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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108395

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108395

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108395
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantTABI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 septembre 2021 et 16 mai 2024, Mme A C et M. D B, représentés par Me Tabi, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont été privés de la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le contrôleur en méconnaissance des dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales dès lors qu'il ne les a pas rencontrés et " n'a donc pu échanger sur l'ensemble des points qui n'allaient pas selon l'inspecteur " ;

- l'administration fiscale n'a pas donné suite à la demande de rendez-vous avec le supérieur hiérarchique qu'ils ont présentée par courriers des 28 juin 2019 et 7 février 2020, soit avant la mise en recouvrement, en méconnaissance du paragraphe 5 du chapitre III de la charte des droits et obligations du contribuable ; ils ont ainsi été privés de la possibilité de faire appel au supérieur hiérarchique du vérificateur qui constitue une garantie substantielle ;

- malgré leur demande présentée par courriers des 28 juin 2019 et 7 février 2020, l'administration fiscale ne leur a pas communiqué la copie des documents obtenus dans le cadre de l'exercice de son droit de communication sur la base desquels ont été fondés les redressements, en méconnaissance de la garantie prévue par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales et de la doctrine administrative référencée " inst. 21 septembre 2006, 13 L-6-06 n° 1, BOI-VF-PGR-30-10 n° 200 ".

Par deux mémoire en défense, enregistrés les 16 février 2022 et 4 juin 2024, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C et M. B ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience publique du 20 juin 2024 en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Un mémoire, produit pour Mme C et M. B par Me Tabi, a été enregistré le 20 juin 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Réchard,

- et les conclusions de Mme Van Daële, rapporteure publique.

Une note en délibéré présentée pour Mme C et M. B par Me Tabi a été enregistrée le 21 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B ont fait l'objet d'un examen de leur situation fiscale personnelle portant sur l'année 2015. Par une première proposition de rectification du

12 décembre 2017, l'administration fiscale a notifié aux intéressés des rectifications dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée selon la procédure de taxation d'office. Par une seconde proposition de rectification du 31 août 2018, l'administration fiscale leur a notifié de nouvelles rectifications dans la catégorie des revenus d'origine indéterminée selon la même procédure de taxation d'office. La réclamation contentieuse présentée le 31 décembre 2020 par Mme C et M. B a été rejetée par une décision de l'administration fiscale du

28 juin 2021. Par la présente requête, Mme C et M. B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015.

Sur la régularité de la procédure :

2. En premier lieu, le caractère contradictoire que doit revêtir l'examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'un contribuable au regard de l'impôt sur le revenu, en vertu des articles L. 47 à L. 50 du livre des procédures fiscales, interdit au vérificateur d'adresser la proposition de rectification qui, selon l'article L. 48 du même livre, marquera l'achèvement de son examen, sans avoir au préalable engagé un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir. Pour apprécier si le vérificateur a satisfait à la condition d'engager, préalablement à l'envoi d'une proposition de rectification, un dialogue contradictoire avec le contribuable sur les points qu'il envisage de retenir, il convient de prendre en considération l'ensemble des échanges intervenus pendant toute la durée du contrôle, depuis la date d'envoi de l'avis de vérification jusqu'à la date d'envoi de la proposition de rectification. Le caractère oral d'un tel débat n'est pas exigé à peine d'irrégularité de la procédure.

3. D'une part, Mme C et M. B ne peuvent utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 13 du livre des procédures fiscales applicables aux seules vérifications de comptabilité.

4. D'autre part, il résulte de l'instruction et, notamment des propositions de rectification des 12 décembre 2017 et 31 août 2018, que l'administration fiscale a adressé le 24 janvier 2017 à Mme C et M. B un avis d'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle par lettre recommandée avec accusé de réception, qu'ils ont reçu

