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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110118

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110118

jeudi 15 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110118
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantCABINET BARDON & DE FAY - BF2A

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 5 novembre 2021, Mme B A, représentée par Me Rea, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le conseil départemental de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire ;

2°) de condamner le conseil départemental de Seine-et-Marne à lui verser la somme de 4 498,56 euros au titre de la nouvelle bonification indiciaire ;

3°) de condamner le conseil départemental de Seine-et-Marne à lui verser la somme totale de 8 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis résultant de l'illégalité de la décision par laquelle le conseil départemental de Seine-et-Marne a implicitement rejeté sa demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire ;

4°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) d'enjoindre au conseil départemental de Seine-et-Marne de procéder au réexamen de sa situation au titre de sa rémunération et des conséquences financières de l'absence d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire sur le montant de sa pension de retraite, de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement pour la période courant de 5 juillet 2017 au 5 juillet 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) d'assortir le montant des sommes dues des intérêts au taux légal à compter du 5 juillet 2021 ainsi que la capitalisation de ces intérêts à chaque date anniversaire de la réclamation préalable ;

7°) de mettre à la charge du conseil départemental de Seine-et-Marne la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le conseil départemental de Seine-et-Marne a commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 ; elle exerce ses fonctions à temps complet au sein de la maison départementale des solidarités de Noisiel ; elle reçoit du public et effectue des visites à domicile sur les dix communes couvertes par la maison départementale des solidarités ; son domaine d'intervention excède le cadre du quartier prioritaire de la maison départementale des solidarités de Noisiel soit le quartier des Deux Parcs ; elle intervient, également, sur les communes de Torcy et de Champs-sur-Marne qui comptent, également, des quartiers prioritaires ; elle reçoit les habitants à la maison des solidarités de Noisiel dans le cadre de ses missions d'accueil, d'information et d'orientation du public, de protection de l'enfance et de protection des majeurs vulnérables ; elle se rend au domicile des habitants dans le périmètre des quatre quartiers prioritaires, peuplés d'une population touchées par les difficultés économiques ;

- la décision attaquée porte atteinte au principe d'égalité de traitement entre agents ; la circonstance qu'un agent ne bénéficie pas de la nouvelle bonification indiciaire alors qu'il peut se prévaloir d'une situation identique à celle de l'un de ses collègues la percevant crée une rupture du principe d'égalité entre les fonctionnaires ; l'insuffisance de crédit ne suffit pas à exclure un agent du versement de la nouvelle bonification indiciaire ;

- elle a subi un préjudice financier tiré d'un manque à gagner de vingt points d'indice majoré supplémentaire sur son traitement, soit une somme mensuelle de 93,72 euros ;

- elle a subi un préjudice financier tiré de la minoration de sa pension de retraite, de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement qui peut être évalué à la somme de 2 000 euros ;

- elle a subi un préjudice lié à la rupture d'égalité entre les fonctionnaires qui peut être évalué à la somme de 2 000 euros ;

- elle a subi des troubles dans les conditions d'existence qui peuvent être indemnisés à concurrence de la somme de 4 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 avril 2023, le département de

Seine-et-Marne, représenté par son président en exercice, représenté par le

cabinet Bardon et de Faÿ, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ; d'une part, les conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire, enregistrées le 5 novembre 2021, sont tardives ; d'autre part, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision sont irrecevables en ce qu'elles sont dirigées contre une décision purement confirmative d'une décision antérieure devenue définitive ; il en va de même des conclusions aux fins d'injonction ;

- les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 21 mai 2023, Mme A, représentée par Me Rea, conclut aux mêmes fins que la requête et soutient, en outre, que la décision attaquée n'est pas motivée et qu'elle occupe un poste pour lequel elle fait nécessairement preuve de technicité, d'adaptabilité et de responsabilité

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de de l'irrecevabilité du moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite de rejet, présenté dans le mémoire enregistré le 21 mai 2023, qui se rattache à une cause juridique distincte de celle de la requête introduite le 5 novembre 2021 (CE section, 20 février 1953, Société Intercopie).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre l'administration et le public ;

- le décret n° 2006-780 du 3 juillet 2006 ;

- le décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bonneau-Mathelot,

- les conclusions de Mme Letort,

- et les observations de Me Carrey, représentant le département de Seine-et-Marne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, assistante socio-éducative, exerce ses fonctions en qualité d'assistante de service social au sein de la maison départementale des solidarités (MDS) de Noisiel. Par un courrier du 5 juillet 2021, dont l'administration a reçu notification le

7 juillet suivant, elle a sollicité l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) pour la période courant du 5 juillet 2017 au 5 juillet 2021 ainsi que l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi. En raison du silence gardé par le département de Seine-et-Marne sur cette demande pendant plus de deux mois, il doit être regardé comme l'ayant implicitement rejetée en application des dispositions du 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre l'administration et le public. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette décision, qu'il soit enjoint au département de Seine-et-Marne de lui accorder le bénéfice de la NBI et de le condamner à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens présentés par le requérant qui ne se rattachent pas à l'une ou l'autre des deux causes juridiques, tirées de la légalité externe de la décision attaquée et de la légalité interne de cette décision, invoquée dans la requête avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours doit être regardé comme commençant à courir soit à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué soit, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un requérant donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.

3. Le moyen de légalité externe tiré de ce que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation a été invoqué pour la première fois dans le mémoire enregistré au greffe du tribunal le 21 mai 2023, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux. Ce moyen, qui n'est pas d'ordre public, se rattache à une cause juridique distincte de celle dont relève les moyens de légalité interne invoqués dans la requête introductive d'instance et est, par suite, irrecevable.

4. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er du décret du 3 juillet 2006 portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique territoriale exerçant dans des zones à caractère sensible, dans sa rédaction applicable : " Les fonctionnaires territoriaux exerçant à titre principal les fonctions mentionnées en annexe au présent décret dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville dont la liste est fixée par le décret n° 2014-1750 du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains () et dans les services et équipements situés en périphérie de ces quartiers et assurant leur service en relation directe avec la population de ces quartiers bénéficient de la nouvelle bonification indiciaire ".

5. D'autre part, le point 1. de l'annexe 3 de ce décret mentionne les fonctions de " conception, de coordination, d'animation et de mise en œuvre des politiques publiques en matière sociale, médico-sociale, sportive et culturelle " pour les fonctions décrites à la rubrique 4., laquelle désigné au titre des fonctions éligibles celle d'" assistant socio-éducatif ". Le point 2 de cette annexe fait mention des " fonctions d'accueil, de sécurité, d'entretien, de gardiennage, de conduite des travaux " pour les fonctions décrites aux rubriques " désignation des fonctions éligibles dans les quartiers prioritaire de la politique de la ville ", " désignation des fonctions éligibles dans au moins un établissement figurant sur la liste prévue à l'article 3 du décret du

15 janvier 1993 " et " désignation des fonctions éligibles dans au moins un établissement figurant sur la liste prévue à l'article 2 du décret du 11 septembre 1990 " dans lesquelles ne figurent pas les fonctions d'assistant socio-éducatif.

6. Enfin, le décret du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains a identifié le secteur " Les Deux Parcs - Luzard " comme quartier prioritaire de la politique de la ville sur le territoire des communes de Noisiel et Champs-sur-Marne et les secteurs " L'Arche Guédon " et " Mail " comme quartier prioritaire de la politique de la ville sur le territoire de la commune de Torcy.

7. Il résulte des dispositions précitées qu'ont droit à une nouvelle bonification indiciaire les fonctionnaires territoriaux qui exercent à titre principal les fonctions mentionnées en annexe à ce décret au sein d'un quartier prioritaire de la politique de la ville ou dans un service situé en périphérie d'un tel quartier, sous réserve, dans ce second cas, que l'exercice des fonctions assurées par l'agent concerné le place en relation directe avec des usagers résidant dans ce quartier.

8. Mme A soutient intervenir dans les quartiers prioritaires des communes de Noisiel, Torcy et Champs-sur-Marne, recevoir les habitants à la MDS de Noisiel dans le cadre de ses fonctions d'accueil, d'information et d'orientation du public, de protection de l'enfance et de protection des majeurs vulnérables et se déplacer au domicile des habitants dans le périmètre des quatre quartiers prioritaires de la politique de la ville. Si ces fonctions ne relèvent pas des fonctions d'accueil mentionnées au point 2. de l'annexe du décret du 3 juillet 2006 auxquelles les fonctions exercées par Mme A, en sa qualité d'assistante de service social, ne sont pas éligibles, elles sont susceptibles, compte tenu des mentions portées sur la fiche de poste produite par Mme A, de relever des fonctions de conception, coordination, d'animation et de mise en œuvre des politiques publiques en matière sociale, médico-sociale telles que mentionnées dans les annexes du décret du 3 juillet 2006 et susceptibles de lui ouvrir le bénéfice de la NBI. Toutefois, et en tout état de cause, Mme A, en se bornant à produire cette fiche de poste et la copie du planning type d'un travailleur social du pôle accueil, n'apporte aucun élément tendant à démontrer qu'elle consacrerait plus de la moitié de son temps de travail à des fonctions en relation directe avec des usagers résidant dans des quartiers prioritaires des communes de Noisiel, Torcy et Champs-sur-Marne. A cet égard, le département de Seine-et-Marne fait valoir, ce que conteste pas Mme A, qu'en 2021, les visites à domicile ne représentaient que 2 % des interventions de la maison des solidarités, et que sur le total de ces visites, 15 % seulement avaient eu lieu dans un quartier prioritaire. Mme A ne démontre pas davantage qu'elle aurait exercé ses fonctions dans les services et équipements situés en périphérie de ces quartiers et avoir assuré son service en relation directe avec la population de ces quartiers. Le département de Seine-et-Marne fait valoir, sans être contredit, que les trois quartiers prioritaires des communes de Noisiel, Torcy et Champs-sur-Marne représentent uniquement 8 % de la population totale des dix communes relevant de sa compétence, et 14 % des foyers effectivement usagers de ses services. Il suit de là que Mme A ne peut être regardée comme établissant consacrer plus de la moitié de son temps de travail total à des fonctions en relation directe avec les usagers issus de quartiers prioritaires. Dans ces conditions, le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.

9. En troisième et dernier lieu, si Mme A invoque une rupture d'égalité de traitement entre agents publics, elle ne produit aucun élément pertinent susceptible de démontrer que ces agents se seraient trouvés dans une situation identique à la sienne. Par suite, le moyen invoqué ne peut qu'être.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de

non-recevoir opposée par le département Seine-et-Marne, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite de rejet par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a rejeté sa demande tendant au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qu'elle a présentées.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

11. Mme A soutient que le refus d'octroi de la NBI est constitutif d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité du département de Seine-et-Marne. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 8. du présent jugement que cette décision n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Seine-et-Marne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme A sur le fondement de ces dispositions. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Mme A versera une somme de 500 euros au département de Seine-et-Marne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au département de

Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 25 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Réchard, première conseillère,

Mme Luneau, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

S. BONNEAU-MATHELOT

L'assesseure la plus ancienne,

J. RECHARDLa greffière,

C. RICHEFEU

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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