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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2109870

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2109870

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2109870
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021, 18 avril 2023 et 17 avril 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2021 par lequel le maire de Bussy-Saint-Georges lui a infligé un blâme ;

2°) de condamner la commune de Bussy-Saint-Georges à lui payer une indemnité d'un montant de un euro au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'un vice de forme relatif à sa motivation, en ce qu'il vise des dispositions dont l'objet ne concerne pas l'exercice du pouvoir disciplinaire ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit dès lors que les griefs qui lui sont reprochés ne renvoient à aucune des obligations incombant aux agents publics, telles qu'énumérées par la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- cet arrêté est entaché d'erreurs dans la qualification juridique des faits, de droit et d'appréciation, dès lors qu'il n'a commis aucun manquement et que les propos lui étant reprochés ne sauraient être retenus à son encontre sans méconnaître la liberté d'opinion dont disposent les agents, telle que garantie par l'article 6 de la loi précitée ;

- cette sanction s'inscrit dans un contexte d'agissements répétés de son employeur à son encontre, poursuivant l'intention de nuire à sa carrière ;

- celle-ci procède d'un détournement de pouvoir.

Par des mémoires en défense enregistrés les 7 mars et 8 septembre 2023, la commune de Bussy-Saint-Georges, représentée par la Selarl Cazin Marceau avocats associés, agissant par Me Cazin, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Par lettres du 2 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de condamnation de la commune de Bussy-Saint-Georges à lui payer une indemnité au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi, dès lors qu'en vertu de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et, lorsqu'un demande tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une réclamation préalablement formée devant elle. En application de ces dispositions, la requête est irrecevable en l'absence de production soit de la décision attaquée soit de l'accusé de réception de la réclamation adressée à l'administration ou de toute autre pièce permettant d'établir une telle réception. Toutefois, cette irrecevabilité est susceptible d'être régularisée par la production, en cours d'instruction et avant ouverture de l'audience, de tels justificatifs.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte, rapporteure,

- les conclusions de M. Florian Gauthier-Ameil, rapporteur public,

- et les observations de M. A, ainsi que celles de Me Cazin, représentant la commune de Bussy-Saint-Georges.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, recruté par la commune de Bussy-Saint-Georges comme agent public contractuel à fin d'occuper l'emploi de directeur de la communication, en dernier lieu sous un contrat à durée indéterminée, a été informé, par un courrier du maire de Bussy-Saint-Georges du 12 août 2021, de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre. Par un arrêté du 30 septembre 2021, l'autorité territoriale a prononcé à son encontre la sanction du blâme. M. A demande l'annulation de cette décision, ainsi que la condamnation de la commune à lui payer une indemnité d'un montant de un euro au titre du préjudice moral qu'il estime avoir subi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des dispositions de l'article 6 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, désormais codifiées aux articles L. 111-1 et L. 131-1 du code général de la fonction publique : " La liberté d'opinion est garantie aux fonctionnaires. / Aucune distinction, directe ou indirecte, ne peut être faite entre les fonctionnaires en raison de leurs opinions politiques, syndicales, philosophiques ou religieuses, () ". Aux termes des dispositions de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 précitée, désormais codifiées à l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire sont établis, s'ils constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer la sanction contestée, le maire de Bussy-Saint-Georges a retenu des manquements de M. A au devoir de loyauté et à l'obligation de réserve, à raison d'une expression dénigrante et critique concernant l'action municipale diffusée sur les réseaux sociaux les 1er, 7, 12 juillet et 10 août 2021, postérieurement à la campagne électorale pour les élections départementales des 20 et 27 juin 2021, auxquelles tant M. A que le maire de Bussy-Saint-Georges avaient été candidats, au sein du même canton.

5. D'une part, si la commune est fondée à relever que M. A, qui avait assuré encore récemment, à la date des publications en litige, des fonctions à un niveau de responsabilité élevé, était alors encore agent public au sein de ses effectifs et soumis à ce titre une obligation de réserve même en dehors du service, il ressort desdites publications et notamment de celle diffusée le 7 juillet 2021, diffusée sur un compte créé dans le cadre de la campagne électorale passée, que l'intéressé n'y a pas fait état de sa qualité d'agent public. Au demeurant, il n'est pas utilement contesté que M. A n'exerçait alors plus les fonctions de directeur de la communication, cet emploi ayant été supprimé par délibération du conseil municipal du 13 avril 2021, et qu'il n'était plus perçu comme tel par ses interlocuteurs extérieurs.