le 26 janvier 2017. A leur demande, les intéressés ont été reçus en entretien par le service vérificateur les 8 mars, 12 avril et 17 mai 2017. Par ailleurs, par un courrier du 27 juin 2017, l'inspectrice des finances publiques les a invités à lui fournir les éclaircissements ou les justifications concernant la déclaration de leurs revenus de l'année 2015 auquel les intéressés ont répondu par un courrier du 29 août 2017. L'administration fiscale, insatisfaite de leur réponse, leur a adressé une mise en demeure le 16 octobre 2017 à laquelle Mme C et M. B ont répondu par un courrier du 2 décembre 2017. Par ailleurs, l'administration fiscale, qui a découvert, au cours des entretiens avec les intéressés que M. B disposait de comptes bancaires en Suisse, a présenté, le 2 août 2020, une demande d'assistance internationale auprès des autorités fiscales suisses et, après avoir eu leur retour, a formé, le 11 avril 2018, une nouvelle demande d'éclaircissements et de justifications auprès des requérants. En l'absence de réponse de Mme C et M. B à cette demande, l'administration fiscale leur a adressé une nouvelle mise en demeure le 27 juin 2018, demeurée infructueuse. Dans ces conditions, Mme C et M. B, qui ne peuvent utilement invoquer le droit à un débat oral compte tenu des considérations énoncées au point 2. du présent jugement, ne sont, en tout état de cause, pas fondés à soutenir qu'ils ont été privés de la garantie d'un débat contradictoire préalable à la notification des rectifications envisagées par le service vérificateur.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " Avant l'engagement d'une des vérifications prévues aux articles L. 12 et L. 13, l'administration des impôts remet au contribuable la charte des droits et obligations du contribuable vérifié ; les dispositions contenues dans la charte sont opposables à l'administration ". Aux termes du § 6 du chapitre I de la charte des droits et obligations du contribuable vérifié consacré à " l'avis de vérification " dans son millésime 2017 applicable au litige : " En cas de difficultés, vous pouvez vous adresser à l'inspecteur divisionnaire ou principal et ensuite à l'interlocuteur désigné par le directeur. () ". Aux termes du § 5 du chapitre III de cette charte, consacré à " la conclusion du contrôle " : " Si le vérificateur a maintenu totalement ou partiellement les rectifications envisagées, des éclaircissements supplémentaires peuvent vous être fournis si nécessaire par l'inspecteur divisionnaire ou principal () ".

6. La possibilité de s'adresser au supérieur hiérarchique du vérificateur puis, le cas échéant, à un second interlocuteur en cas de difficultés affectant le déroulement des opérations de contrôle constitue une garantie substantielle offerte à tous les contribuables, quelle que soit la procédure d'imposition qui sera ultérieurement mise en œuvre à leur encontre. Pour les contribuables relevant de la procédure d'imposition contradictoire, cette garantie peut être mise en œuvre jusqu'à l'envoi de la proposition de rectification. Pour les contribuables relevant d'une procédure d'imposition d'office, cette garantie peut être mise en œuvre jusqu'à l'envoi des bases d'imposition d'office, ou, lorsqu'il n'a pas été procédé à cet envoi en application du dernier alinéa de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales, jusqu'à la date de mise en recouvrement.

