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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2108638

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2108638

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2108638
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre, JU
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 septembre 2021, et un mémoire, enregistré le

3 septembre 2022, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 25 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer divers documents émis dans le cadre de la protection fonctionnelle des trois responsables de la police municipale depuis l'été 2020, notamment pour les préparations et les audiences des 1er octobre 2020 et

11 mars et 1er avril 2021 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Bussy-Saint-Georges de lui communiquer les documents sollicités sous astreinte ;

3°) de condamner la commune de Bussy-Saint-Georges à lui verser la somme de

500 euros au titre du préjudice subi ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges les entiers dépens.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure ;

- la décision en cause méconnaît les dispositions des articles L. 2121-26 du code général des collectivités territoriales et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2022, la commune de

Bussy-Saint-Georges, représentée par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de M. B la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires présentées par M. B sont irrecevables ;

- les factures sollicitées par le requérant sont couvertes par le secret professionnel.

Par courrier en date du 5 août 2022, M. B a été invité à régulariser sa requête en communiquant la demande préalable adressée à la commune tendant à la réparation des préjudices allégués.

Par un courrier du 30 août 2022, les parties ont été informées qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tendant à l'application du 1° de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration qui permet à l'administration de ne pas communiquer certains documents ou certaines mentions de documents, dont la divulgation porterait atteinte au secret des affaires.

Les documents sollicités par M. B ont été communiquées au magistrat désigné pour sa seule appréciation à la suite d'une demande effectuée par courriers du 15 juillet et du 1er septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 71-1130 du 31 décembre 1971 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gracia, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gracia, magistrat désigné,

- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique,

- les observations de M. B et de Me Geismann, pour la commune de

Bussy-Saint-Georges.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 21 mai 2021, M. Masson, conseiller municipal au sein de la commune de Bussy-Saint-Georges, a sollicité du maire de ladite commune la communication d'une part, des mandats et factures des frais d'avocat engagés dans le cadre de la protection fonctionnelle des trois responsables de la police municipale depuis l'été 2020 notamment pour les préparations et audiences des 1er octobre 2020, 11 mars et 1er avril 2021, et d'autre part, des trois conventions entre la collectivité et le cabinet d'avocat. Par courriel du même jour, le requérant a fait l'objet d'une décision de refus. Le 25 mai 2021, M. B a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (" CADA ") d'une demande d'avis sur le caractère communicable des documents sollicités. Cette commission a émis, le 8 juillet 2021, un avis favorable sous réserve à la communication des mandats et factures, et un avis défavorable à la communication des conventions conclues entre la commune et le cabinet d'avocat. Par courrier du 27 juillet 2021, le requérant a réitéré sa demande de communication des mandats et factures. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision implicite du 25 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de faire droit à sa demande de communication de ces documents, et la condamnation de la commune à lui verser une somme de 500 euros au titre du préjudice subi.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bussy-Saint-Georges en ce qui concerne les conclusions indemnitaires :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice

administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable et peut être rejetée pour ce motif même si, dans son mémoire en défense, l'administration n'a pas soutenu que cette requête était irrecevable, mais seulement que les conclusions du requérant n'étaient pas fondées.

4. En revanche, les termes du second alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative n'impliquent pas que la condition de recevabilité de la requête tenant à l'existence d'une décision de l'administration s'apprécie à la date de son introduction. Cette condition doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle. Par suite, l'intervention d'une telle décision en cours d'instance régularise la requête, sans qu'il soit nécessaire que le requérant confirme ses conclusions et alors même que l'administration aurait auparavant opposé une fin de non-recevoir fondée sur l'absence de décision.

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-1 du code de justice administrative : " Lorsque des conclusions sont entachées d'une irrecevabilité susceptible d'être couverte après l'expiration du délai de recours, la juridiction ne peut les rejeter en relevant d'office cette irrecevabilité qu'après avoir invité leur auteur à les régulariser. () La demande de régularisation mentionne que, à défaut de régularisation, les conclusions pourront être rejetées comme irrecevables dès l'expiration du délai imparti qui, sauf urgence, ne peut être inférieur à quinze jours. La demande de régularisation tient lieu de l'information prévue à l'article

R. 611-7 ".

6. En dépit de la demande de régularisation adressée, conformément aux dispositions de l'article R. 612-1 du code de justice administrative, à M. B le 5 août 2022, celui-ci n'a pas justifié, à la date du présent jugement, d'une décision de la commune de

Bussy-Saint-Georges rejetant sa demande indemnitaire. Dans ces conditions, les conclusions présentées par M. B dans sa requête tendant au versement de la somme, par la commune de Bussy-Saint-Georges, de 500 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi, n'ont pas été précédées d'une demande préalable auprès de la commune de Bussy-Saint-Georges. Elles sont, par conséquent, irrecevables.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article