6. D'autre part, et premièrement, il ressort des pièces du dossier que la publication diffusée le 1er juillet 2021 se borne à un énoncé purement informatif relatif à la tenue à venir d'une séance du conseil municipal, et ne comporte aucune critique de l'action municipale.

7. Deuxièmement, la publication diffusée le 7 juillet 2021 se borne pour l'essentiel à résumer la teneur d'échanges lors de la séance du conseil municipal, ainsi que le requérant l'a fait valoir dans son courrier du 18 août 2021 relatif à la procédure disciplinaire en litige. Il en est ainsi de la référence à une concertation pour la révision du plan local d'urbanisme qui soulèverait des " interrogations sur l'avenir de notre ville et l'aménagement voulu par certains " et de la mention que la réalisation d'établissements scolaires " pose toujours la question " des financements déployés par l'établissement public d'aménagement de Marne-la-Vallée (" EpaMarne "), laquelle ne saurait être qualifiée d'expression dénigrante et critique à l'égard du maire de Bussy-Saint-Georges, quand bien même ce dernier est par ailleurs président du conseil d'administration de l'établissement en question. Enfin, si la publication en litige s'achève par un commentaire déplorant que les associations de parents d'élèves " ne soient pas toujours associées aux projets élaborés par la majorité municipale ", ce propos relève d'une prise de position formulée en des termes extrêmement mesurés.

8. Troisièmement, la publication du 12 juillet 2021 ne comporte aucune référence à l'action municipale, son contenu ayant trait à un projet immobilier porté par EpaMarne, et l'opinion réservée quant au style architectural envisagé, apprécié comme " discutable " au vu d'un visuel 3 D de présentation du projet, commentaire auquel il est adjoint " Il faudra voir à quoi ça ressemble une fois réalisé ", ne saurait excéder les limites de la liberté d'opinion. Les manquements reprochés au requérant ne sont à cet égard aucunement caractérisés.

9. Quatrièmement, par la publication du 10 août 2021, M. A s'est borné à relayer un article de presse relatif à une décision de la commune de Bussy-Saint-Georges de mettre fin à une convention d'occupation d'un local municipal par l'association de la Protection civile, y adjoignant des observations faisant état des avantages de cette convention, de sa mobilisation passée pour sa conclusion, de sa volonté qu'une solution soit trouvée au profit de l'association, puis exprimant en commentaire sous ladite publication " Détruire c'est facile et rapide ". Si ce commentaire peut être interprété comme une allusion défavorable à l'action menée par la commune à l'égard de l'association en question, celui-ci ne comporte aucune critique directe de l'action municipale et l'ensemble de la publication est dépourvu de toute véhémence. Par ailleurs, cette publication est intervenue sur la page personnelle " Facebook " de M. A, sur laquelle il ne ressort d'aucun élément qu'il soit fait état de sa qualité d'agent municipal, l'intéressé faisant au demeurant valoir le faible nombre d'abonnés, quand bien même il n'est pas invoqué une restriction d'accès à la page en question.

10. Il suit de tout ce qui précède que les publications précitées n'ont pas excédé les limites à la liberté d'expression que doit respecter tout agent public en raison de la réserve à laquelle il est tenu, non plus que l'obligation de loyauté. M. A est, par suite, fondé à soutenir qu'il ne pouvait être retenu à son encontre des faits qualifiés de manquement aux devoir de réserve et de loyauté et, par suite, une faute passible de sanction disciplinaire. L'arrêté du maire de Bussy-Saint-Georges du 30 septembre 2021 doit, dès lors, être annulé.

Sur les conclusions à fin de condamnation :

11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. / (). ".

12. Il ne résulte pas de l'instruction que M. A ait adressé à la commune de Bussy-Saint-Georges une demande préalable tendant au paiement d'indemnités. En l'absence de liaison du contentieux, les conclusions du requérant tendant au paiement par la commune d'un montant de un euro sont irrecevables, ainsi que les parties en ont été informées par lettres du 2 mai 2024, réceptionnée par le requérant le même jour, ce dernier n'ayant pas régularisé sa requête sur ce point. Les conclusions indemnitaires de la requête doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Bussy-Saint-Georges au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par M. A, ce dernier ne démontrant pas avoir exposé des frais dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Bussy-Saint-Georges du 30 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bussy-Saint-Georges sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Bussy-Saint-Georges.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juin 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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