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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110386

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110386

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110386
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP ARVIS & KOMLY-NALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande, enregistrée le 17 juillet 2021, M. C A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal d'enjoindre au Préfet de police de prendre les mesures qu'impliquent l'exécution du jugement n° 1700443 - 1709713 du 30 décembre 2020 par lequel le tribunal a annulé la décision implicite du Préfet de police du 14 septembre 2017 rejetant sa demande tendant à ce que lui soit attribué la protection fonctionnelle, et rejetant sa demande de reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie qu'il a pris entre le 7 septembre et le 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017. Ce même jugement a annulé son évaluation au titre de l'année 2016. Il a en outre été enjoint à la même autorité, d'accorder à Monsieur A le bénéfice de la protection fonctionnelle et de reconnaître comme imputable au service les arrêts de travail pris entre le 7 septembre et le 14 novembre 2016 et la période du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, et de réviser son évaluation au titre de l'année 2016, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. L'Etat a été condamné à verser à Monsieur A la somme de 23 442 euros avec intérêts au taux légal à compter du 18 décembre 2017, ainsi que les intérêts échus à la date du 18 décembre 2018, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date et de les capitaliser à chacune de ces dates. L'Etat a également été condamné à verser à Monsieur A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 15 novembre 2021, le président du tribunal administratif de Melun a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle en vue de prescrire les mesures d'exécution du jugement n° 1700443 - 1709713.

Par un mémoire, enregistré le 8 décembre 2021, le préfet de police fait valoir que la décision du 25 février 2020 a été exécutée.

Il soutient que le bénéfice de la protection fonctionnelle a été accordée à M. A, les arrêts de travail pris entre les 7 septembre et 14 novembre 2016 ainsi que pour la période du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017 ayant été reconnus comme imputables au service, son évaluation au titre de l'année 2016 ayant été révisée et la somme de 23 442 euros avec intérêts au taux légal à compter du 18 décembre 2017 ayant bien été ordonnancée en vue de sa mise en paiement le 10 novembre 2020.

Par un mémoire enregistré le 20 janvier 2022 le ministre de l'Intérieur conclut au classement de la demande d'exécution.

Il fait valoir que M. A a obtenu le versement de la somme de 29 620,28 euros, comprenant la somme de 23 442 euros ainsi que les intérêts correspondants, que le préfet de police a accordé à M A, le bénéfice de la protection fonctionnelle et la reconnaissance de l'imputabilité au service des arrêts de travail concernés, que sa notation a été révisée et que la somme de 3 019,55 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, lui a été versée.

Par un mémoire enregistré le 25 février 2022, M. A, représenté par Me Arvis, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de police de reconnaître l'imputabilité au service des congés maladie qu'il a pris du 7 septembre au 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, de prendre en charge ses frais de soins et de le placer à plein traitement à ces périodes, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

2°) d'enjoindre au préfet de police d'exécuter la décision du 18 novembre 2021 d'octroi de la protection fonctionnelle en procédant au remboursement de ses frais d'avocats, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de retirer la notation pour l'année 2016 de son dossier administratif, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) d'assortir chacune de ces injonctions d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 mai 2022.

Vu ;

- le jugement n° 1700443 - 1709713 du 30 décembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 25 février 2020 n° 1700443 - 1709713, le tribunal administratif de Melun a annulé la décision implicite par laquelle le préfet de Police a rejeté la demande de M. A tendant à ce que lui soit attribué la protection fonctionnelle, a annulé décision implicite du préfet de Police rejetant la demande présentée par M. A de reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie qu'il a pris entre le 7 septembre et le 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, a annulé l'évaluation de M. A au titre de l'année 2016, a enjoint au préfet de Police d'accorder à M. A le bénéfice de la protection fonctionnelle et de reconnaître comme imputable au service les arrêts de travail pris entre le 7 septembre et le 14 novembre 2016 et la période du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, et de réviser son évaluation au titre de l'année 2016, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, a condamné l'Etat à lui verser la somme de 23 442 euros avec intérêt au taux légal à compter du 18 décembre 2017 et a mis à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

2. Estimant que les mesures nécessaires à l'exécution complète du jugement n° 1700443 - 1709713 n'ont pas été prises, M. A demande au tribunal administratif d'enjoindre au préfet de police de reconnaître l'imputabilité au service de ses congés de maladie pris du 7 septembre au 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, de prendre en charge les soins pour ces périodes et de le placer à plein traitement durant ces mêmes périodes, dans un délai d'un mois, d'enjoindre au préfet de Police d'exécuter la décision du 18 novembre 2021 d'octroi de la protection fonctionnelle en lui remboursant ses frais d'avocat, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, d'enjoindre au préfet de police de retirer sa notation pour l'année 2016 de son dossier administratif dans un délai d'un mois, ces injonctions étant prononcées sous astreinte de 100 euros par jour de retard, enfin de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

3. Aux termes de l'article L. 911-4 du code de justice administrative : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte ".

Sur la demande relative à la protection fonctionnelle :

4. D'une part, il résulte de l'instruction que le préfet de police, pour donner suite au jugement n° 1700443 - 1709713 annulant la décision implicite par laquelle il avait rejeté la demande de M. A tendant au bénéfice de la protection fonctionnelle, a accordé cette protection par une décision du 18 novembre 2021.

