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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108398

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108398

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108398
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantFITOUSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Fitoussi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 29 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire après avoir reconstitué son capital de points dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions portant retrait de points sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité ;

- ces mêmes décisions ne lui ont pas été notifiées ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 novembre 2021 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision de retrait de points prises consécutivement à l'infraction commise le 28 avril 2019 sont sans objet dès lors que le point retiré a été restitué à la requérante ;

- les autres moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, titulaire d'un permis de conduire probatoire, a commis les 28 avril 2019, 22 avril 2020, 25 avril 2020, 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020, six infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de six points sur son permis de conduire. A la suite d'une nouvelle infraction commise le 11 janvier 2021, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 29 juillet 2021, a retiré quatre nouveaux points puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressée du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, Mme A demande au tribunal d'annuler cette dernière décision en excipant de l'illégalité des décisions de retraits de points qui y sont mentionnées.

Sur l'étendue du litige :

2. Si Mme A excipe de l'illégalité de la décision de retrait d'un point prise à la suite de l'infraction commise le 28 avril 2019, il résulte du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de l'intéressée édité le 19 novembre 2021 que ce point lui a été restitué le 15 janvier 2020, soit avant l'introduction de sa requête. Le ministre a ainsi implicitement mais nécessairement retiré cette décision. Ainsi, les moyens de la requête dirigées contre la décision procédant à ce retrait de point sont sans objet et doivent, pour ce motif, être écartés.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification :

3. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

4. Mme A soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées. Toutefois, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions précitées, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance, à la supposer établie, que Mme A n'aurait pas été informée des décisions de retrait de points est, en tout état de cause, sans incidence sur leur légalité. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de notification des décisions attaquées est inopérant et doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

7. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

S'agissant des infractions commises les 22 avril 2020 et 25 avril 2020 :

9. Le ministre de l'intérieur produit les attestations du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement le 16 septembre 2021, de l'amende forfaitaire majorée afférente aux avis de contravention au code de la route concernant les infractions relevées les 22 avril 2020 et 25 avril 2020. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme ayant été destinataire de ces avis préalablement à l'émission des avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que Mme A n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis à cette occasion, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de ces amendes.

S'agissant des infractions commises les 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020 :

10. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme A, que les infractions des 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020 ont été constatées par voie de radar automatique et ont donné lieu, pour chacune d'elles, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Mme A n'a donc pas reçu lorsqu'elle a commis ces infractions les informations légalement requises et, notamment, n'a pas eu connaissance de leur qualification juridique, ni de ce qu'elles pouvaient donner lieu à retrait de points. L'administration ne justifie pas davantage que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressée, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par la requérante des amendes forfaitaires majorées en cause et donc de la réception par elle de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférant comportant notamment les informations précitées. Par suite, la circonstance que Mme A ait pu bénéficier, à l'occasion d'infractions antérieures, d'information relatives à l'existence d'un traitement automatisé et à la possibilité d'y accéder, n'était pas de nature à assurer sa complète information s'agissant des infractions en question, ce qui l'a privée d'une garantie. Par suite, elle est fondée à exciper, pour ce motif, de l'illégalité des décisions de retrait, pour un total de trois points, prises à la suite des infractions commises les 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020.

S'agissant de l'infraction commise le 11 janvier 2021 :

11. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration et constituant le titre exécutoire en vue du règlement de cette amende, dont l'émission établit la réalité de l'infraction au sens de l'article L. 223-1 du code de la route, est revêtu des mentions permettant au contrevenant de comprendre que, en l'absence de contestation de ce titre exécutoire, il sera procédé au retrait de points, et portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

12. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral qu'un titre exécutoire a été émis s'agissant de l'infraction commise le 11 janvier 2021 relevée au moyen d'un radar automatique en vue du recouvrement de l'amende forfaitaire majorée liée à cette infraction.

13. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle soutient que l'auteur d'une infraction donnant lieu à retrait de points a reçu notification du titre exécutoire émis en vue du recouvrement de l'amende forfaitaire majorée liée à cette infraction, d'établir que cet acte a été régulièrement notifié à l'intéressé. La preuve d'une telle notification permet de considérer comme établie la délivrance des informations que contient cet acte. Lorsque cet acte est notifié par lettre recommandée avec avis de réception, et en cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, de ce pli, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle il a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte, soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que l'agent des services postaux a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. La circonstance que le destinataire du pli ne l'a pas retiré au bureau de poste mentionné sur l'avis de passage dans le délai imparti est sans incidence sur l'existence d'une notification régulière.