L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues

par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-5 du même code : " Ne sont pas communicables : () / 2° Les autres documents administratifs dont la consultation ou la communication porterait atteinte : () h) Ou sous réserve de l'article L. 124-4 du code de l'environnement, aux autres secrets protégés par la loi ". Aux termes de l'article L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ". Aux termes de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971, portant réforme de certaines professions judiciaires et juridiques : " En toutes matières, que ce soit dans le domaine du conseil ou dans celui de la défense, les consultations adressées par un avocat à son client ou destinées à celui-ci, les correspondances échangées entre le client et son avocat, entre l'avocat et ses confrères à l'exception pour ces dernières de celles portant la mention 'officielle', les notes d'entretien et, plus généralement, toutes les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-26 du code général des collectivités territoriales : " Toute personne physique ou morale a le droit de demander communication des procès-verbaux du conseil municipal, des budgets et des comptes de la commune et des arrêtés municipaux. () ". Aux termes de l'article L. 342-2 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission est également compétente pour connaître des questions relatives : A.- A l'accès aux documents administratifs et à la réutilisation des informations publiques relevant des dispositions suivantes : () / 3° Les articles L. 2121-26 () du code général des collectivités territoriales () ".

En ce qui concerne les conventions conclues entre la commune de

Bussy-Saint-Georges et l'avocat en charge de la protection fonctionnelle des agents ainsi que les factures émises par l'avocat :

9. Il ressort des pièces du dossier que, pour la mise en œuvre de la protection fonctionnelle des trois agents de la commune de Bussy-Saint-Georges, mis en cause, cette dernière a conclu trois conventions avec un cabinet d'avocat, définissant les modalités d'intervention de ce dernier pour assurer la représentation des trois agents concernés.

10. Après avoir pris connaissance des conventions, qui ont été transmises au magistrat désigné pour sa seule appréciation, il y a lieu de considérer que lesdites conventions sont entièrement couvertes par le secret professionnel au sens de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971. Dans ces conditions, la commune de Bussy-Saint-Georges n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de les communiquer. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à la communication des trois conventions doivent, dans cette mesure, être rejetées.

En ce qui concerne les factures émises par le cabinet d'avocat à l'attention de la commune de Bussy-Saint-Georges dans le cadre de la protection fonctionnelle des agents :

11. Les factures émises par les avocats à une commune sont des documents administratifs communicables au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et du code général des collectivités territoriales citées aux points 7 et 8 du présent jugement, sous réserve de l'occultation préalable, d'une part, des mentions couvertes par le secret professionnel au sens de l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971, applicable aux relations entre l'avocat et son client, et d'autre part, de toute mention susceptible de relever des articles L. 311-5 et L. 311-6 du code précité.

12. Après avoir pris connaissance des factures du cabinet d'avocat en cause qui ont été transmises au magistrat désigné pour sa seule appréciation, il y a lieu de considérer que les factures suivantes sont communicables à M. B uniquement en leur page 1, qui comporte le total des sommes à payer, à la différence des autres pages qui comportent le détail des diligences effectuées qui sont couvertes par le secret professionnel :

- factures n° 0920-007, n° 0920-008 et n° 0920-009, du 3 septembre 2020 ;

- factures n° 1120-125, n° 1120-126 et n° 1120-127, du 18 novembre 2020;

- factures n° 0221-106, n° 0221-107, et n° 0221-108, du 23 février 2021 ;

- factures n° 0521-211, n° 0521-212, et n° 0521-213, du 6 mai 2021.

13. Dans ces conditions, la commune de Bussy-Saint-Georges a commis une erreur de droit en refusant de les communiquer à M. B la page 1 des factures mentionnées au point précédent. Dès lors, la décision attaquée du 25 juillet 2021 doit, dans cette mesure, être annulée.

En ce qui concerne les mandats relatifs aux sommes versées par la commune dans le cadre de la protection fonctionnelle des agents mis en cause :

14. Les mandats sollicités sont des documents administratifs communicables au sens des dispositions du code des relations entre le public et l'administration et du code général des collectivités territoriales citées aux points 7 et 8 du présent jugement, ainsi d'ailleurs que l'admet la commune à l'occasion de l'audience. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la commune de Bussy-Saint-Georges a illégalement maintenu son refus de lui communiquer les mandats en cause. Dès lors, la décision attaquée du 25 juillet 2021 doit, dans cette mesure, être annulée.

15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de se prononcer sur le vice de procédure invoqué pour lequel M. B n'apporte aucune précision, que celui-ci est seulement fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 25 juillet 2021 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer les mandats relatifs aux sommes versées par la commune dans le cadre de la protection fonctionnelle des agents mis en cause et la page 1 des factures mentionnées au point 12.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement implique qu'il soit enjoint à la commune de

Bussy-Saint-Georges de communiquer à M. B, les mandats relatifs aux sommes versées par la commune dans le cadre de la protection fonctionnelle des agents mis en cause et la page 1 des factures mentionnées au point 12 dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur la répartition des frais du litige :

17. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante au litige, une somme au titre de ces dispositions.

18. En second lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

19. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement des dispositions citées au point précédent ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 25 juillet 2021 du maire de la commune de Bussy-Saint-Georges, est annulée en tant qu'elle refuse de communiquer à M. B les mandats relatifs aux sommes versées par la commune dans le cadre de la protection fonctionnelle des agents mis en cause et la page 1 des factures mentionnées au point 12.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Bussy-Saint-Georges de procéder à la communication des documents visés à l'article 1er à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au maire de la commune de Bussy-Saint-Georges.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

J-Ch. Gracia La greffière,

C. Mahieu

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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