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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108034

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108034

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108034
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL JOVE - LANGAGNE - BOISSAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 août et 18 novembre 2021,

M. A B, représenté par la Selarl Jove-Langagne-Boissavy, demande au tribunal :

1°) d'annuler la référencée " 48SI " du 21 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidation de son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 22 janvier 2017, 16 août 2016, 26 juin 2017, 20 juillet 2017, 16 août 2017, 26 janvier 2018, 29 novembre 2017, 4 décembre 2017, 7 mai 2018, 9 avril 2018, 30 avril 2018, 10 janvier 2020, 24 janvier 2020, 28 janvier 2020, 1er février 2020 à 2 h 27 et 2 h 30, 15 juin 2020, 25 juin 2020, 10 février 2020 et 22 juin 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite et de reconstituer son capital de points initial dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation d'information préalable résultant des articles L. 223-1 et R. 223-3 du code de la route a été méconnue ;

- la notification globale des retraits de points par la décision référencée " 48SI " méconnaît l'article R. 223-3 du code de la route ; l'administration ne l'a pas mis en mesure de bénéficier d'un stage de sensibilisation prévu à l'article L. 223-6 du code de la route ;

- le fait de ne pas avoir tenu compte du stage auquel il a volontairement participé le

28 juillet 2021 constitue une illégalité de nature à justifier l'annulation de la décision référence " 48SI " ;

- la décision attaquée " 48SI " est entachée d'erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer partiel sur les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48SI " et au rejet du surplus des conclusions.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au

13 janvier 2022 à 12 heures.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :

- du non-lieu à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait d'un point consécutivement à l'infraction commise le 22 juin 2020, dès lors que ce point a été restitué à M. B le 21 septembre 2021, soit postérieurement à l'introduction de la requête ;

- de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 22 janvier 2017, 7 mai 2018, 30 avril 2018 et 1er février 2020 à 2 h 27, dès lors que les points ont été restitués à M. B les 3 août 2017, 7 décembre 2018, 27 mai 2019 et 14 avril 2021, soit antérieurement à l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis les 22 janvier 2017, 16 août 2016, 26 juin 2017, 20 juillet 2017, 16 août 2017, 26 janvier 2018, 29 novembre 2017, 4 décembre 2017, 7 mai 2018, 9 avril 2018, 30 avril 2018, 10 janvier 2020, 24 janvier 2020, 28 janvier 2020, 1er février 2020 à 2 h 27 et

2 h 30, 15 juin 2020, 25 juin 2020, 10 février 2020 et 22 juin 2020 des infractions au code de la route ayant entraîné la perte de vingt points. Par une décision référencée " 48SI " du 21 juin 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retraits de points, a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions ainsi commises.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le ministre de l'intérieur :

2. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 20 octobre 2021, produit en défense, qu'il a été tenu compte du stage de sensibilisation effectué par M. B les 17 et 18 juillet 2020. En revanche, il ne résulte pas des mentions de ce relevé qu'il ait été tenu compte du stage de sensibilisation suivi les 26 et 27 juillet 2021. Toutefois, M. B ne démontre pas, par les pièces qu'il a produites, que la décision référencée " 48SI " aurait été notifiée postérieurement à ce stage. Par ailleurs, s'il comporte la mention d'infractions commises les 29 novembre 2017, 4 décembre 2017, 9 avril 2018, 10 janvier 2020, 24 janvier 2020, 28 janvier 2020, 1er février 2020 à 2 h 30, 10 février 2020, 15 juin 2020 et 25 juin 2020, aucun retrait de points ne leur ait associé, le ministre de l'intérieur faisant valoir que les points retirés consécutivement à ces infractions ont été restitués à M. B, ainsi que cela ressort de l'édition du 2 juillet 2021 de ce relevé. Il doit donc en être déduit que le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de ces décisions. Il résulte, également, de ce relevé que le point qui a été retiré du permis de conduire de M. B consécutivement à l'infraction du 22 juin 2020 lui a été restitué le 21 septembre 2021, soit postérieurement à l'introduction de la requête. En outre, aucune mention concernant l'existence d'une décision d'invalidation du permis de conduire de M. B ne figure sur le relevé d'information intégral. Par suite, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré la décision " 48SI " en litige. Dès lors, les conclusions de M. B tendant à l'annulation de ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée " 48SI " en litige ainsi que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions ainsi reprochées à M. B. Il en va de même des conclusions aux fins d'injonction qui s'y rapportent.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins d'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 22 janvier 2017, 7 mai 2018, 30 avril 2018 et 1er février 2020 à 2 h 27 :

3. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral du dossier de permis de conduire de M. B, édité le 20 octobre 2021, que les points retirés sur son permis de conduire consécutivement aux infractions constatées les 22 janvier 2017, 7 mai 2018,

30 avril 2018 et 1er février 2020 à 2 h 27 lui ont été restitués respectivement les 3 août 2017, 7 décembre 2018, 27 mai 2019 et 14 avril 2021, soit avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. B dirigées contre les décisions procédant aux retrait de ces points sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

Sur les décisions portant retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification :

4. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

5. M. B soutient que la notification globale des décisions portant retrait de points dans la décision portant invalidation de son permis de conduire méconnaît les dispositions qui viennent d'être citées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait ainsi lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que, dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Ainsi, le moyen tiré de la notification des décisions portant retrait de points à l'occasion de la décision contestée portant invalidation du permis de conduire de M. B est inopérant et doit donc être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

6. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 16 août 2016 :

7. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 20 octobre 2021, que l'infraction du 16 août 2016 a été relevée par radar automatique et a donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit une attestation du comptable public, responsable de la trésorerie du contrôle automatisé, relative à l'encaissement, le 20 février 2017 de l'amende forfaitaire majorée afférente à l'avis de contravention en ce qui concerne l'infraction du 16 août 2016. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant été destinataire de cet avis préalablement à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. B n'établit pas, à défaut de produire le document qui lui a été remis à cette occasion, que celui-ci ne comportait pas l'ensemble des informations exigées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, comme ayant apporté la preuve que l'administration a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par ces dispositions préalablement au paiement de cette amende. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable à l'occasion de l'infraction du 16 août 2016 ne peut qu'être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 26 janvier 2018 :

8. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction et, notamment du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 20 octobre 2021, que l'infraction commise le 26 janvier 2018 a été constatée par radar automatique et que M. B, ainsi que cela ressort de la mention " AF ", s'est acquitté de l'amende forfaitaire. Ainsi, M. B a nécessairement reçu des courriers du ministre de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il suit de là que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. B n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 26 juin 2017, 20 juillet 2017, 16 août 2017 :

10. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B, édité le 20 octobre 2021, que les infractions commises les 26 juin 2017, 20 juillet 2017, 16 août 2017 ont été relevées par radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amendes forfaitaires majorées. Le ministre de l'intérieur, qui s'est borné à produire la copie d'un avis de contravention établi le 13 novembre 2015 n'apporte aucun élément de nature à établir que l'avis de contravention ou le titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée ait été effectivement et régulièrement adressé à M. B, les mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de l'intéressé étant sans force probante sur ce point. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 7. du présent jugement que M. B a commis le 16 août 2016 une infraction de même nature, constatée par radar automatique, qui a donné lieu à une amende forfaitaire majorée dont s'est acquitté M. B. Dès lors, le requérant qui doit être regardé comme ayant été destinataire de l'avis de contravention préalablement à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée a déjà été destinataire de l'ensemble des informations exigées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B dirigées contre les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 16 août 2016, 26 janvier 2018, 26 juin 2017, 20 juillet 2017 et 16 août 2017 doivent être rejetées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant doivent également être rejetées ainsi que celles que M. B a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus de lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision " 48SI " du 21 juin 2021 portant invalidation du permis de conduire de M. B et des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 29 novembre 2017, 4 décembre 2017, 9 avril 2018, 10 janvier 2020, 24 janvier 2020, 28 janvier 2020, 1er février 2020 à 2 h 30, 10 février 2020, 15 juin 2020, 25 juin 2020 et 22 juin 2020 ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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