14. Le ministre de l'intérieur produit l'avis d'amende forfaitaire majorée émis le 9 avril 2021 correspondant à l'infraction du 11 janvier 2021 relevée à l'encontre de Mme A. Ce document comporte les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il a été envoyé à l'adresse de l'intéressée par lettre recommandée avec avis de réception. Le ministre de l'intérieur produit également la photocopie de l'avis recommandé retourné par les services de la poste sur lequel il apparaît que le pli a été présenté le 15 avril 2021 et a été retiré le 16 avril suivant. L'avis d'amende forfaitaire majorée a ainsi été régulièrement notifié à la requérante qui a disposé des informations légalement exigées. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de l'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté en ce qui concerne le retrait de point lié à cette infraction.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :

15. Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".

16. Il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'État, le contrevenant peut soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération. S'il s'abstient tant de payer l'amende forfaitaire que de présenter une requête, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée au profit du Trésor public en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public, lequel est exécuté suivant les règles prévues pour l'exécution des jugements de police. Aux termes du deuxième alinéa de l'article 530 du même code : " Dans les trente jours de l'envoi de l'avis invitant le contrevenant à payer l'amende forfaitaire majorée, l'intéressé peut former auprès du ministère public une réclamation motivée qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire en ce qui concerne l'amende contestée. Cette réclamation reste recevable tant que la peine n'est pas prescrite, s'il ne résulte pas d'un acte d'exécution ou de tout autre moyen de preuve que l'intéressé a eu connaissance de l'amende forfaitaire majorée. S'il s'agit d'une contravention au code de la route, la réclamation n'est toutefois plus recevable à l'issue d'un délai de trois mois lorsque l'avis d'amende forfaitaire majorée est envoyé par lettre recommandée à l'adresse figurant sur le certificat d'immatriculation du véhicule, sauf si le contrevenant justifie qu'il a, avant l'expiration de ce délai, déclaré son changement d'adresse au service d'immatriculation des véhicules ; dans ce dernier cas, le contrevenant n'est redevable que d'une somme égale au montant de l'amende forfaitaire s'il s'en acquitte dans un délai de quarante-cinq jours, ce qui a pour effet d'annuler le titre exécutoire pour le montant de la majoration ".

17. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

18. En l'espèce, il résulte du relevé intégral du permis de conduire de Mme A, édité le 19 novembre 2021, que les infractions contestées ont donné lieu à l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Eu égard à ces mentions, et en l'absence de tout élément avancé par l'intéressée de nature à mettre en doute leur exactitude, il doit être tenu pour établi qu'un titre exécutoire a été émis pour le recouvrement de l'amende forfaitaire majorée encourue à raison du non-paiement de l'amende forfaitaire afférente à ces infractions. Si Mme A soutient être en droit de former une réclamation auprès de l'officier du ministère public près le tribunal de police compétent à l'encontre des amendes forfaitaires majorées relative à ces infractions, elle n'établit pas, à la date du présent jugement, ni avoir formé ces réclamations dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale ni que ces réclamations auraient été déclarées recevables par le ministère public de telle sorte que le juge judiciaire ait à se prononcer sur la responsabilité pénale de l'intéressée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la réalité des infractions relevées sur la décision référencée " 48 SI " ne serait pas établie doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision référencée 48 SI du 29 juillet 2021 portant invalidation du permis de conduire :

19. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. En l'espèce, pour constater le solde de points nul attaché au permis de conduire de Mme A, la décision du ministre de l'intérieur prend en compte les trois points retirés à la suite des infractions relevées les 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020. Il résulte, toutefois, de ce qui précède que les décisions procédant au retrait de ces points sont entachées d'illégalité. Le ministre a également pris en compte la décision de retrait d'un point prise à la suite de l'infraction relevée le 28 avril 2019 alors, ainsi qu'il a été dit au point 2, que ce point lui a été restitué. Par suite, et en l'état des énonciations du relevé d'information intégral édité le 19 novembre 2021 et versé aux débats par le ministre, le solde de points du permis de conduire de Mme A n'étant pas nul, la décision référencée " 48 SI " du 29 juillet 2021 doit être annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire de de Mme A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

21. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressée le bénéfice des trois points illégalement retirés à la suite des infractions commises les 9 août 2020, 26 août 2020 et 18 septembre 2020, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières, et que le ministre de l'intérieur et des outre-mer prenne toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de la requérante lui soit restitué, sous réserve que Mme A ne l'ait pas conservé et qu'elle n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné des retraits de points non pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, faisant obstacle à cette restitution. Il y a donc lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à ces mesures dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

22. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision référencée " 48 SI " du 29 juillet 2021 constatant la perte de validité du permis de conduire de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à Mme A les trois points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution, sans préjudice des décisions de retrait de points ultérieures, prises à la suite de la commission de nouvelles infractions routières et de prendre toutes mesures utiles pour que le titre de conduite de la requérante lui soit restitué, sous réserve que l'intéressée ne l'ait pas conservé et qu'elle n'ait pas commis une ou plusieurs infractions ayant entraîné des retraits de points non pris en compte par la décision constatant la perte de validité de son permis, faisant obstacle à cette restitution, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

A-J. YAO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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