsi que la condamnation de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre à lui payer la somme de 65 000 euros en réparation du préjudice résultant des illégalités fautives commises par son employeur dans la gestion de sa carrière.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de la loi du 16 décembre 1996 relative à l'emploi dans la fonction publique et à diverses mesures d'ordre statutaire : " Par dérogation aux articles 36, 41, 43 et 44 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, et pour une durée maximum de quatre ans à compter de la publication de la présente loi, peuvent être ouverts des concours réservés aux candidats remplissant les cinq conditions suivantes : / 1° Justifier, à la date du 14 mai 1996, de la qualité d'agent non titulaire des collectivités territoriales et de leurs établissements publics, recruté en application de l'article 3 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée ; / 2° Etre, à la même date, en fonction ou bénéficier d'un congé en application du décret pris sur le fondement de l'article 136 de la même loi ; / 3° Exercer, à cette date, dans le ressort de l'autorité organisatrice du concours, des fonctions qui correspondent à celles définies par les statuts particuliers des cadres d'emplois pour lesquels un concours au plus a donné lieu à la même date à l'établissement d'une liste d'aptitude, le cas échéant dans la spécialité considérée ; / 4° Justifier, au plus tard à la date de clôture des inscriptions au concours, des titres ou diplômes requis, le cas échéant, des candidats au concours externe d'accès au cadre d'emplois concerné ; 5° Justifier, à la date mentionnée au 4°, d'une durée de services publics effectifs de même niveau de catégorie au moins égale à quatre ans d'équivalent temps plein au cours des huit dernières années. Pour l'appréciation de cette dernière condition, les périodes de travail à temps non complet correspondant à une durée supérieure ou égale au mi-temps sont assimilées à des périodes à temps plein ; les autres périodes de travail à temps non complet sont assimilées aux trois quarts du temps plein. ; Toutefois, les candidats qui, à la date du 14 mai 1996, justifiaient des titres ou diplômes et de la durée de services exigés aux 4° et 5° et qui ont exercé les fonctions mentionnées au 3° en la qualité d'agent non titulaire prévue au 1°, pendant une partie de la période comprise entre le 1er janvier 1996 et le 14 mai 1996, sont également admis à se présenter aux concours réservés. / Un décret en Conseil d'Etat fixe les conditions d'application du présent article ". Et aux termes de l'article 7 de la même loi : " Les concours réservés prévus à l'article 6 donnent lieu à l'établissement de listes d'aptitude classant par ordre alphabétique les candidats déclarés aptes par le jury. / L'inscription sur une liste d'aptitude ne vaut pas recrutement. / Tout candidat déclaré apte depuis moins de deux ans peut être nommé dans un des emplois du cadre d'emplois auquel le concours réservé correspondant donne accès, dans les conditions fixées à la dernière phrase du quatrième alinéa de l'article 44 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 précitée ".

3. Ces dispositions ont pour seul objet de permettre l'ouverture de concours spéciaux à certaines catégories d'agents de la fonction publique territoriale, dont les agents non titulaires des collectivités territoriales. Par suite, M. B, qui ne soutient pas avoir réussi les épreuves d'un tel concours, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions pour contester la légalité de la décision du 21 avril 1999 par laquelle le maire de Savigny-sur-Orge l'a titularisé dans le grade d'assistant d'enseignement artistique et demander, en conséquence, l'annulation de la décision du président de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre rejetant implicitement sa demande de reconstitution de carrière.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 2 septembre 1991 portant statut particulier du cadre d'emplois des professeurs territoriaux d'enseignement artistique, dans sa version applicable au litige : " Le recrutement en qualité de professeur d'enseignement artistique intervient après inscription sur les listes d'aptitude établies : / 1° En application des dispositions de l'article 36 de la loi du 26 janvier 1984 précitée ; / 2° En application des dispositions du 1° de l'article 39 de ladite loi ". Aux termes de l'article 4 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Sont inscrits sur la liste d'aptitude prévue au 1° de l'article 3 ci-dessus les candidats déclarés admis : / 1° Pour la spécialité Musique et danse, à un concours externe sur titres ouvert aux candidats titulaires du certificat d'aptitude aux fonctions de professeur des écoles de musique contrôlées par l'Etat ; /()/ ". Et enfin, au terme de l'article 5 du même décret, dans sa version applicable au litige : " Peuvent être inscrits sur la liste d'aptitude prévue au 2° de l'article 3 ci-dessus correspondant à la spécialité dans laquelle ils ont fait acte de candidature, après examen professionnel, les fonctionnaires territoriaux qui, âgés de quarante ans au moins, justifient de plus de dix années de services effectifs accomplis dans un emploi d'assistant spécialisé d'enseignement artistique ".

5. M. B soutient que le maire de Savigny-sur-Orge, alors employeur de l'intéressé avant transfert des agents concernés à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, devait le titulariser en 1999 dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique dès lors qu'il exerçait, en tant qu'agent non titulaire, les fonctions de professeur de violon depuis 1988. Toutefois, M. B n'établit pas qu'il remplissait les conditions pour être inscrit sur la liste d'aptitude permettant la nomination dans le cadre d'emploi des professeurs d'enseignement artistique, prévues par les dispositions précitées. La seule circonstance qu'il occupait des fonctions de professeur de violon non titulaire ne lui donnait aucun droit à une telle nomination, pas plus que la circonstance qu'il soit titulaire du deuxième prix d'alto, diplôme délivré par le conservatoire national supérieur de musique de Paris. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de Savigny-sur-Orge l'a illégalement titularisé dans le cadre d'emploi des assistants territoriaux d'enseignement artistique, et que le président de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre devait, en conséquence, faire droit à sa demande de reconstitution de carrière.

6. En troisième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité, dès lors que plusieurs collègues, ayant initialement occupé des fonctions de professeurs de musique en qualité d'agents non titulaires, ont été titularisés dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique, il ne produit aucune pièce permettant d'établir que ces derniers ne remplissaient pas les conditions statutaires permettant d'y accéder, conformément aux dispositions réglementaires citées au point 4. Ainsi, il n'établit pas qu'il se trouvait dans une situation identique à la leur, justifiant qu'il soit titularisé, comme eux, dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, à supposer que M. B ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance du principe d'adéquation entre les fonctions exercées effectivement depuis sa titularisation et le grade détenu, il ne résulte d'aucune disposition qu'un agent public dispose d'un droit à la titularisation dans un grade supérieur au sien dès lors que lui sont confiées par son employeur des missions susceptibles d'être confiées à un agent titulaire de ce grade. Par suite, le moyen doit, en tout état de cause, être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2021 par laquelle le président de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre a refusé de reconstituer sa carrière dans le cadre d'emploi des professeurs territoriaux d'enseignement artistique.

Sur la responsabilité :

9. Il résulte des constatations opérées aux points 2 à 8 qu'en l'absence d'illégalité commise par l'administration, les conclusions indemnitaires tendant à la réparation des préjudices en résultant doivent en tout état de cause être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 200 euros sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre une somme de 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'établissement public territorial Grand-Orly Seine Bièvre.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère.

Mme Issard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 juin 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGOLa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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