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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109495

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109495

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109495
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation9ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2021 et 7 avril 2022, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " du 23 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul ;

2°) d'annuler les décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les 9 décembre 2020, 12 novembre 2017, 20 novembre 2017, 24 décembre 2017 et 27 septembre 2018 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il conteste avoir reçu l'ensemble des informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que :

- les décisions portant retrait de points ont été notifiées à M. B ;

- les autres moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 avril 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 8 juin 2022 à 12 heures.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à infraction commise le 27 septembre 2018, dès lors que ce point a été restitué à M. B le 22 juillet 2019, soit antérieurement à l'introduction de la requête. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction qui s'y rapportent.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bonneau-Mathelot en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bonneau-Mathelot a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a commis différentes infractions au code de la route les

9 juin 2021, 9 décembre 2020, 5 mai 2020, 4 février 2020, 27 septembre 2018, 20 novembre 2017, 12 novembre 2017, 24 décembre 2017, 2 octobre 2018, 14 avril 2018 et 29 juin 2017 ayant entraîné la perte de dix-sept points. Par une décision référencée " 48SI " du 23 août 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions portant retrait de points, a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de point nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis. Dans le dernier état de ses écritures, M. B, qui soutient que les observations du ministre de l'intérieur sont inexactes concernant les constatées les 9 décembre 2020,

12 novembre 2017, 20 novembre 2017, 24 décembre 2017 et 27 septembre 2018 doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision référencée " 48SI " ainsi que les décisions portant retrait de points consécutives à ces seules infractions.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait des points consécutives à l'infraction relevée le 27 septembre 2018 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. B, édité le 14 janvier 2022, que le point qui a été retiré du capital affectant son permis de conduire consécutivement à l'infraction constatée le 27 septembre 2018 lui a été restitué le 22 juillet 2019, soit avant l'introduction de sa requête. Il suit de là que les conclusions aux fins d'annulation de la décision portant retrait d'un point consécutive à l'infraction ainsi reprochée à l'intéressé sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et, en tout état de cause, les conclusions aux fins d'injonction qui s'y rapportent.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité des décisions portant retrait de points :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant des infractions commises les 12 novembre, 20 novembre et

24 décembre 2017 :

4. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral extrait du permis de conduire de M. B, édité le 14 janvier 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, des attestations de paiement émises par le comptable public le 7 janvier 2022, que M. B a commis, les 12 novembre, 20 novembre et 24 décembre 2017, des infractions au code de la route qui ont été relevées par radar automatique et ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit les attestations du trésorier du contrôle automatisé certifiant l'encaissement, le 2 janvier 2019, des amendes forfaitaires majorées correspondantes à ces trois infractions. M. B n'avance aucun élément de nature à mettre en doute les faits ainsi attestés par ces documents qui présentent un caractère probant et ne soutient ni même n'allègue qu'elles auraient fait l'objet d'un recouvrement forcé. L'intéressé a ainsi nécessairement reçu les formulaires d'avis de contravention, dont il n'est pas établi qu'ils auraient été inexacts ou incomplets, qui comportent une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de la réalité de ces infractions dans les conditions requises par les dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

S'agissant de l'infraction commise le 9 décembre 2020 :

5. Il résulte de l'instruction et, notamment, du relevé d'information intégral extrait du permis de conduire de M. B, édité le 14 janvier 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, que M. B a commis, le 9 décembre 2020, une infraction au code de la route qui a été relevée par procès-verbal électronique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur verse au dossier le procès-verbal dématérialisé de constat de cette infraction, qui, en l'espèce, comporte les mentions requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles M. B a apposé sa signature. Dans ces conditions, l'administration apporte la preuve, qui lui incombe, qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité des infractions :

6. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route, " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ". Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

S'agissant des infractions commises les 12 novembre, 20 novembre et

24 décembre 2017 :

7. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, édité le 14 janvier 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis pour les infraction commise par M. B les 12 novembre, 20 novembre et 24 décembre 2017 ainsi que cela ressort des mentions " AM " renseignées sur le relevé d'information intégral. En outre, le ministre de l'intérieur verse au débat, les attestations du trésorier du contrôle automatisé certifiant l'encaissement, le 2 janvier 2019, des amendes forfaitaires majorées correspondantes à ces trois infractions. Dès lors, la réalité de l'ensemble de ces infractions doit être regardée comme établie.

S'agissant de l'infraction commise le 9 décembre 2020 :

8. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B, édité le 14 janvier 2022, et produit par le ministre de l'intérieur, et notamment de l'indication " AM ", que l'infraction du 9 décembre 2020 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Dans ces conditions, la réalité de cette infraction doit être regardée comme établie.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutivement aux infractions commises les

9 décembre 2020, 12 novembre 2017, 20 novembre 2017 et 24 décembre 2017.

Sur la décision référencée " 48SI " portant invalidation du permis de conduire :

10. Pour constater la perte de validité du permis de conduire de M. B pour solde de point nul, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur les onze infractions qu'il avait commises et qui ont entraîné une perte de dix-sept points. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 2. du présent jugement, un point a été restitué au requérant en raison du mécanisme de reconstitution de points par l'effet du temps. Cependant, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des quatre autres décisions portant retrait de points édictées consécutivement aux autres infractions relevées les 9 décembre 2020, 12 novembre 2017, 20 novembre 2017 et 24 décembre 2017. Par suite, le solde de points afférent au permis de conduire de M. B était bien nul à la date de la décision en litige, et le ministre de l'intérieur ne pouvait légalement que constater la perte de validité de son titre de conduite.

11. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision référencée " 48SI " du 23 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au

ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

La magistrate désignée,

S. BONNEAU-MATHELOT

La greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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