7. Il résulte de l'instruction que Mme C et M. B ont, par un courrier du 13 décembre 2017, reçu le 14 décembre 2017, sollicité l'administration fiscale en vue d'obtenir un rendez-vous avec le supérieur hiérarchique. Il n'est pas contesté, ainsi que l'indique l'administration fiscale en défense que l'administration fiscale a, par un courrier du 20 mars 2018, proposé à Mme C un rendez-vous avec le supérieur hiérarchique le 3 ou le 4 avril 2018. Toutefois, le courrier n'ayant été retiré par Mme C que le 9 avril 2018, soit postérieurement aux dates de rendez-vous proposées, l'administration fiscale a, par un courrier du 25 avril 2018, distribué le 11 mai 2018, proposé à nouveau un rendez-vous avec le supérieur hiérarchique les 15, 16 ou 17 mai 2018. Si, par un courrier du 14 mai 2018, Mme C et M. B ont fait savoir à l'administration fiscale qu'ils n'avaient sollicité la rencontre avec le supérieur hiérarchique que pour la période précédant la proposition de rectification, la demande, présentée pour la première fois par un courrier du 13 décembre 2017 reçu le 14 décembre 2017, ne l'a été, en tout état de cause, que postérieurement à la proposition de rectification du 12 décembre 2017. Dans ces conditions, Mme C et M. B, qui ne pouvaient prétendre qu'à un entretien avec le supérieur hiérarchique en vue d'obtenir des éclaircissements supplémentaires sur les rectifications envisagées, ne sont pas fondés à soutenir que l'administration fiscale aurait méconnu la garantie prévue par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié tirée de la possibilité d'avoir recours au supérieur hiérarchique.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe à l'administration, quelle que soit la procédure d'imposition mise en œuvre, et au plus tard avant la mise en recouvrement, d'informer le contribuable dont elle envisage soit de rehausser, soit d'arrêter d'office les bases d'imposition, de l'origine et de la teneur des documents et renseignements obtenus auprès de tiers, qu'elle a utilisés pour fonder les impositions, avec une précision suffisante pour mettre à même l'intéressé d'y avoir accès avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent. Lorsque le contribuable lui en fait la demande, l'administration est, en principe, tenue de lui communiquer, alors même qu'il en aurait eu connaissance, les renseignements, documents ou copies de documents obtenus auprès de tiers qui lui sont opposés, afin de lui permettre d'en vérifier l'authenticité ou d'en discuter la teneur ou la portée. Il en va autrement s'agissant des documents et renseignements qui, à la date de la demande de communication, sont directement et effectivement accessibles au contribuable dans les mêmes conditions qu'à l'administration. Dans cette dernière hypothèse, si le contribuable établit qu'il ne peut avoir effectivement accès aux mêmes documents et renseignements que ceux détenus par l'administration, celle-ci est alors tenue de les lui communiquer.

10. Il résulte de l'instruction et, notamment, de la demande d'éclaircissements ou de justifications du 27 juin 2017 adressée à Mme C et M. B, que l'administration fiscale a fait usage du droit de communication, qu'elle détient en application des dispositions des articles L. 81, L .83 et L. 85 du livre des procédures fiscales, auprès, d'une part, de la BNP en vue d'obtenir le relevé de compte de Mme C pour la période du 11 au 31 décembre 2015, le relevé de compte chèque de M. B pour la période du 23 au 31 décembre 2015 et le relevé de plan épargne logement au nom de leur fils, et, d'autre part, de la BNP et de La Poste en vue d'obtenir des éléments relatifs à l'identité des personnes physiques ou morales ayant établi des chèques à leur profit. Elle a, en outre, mis en œuvre auprès des autorités fiscales suisses la procédure d'assistance administrative prévue par la convention fiscale signée entre la France et la Suisse le 9 septembre 1966 et son avenant du 25 juin 2014. Il résulte, également, de l'instruction que Mme C et M. B ont adressé à l'administration fiscale, au moyen de deux lettres recommandées des 28 juin 2019 et 7 février 2020, reçues respectivement les 3 juillet 2019 et 11 février 2020, une demande tendant à la communication des documents obtenus de tiers dans le cadre de son droit de communication et sur lesquels elle s'était fondée pour établir les impositions mises à leur charge. Il est, par ailleurs, constant que l'administration fiscale n'a pas donné suite à ces demandes, alléguant ne pas les avoir reçues en dépit des pièces produites par les requérants démontrant leur réception par l'administration fiscale. Toutefois, l'administration fiscale, qui fait valoir que les documents bancaires obtenus dans le cadre de son droit de communication ont été portés à la connaissance des requérants au cours des opérations de contrôle, soutient également, sans être contredite, que Mme C et M. B, mariés et titulaires des comptes bancaires détenus par la BNP et La Poste, et M. B, titulaire des comptes bancaires détenus en Suisse, n'établissent pas qu'ils n'auraient pas pu avoir effectivement accès aux documents communiqués par la BNP et La Poste ainsi qu'à ceux communiqués par les autorités fiscales suisses dans le cadre de la procédure d'assistance administrative dans les mêmes conditions que l'administration. Enfin, Mme C et M. B ne peuvent utilement invoquer, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, l'instruction 13 L-6-06 n°1 du 21 septembre 2006 et la doctrine administrative référencée BOI-CF-PGR-30-10 n° 210, qui sont relatives à la procédure d'imposition et ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale opposable à l'administration.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C et M. B ne sont pas fondés à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015. Il suit de là que les conclusions aux fins de décharge qu'ils ont présentées doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C et M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à M. D B et à la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

J. RECHARD

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOT La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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