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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108181

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108181

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108181
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 11 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 6 février 2016, 2 avril 2016, 30 octobre 2017, 28 novembre 2017, 8 janvier 2018, 12 août 2018, 26 octobre 2018, 11 mars 2019, 13 juin 2019, 30 septembre 2019, 12 novembre 2019, 20 février 2020, 2 mai 2020, 4 août 2020 et 23 septembre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui ont pas été délivrées préalablement aux décisions de retrait ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision invalidant le permis de conduire du requérant et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- à la suite de la transmission par les services préfectoraux de l'attestation de stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 23 et 24 décembre 2020, il a été procédé au retrait de la décision référencée " 48 SI " en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant et à la rectification des informations inscrites au dossier de permis de conduire de l'intéressé, dont le solde de points se trouve rétabli en conséquence à cinq points ;

- les moyens de la requête concernant les autres décisions ne sont pas fondés.

Par un courrier du 14 avril 2023, les parties ont été informées en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions relatives aux infractions des 2 avril 2016, 8 janvier 2018, 12 août 2018, 12 novembre 2019 et 25 juillet 2020 sont devenues sans objet dès lors qu'il ressort du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur que les points retirés à la suite de ces infractions ont été restitués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a commis les 6 février 2016, 2 avril 2016, 30 octobre 2017, 28 novembre 2017, 8 janvier 2018, 12 août 2018, 26 octobre 2018, 11 mars 2019, 13 juin 2019, 30 septembre 2019, 12 novembre 2019, 20 février 2020, 2 mai 2020, 4 août 2020 et 23 septembre 2020, quinze infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de 19 points sur son permis de conduire. Après avoir enregistré une nouvelle infraction relevée le 25 juillet 2020, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 11 juin 2021, a retiré un nouveau point puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision ainsi que les décisions de retrait de points afférentes aux infractions relevées les 6 février 2016, 2 avril 2016, 30 octobre 2017, 28 novembre 2017, 8 janvier 2018, 12 août 2018, 26 octobre 2018, 11 mars 2019, 13 juin 2019, 30 septembre 2019, 12 novembre 2019, 20 février 2020, 2 mai 2020, 4 août 2020 et 23 septembre 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, il résulte des mentions non contestées du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. C que les points retirés consécutivement aux infractions commises les 2 avril 2016, 8 janvier 2018, 12 août 2018, 12 novembre 2019 et 25 juillet 2020 ont été restitués respectivement les 20 octobre 2016, 5 octobre 2018, 7 mars 2019, 23 juillet 2020 et 17 juin 2021, soit avant l'introduction de la requête. Ainsi, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

3. D'autre part, il résulte également des mentions non contestées du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C produit par l'administration que la décision référencée " 48 SI " du 11 juin 2021 attaquée a été retirée en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant, du fait de la prise en compte de points acquis à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière que l'intéressé a suivi les 23 et 24 décembre 2020. Par suite, le ministre de l'intérieur est fondé à soutenir que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision du 11 juin 2021 invalidant le permis de conduire de M. C et en demandant la restitution, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant, sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. En premier lieu, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par un outil dédié ou par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte des mentions " AF " portées sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. C, que l'intéressé s'est acquitté des amendes forfaitaires correspondant à l'infraction constatée le 23 septembre 2020 par procès-verbal électronique et à celles relevées les 6 février 2016, 30 octobre 2017, 28 novembre 2017, 11 mars 2019, 13 juin 2019, 30 septembre 2019, 20 février 2020, 2 mai 2020 et 4 août 2020 par radar automatique. Ainsi, le requérant a nécessairement reçu les courriers du ministre chargé de l'intérieur l'invitant à s'acquitter de ces paiements. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. C n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré de l'absence de ces informations lors de la commission de ces infractions doit être écarté.

6. En second lieu, l'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder.

8. En l'espèce, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. C que l'infraction du 26 octobre 2018 a été relevée au moyen d'un procès-verbal électronique dématérialisé et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur que le requérant a signé le procès-verbal électronique relatif à cette infraction, qui, conformément aux dispositions du II de l'article A. 37-27-2 mises en œuvre à compter du 15 avril 2015, précise que les contraventions relevées entraînent retrait de points et comportent l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La production de telles pièces suffit donc à établir que l'intéressé a bénéficié de l'ensemble des informations prévues par lesdites dispositions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant l'infraction commise le 26 octobre 2018 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

9. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

10. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".

11. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. En l'espèce, il ressort du relevé intégral du permis de conduire du requérant que les infractions contestées et restant en litige ont donné lieu soit au paiement de l'amende forfaitaire soit à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte pas de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas soutenu par le requérant, que ce dernier aurait formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que la réalité de ces infractions est établie dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'établissement des infractions doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées ne peuvent être accueillies.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision référencée " 48 SI " du 11 juin 2021 en tant qu'elle invalide le permis de conduire de M. C et en demande la restitution, ainsi que sur les conclusions aux fins d'injonction s'y rapportant.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024

Le magistrat désigné,

M. B

La greffière,

A-J. YAO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2108181

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