Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 septembre 2021, M. B... A..., représenté par la Selafa Cabinet Cassel, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l’Etat à lui verser une somme de 11 720 euros en réparation des préjudices qu’il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l’Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- le comportement fautif du rectorat, en l’absence de réévaluation de sa rémunération entre 2012 et 2018, est de nature à engager la responsabilité de l’Etat ;
- le défaut de réévaluation de sa rémunération lui a causé un préjudice financier et moral.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2021, le recteur de l’académie de Créteil conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Seignat ;
- et les conclusions de Mme Deleplancque, rapporteure publique.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
M. B... A... exerçait, à compter du 1er septembre 2012, les fonctions d’expert système, réseaux et télécoms au sein de la division des services informatiques du rectorat de l’académie de Créteil, dans le cadre d’un contrat à durée indéterminée. Par courrier du 30 mars 2018, il a présenté sa démission, effective au 31 mai suivant. Par courrier du 18 mai 2021, notifié le 20 mai suivant, il a adressé au ministre de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports une demande indemnitaire préalable, demande implicitement rejetée. M. A... sollicite l’indemnisation des préjudices qu’il estime avoir subis du fait de l’absence de réévaluation de sa rémunération par le rectorat.
Sur les conclusions à fin d’indemnisation :
En ce qui concerne la responsabilité de l’administration :
Aux termes de l’article 1-3 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux dispositions générales applicables aux agents contractuels de l’Etat, dans sa rédaction applicable : « Le montant de la rémunération est fixé par l'autorité administrative, en prenant en compte, notamment, les fonctions occupées, la qualification requise pour leur exercice, la qualification détenue par l'agent ainsi que son expérience. / La rémunération des agents employés à durée indéterminée fait l'objet d'une réévaluation au moins tous les trois ans, notamment au vu des résultats des entretiens professionnels prévus à l'article 1-4 ou de l'évolution des fonctions. (…) ».
Si les dispositions précitées prévoient une réévaluation périodique de la rémunération des agents contractuels de l’Etat, elles n’imposent pas à l’administration d’augmenter cette rémunération tous les trois ans.
M. A... se prévaut d’une carence fautive du rectorat, qui aurait dû réévaluer sa rémunération tous les trois ans, entre son recrutement le 1er septembre 2012 et sa démission le 31 mai 2018. Il résulte de l’instruction, et notamment du compte rendu d’entretien professionnel de 2017, que M. A... n’a bénéficié d’aucune revalorisation de contrat depuis 2012. Par ailleurs, il n’est pas contesté que l’intéressé n’a pas bénéficié d’un entretien professionnel en 2015, année au cours de laquelle le montant de sa rémunération aurait dû être réévalué. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que l’administration a commis une faute susceptible d’engager sa responsabilité en s’abstenant de réévaluer périodiquement sa rémunération.
En ce qui concerne les préjudices :
En premier lieu, M. A... sollicite l’indemnisation du préjudice financier résultant de l’absence de revalorisation de sa rémunération. Il soutient que son indice majoré aurait dû être réévalué de 1022 à 1067 durant l’année 2015. Il résulte de l’instruction, et notamment des comptes rendus d’entretien professionnel, que le travail et l’expertise de M. A... sont reconnus, qu’il a su conduire des projets, notamment comme maître d’œuvre du déménagement du Datacenter du rectorat et que son appréciation générale est progressivement passée de « maitrise » à « expert ». Toutefois, il résulte également de l’instruction que M. A... n’a jamais exercé de fonctions d’encadrement et qu’il fait lui-même état, durant ses entretiens professionnels, d’une diminution de ses fonctions et responsabilités. Par ailleurs, le contrat initial de M. A... prévoyait une rémunération correspondant à l’indice majoré 1022, ce qui le plaçait dans une situation équivalente à celle des ingénieurs de recherche hors classe à l’échelon spécial HEB2, avant dernier échelon du dernier grade. Dans ces circonstances, le requérant n’établit pas qu’il aurait disposé d’une chance sérieuse de voir sa rémunération augmenter si son employeur avait procédé à la réévaluation périodique de sa rémunération. L’existence d’un préjudice financier n’est, par suite, pas démontrée.
En second lieu, M. A..., qui se borne à invoquer un préjudice moral résultant de la carence du rectorat à réévaluer sa rémunération entre 2012 et 2018, n’apporte aucun élément de nature à établir l’existence d’un tel préjudice.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’indemnisation présentées par M. A... doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions tendant au versement d’intérêts moratoires.
Sur les frais liés au litige :
8. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
10. La présente instance n’ayant pas occasionné de dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. A... doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au recteur de l’académie de Créteil.
Copie en sera adressée à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :
M. Dewailly, président,
M. Rehman-Fawcett, conseiller,
Mme Seignat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2025.
La rapporteure,
D. SEIGNAT
Le président,
S. DEWAILLY
La greffière,
L. SUEUR
La République mande et ordonne à la ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,