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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110026

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110026

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110026
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre, JU
Avocat requérantCABINET DE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 novembre 2021 et 13 avril 2022, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " du 3 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 17 avril 2018, 14 juillet 2018, 14 septembre 2018, 19 janvier 2019 et 6 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer le capital de points de son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les décisions attaquées portant retrait de points pour les infractions relevées les 17 avril 2018, 14 juillet 2018, 14 septembre 2018, 19 janvier 2019 et 6 août 2021 sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'obligation d'apporter au contrevenant l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route n'a pas été respectée ; il appartient à l'administration d'établir l'accomplissement de cette formalité, la seule production du relevé d'information intégral étant insuffisante pour rapporter cette preuve ; en particulier, les justificatifs apportés par l'administration sont insuffisants s'agissant des infractions constatées les 14 juillet 2018 et 14 septembre 2018 dès lors qu'elles ont fait l'objet d'un recouvrement forcé ; par ailleurs, s'agissant des infractions relevées les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019, le ministre ne saurait se référer aux informations qui lui ont été données lors de la commission des infractions des 21 octobre 2012 et 14 septembre 2018 dès lors qu'elles ne sont pas de même nature quant au mode de verbalisation utilisé et qu'il n'est pas établi qu'il avait alors bénéficié de l'ensemble des informations légalement exigées en l'absence de signature des procès-verbaux par le contrevenant et de l'insuffisance des mentions portées sur ces documents.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par M. B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a commis les 17 avril 2018, 14 juillet 2018, 17 juillet 2018, 14 septembre 2018, 19 janvier 2019, 31 juillet 2019, six infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de onze points sur son permis de conduire. A la suite d'une nouvelle infraction commise le 6 août 2021, le ministre de l'intérieur, par une décision référencée " 48 SI " du 3 septembre 2021, a retiré trois nouveaux points puis, après avoir récapitulé les décisions de retrait de points antérieures et tenu compte des éventuelles récupérations de points, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision ainsi que les décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision en tant qu'elles concernent les infractions commises les 17 avril 2018, 14 juillet 2018, 14 septembre 2018, 19 janvier 2019 et 6 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions portant retrait de points :

2. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Et aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

3. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues à ces articles, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

4. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises. Il en va autrement si le contrevenant qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

S'agissant de l'infraction relevée le 6 août 2021 :

6. Il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. B édité le 27 janvier 2022 que l'infraction commise le 6 août 2021 a été relevée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique ainsi que l'atteste la mention " PVE ", et que l'intéressé a payé l'amende forfaitaire émise à la suite de cette infraction. Ce paiement permet d'établir que M. B a bien reçu l'avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le requérant n'établit pas que l'avis reçu n'aurait pas comporté cette information. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'information préalable concernant cette infraction doit être écarté.

S'agissant des infractions relevées les 14 juillet 2018 et 14 septembre 2018 :

7. Le ministre de l'intérieur produit les attestations du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement les 18 janvier 2019 et 26 octobre 2020, de l'amende forfaitaire majorée afférente aux avis de contravention au code de la route concernant les infractions respectivement relevées les 14 juillet 2018 et 14 septembre 2018. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces attestations ne comportent pas la mention " OPPO.ADM.BQ " de nature à indiquer que les paiements auraient été réalisés par la voie du recouvrement forcé. M. B n'établit pas, par suite, que les amendes en cause ont effectivement fait l'objet d'un tel recouvrement forcé. Dans ces conditions, l'intéressé doit être regardé comme ayant été destinataire de ces avis préalablement à l'émission des avis d'amende forfaitaire majorée. Il s'ensuit que l'administration doit être regardée, dans les circonstances de l'espèce et alors que M. B n'établit pas, à défaut de produire les documents qui lui ont été remis en ces occasions, que ceux-ci ne comportaient pas l'ensemble des informations exigées, comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de ces amendes.

S'agissant des infractions relevées les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019 :

8. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que les infractions des 17 avril 2018 et 19 janvier 2019 ont été constatées par procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre que les procès-verbaux électroniques dressés à l'occasion de ces infractions ne comportent ni la signature de l'intéressé ni la mention selon laquelle ce dernier aurait refusé de les signer. Il s'ensuit qu'ils ne peuvent établir que le requérant aurait reçu l'ensemble des informations légalement requises, notamment, en ce qui concerne la connaissance de la qualification juridique de l'infraction et la possibilité qu'il encourt un retrait de points. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route auraient été apportées à l'intéressé lors du paiement des amendes forfaitaires majorées et donc de la réception par lui des avis de contravention ou des titres exécutoire y afférant faute pour le ministre d'apporter la preuve de ces paiements. Par suite, la circonstance que M. B ait pu bénéficier, à l'occasion d'infractions antérieures, d'information relatives à l'existence d'un traitement automatisé et à la possibilité d'y accéder, n'était pas de nature à assurer sa complète information s'agissant des infractions en question. Par suite, M. B est fondé à soutenir que décisions de retrait de points, qui portent sur un total de sept, afférentes aux infractions commises les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019 sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière, ce qui l'a privé d'une garantie.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points, pour un total de sept, prises consécutivement aux infractions relevées les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision référencée " 48 SI " du 3 septembre 2021 portant invalidation du permis de conduire :

10. En vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. En l'espèce, pour constater le solde de points nul attaché au permis de conduire de M. B, la décision du ministre de l'intérieur prend en compte les sept points retirés à la suite des infractions relevées les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019. Il résulte, toutefois, de ce qui précède que les décisions procédant au retrait de ces points doivent être annulées. Dans ces conditions, et en l'état des énonciations du relevé d'information intégral versé aux débats par le ministre, le solde de points du permis de conduire de M. B n'est pas nul. Par suite, la décision référencée " 48 SI " du 3 septembre 2021 doit être également annulée en tant qu'elle invalide le permis de conduire du requérant.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des sept points illégalement retirés à la suite des infractions commises les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières. Il y a donc lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder à cette mesure dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que M. B présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait de sept points sur le permis de conduire de M. B à la suite des infractions constatées les 17 avril 2018 et 19 janvier 2019 ainsi que sa décision référencée " 48 SI " du 3 septembre 2021 constatant la perte de validité du permis de conduire de l'intéressé sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de restituer à M. B les sept points illégalement retirés, dans la limite d'un capital maximum de douze points après restitution et sans préjudice des décisions de retrait de points prises à la suite de la commission d'autres infractions routières dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2024.

Le magistrat désigné,

M. C

La greffière,

A-J. YAO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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