5. D'autre part, M. A soutient qu'il a obtenu, en exécution de cette décision, le remboursement des frais d'avocat exposés dans le cadre de la procédure pénale engagée à l'encontre des auteurs du harcèlement moral et sexuel dont il a été victime mais pas le remboursement des frais exposés dans le cadre de la procédure menée devant le tribunal administratif. Toutefois, il ressort des termes de ce jugement que la décision de refus d'octroi de la protection fonctionnelle qui a été annulée ne portait que sur les frais engagés au titre de la procédure pénale engagée à l'encontre des collègues de M. A et non dans le cadre de la procédure engagée devant le tribunal administratif. Par suite, la demande d'exécution portant sur la protection fonctionnelle dans le cadre de la procédure menée devant le tribunal administratif relève d'un litige distinct qui ne se rapporte pas à l'exécution du jugement du 25 février 2020 et dont il n'appartient pas au tribunal de connaître dans le cadre de la présente instance. Il appartient seulement au requérant de demander, le cas échéant, que les frais irrépétibles exposés au titre de la présente instance soient versés ou d'ordonner le paiement des frais irrépétibles auxquels l'Etat a été condamné à l'occasion du jugement dont il est demandé l'exécution, s'ils ne l'ont pas déjà été, dans le cadre de la présente instance.

Sur la demande relative à la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés maladies pris entre le 7 septembre et le 14 novembre 2016 et sur la période du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017 :

6. D'une part, si le préfet de Police produit en défense des captures d'écran de l'extrait de la situation administrative de l'intéressé via le serveur " dialogue " qualifiant les congés de M. A de " Cg accid serv traj ", il ne ressort pas des pièces produites que la préfecture de police ait pris une décision reconnaissant l'imputabilité au service des congés de maladie de M. A, ou ait pris des décisions connexes s'y rattachant, seules mesures propres à assurer l'exécution de l'article 3 du jugement du 25 février 2020. Il y a lieu, par suite, de prononcer à défaut pour le préfet de police de justifier d'avoir procédé à l'exécution de l'article 3 du jugement dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une astreinte de 50 euros par jour de retard.

7. D'autre part, M. A soutient, sans être contredit, que le préfet de police n'a ni procédé à la prise en charge de ses frais médicaux ni ne l'a replacé en plein traitement durant les périodes du 7 septembre au 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017. Cependant, si l'intéressé peut prétendre au remboursement des soins engagés par son accident imputable au service et sur lesquels le tribunal a statué, il ne produit aucune pièce démontrant les frais qu'il a dû effectivement engager et qui n'auraient pas été pris en charge par l'assurance maladie notamment. Par suite, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet de police de verser à l'intéressé les sommes correspondant au paiement d'un plein traitement pour les périodes précitées, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur la demande relative à l'annulation de la notation au titre de l'année 2016 :

8. En conséquence de l'annulation de l'évaluation de M. A au titre de l'année 2016, le préfet de Police a été enjoint de réviser l'évaluation de l'intéressé. L'exécution du jugement n° 1700443 - 1709713 impliquait également que le préfet de Police supprime cette évaluation du dossier de M. A.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le préfet de police a, le 5 août 2020, procédé à la révision de l'évaluation de M. A. Cette évaluation, qui reprend les éléments non-critiqués dans le jugement du 25 février 2020, a modifié le classement de l'intéressé en lui accordant un classement de 4 et les appréciations générales relèvent que " doté d'une très bonne condition physique le Gardien de la Paix A a exécuté sans accroc les missions confiées pendant les six premiers mois de la période de référence ". Ainsi, la préfecture de police doit être regardée comme ayant procédé à une nouvelle évaluation de l'intéressé comme le tribunal lui en a fait injonction. Il n'y a donc pas lieu de prononcer une mesure d'injonction ou d'astreinte.

10. En second lieu, M. A soutient sans être contredit que l'évaluation au titre de l'année 2016, annulée par le jugement du 25 février 2020, n'a pas été retirée de son dossier administratif. Par suite, l'annulation de la notation impliquant nécessairement que l'administration supprime du dossier de l'intéressé cette notation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de Police de retirer cette notation de dossier administratif de M. A, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par mois de retard.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Une astreinte de 50 euros par jour de retard est prononcée à l'encontre du préfet de police s'il ne justifie pas avoir versé les sommes correspondant au plein traitement à M. A pour les périodes du 7 septembre au 14 novembre 2016 et du 20 décembre 2016 au 18 avril 2017, dans un délai de deux mois.

Article 2 : Une astreinte de 50 euros par jour de retard est prononcée à l'encontre du préfet de police s'il ne justifie pas de la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés des 7 septembre au 14 novembre 2016 et des 20 décembre 2016 au 18 avril 2017 et d'avoir tiré les conséquences attachées à cette décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de retirer du dossier administratif de M. A l'évaluation au titre de l'année 2016 en date du 17 novembre 2016, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 (euros) euros par mois de retard à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de police et au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

Mme Bourdin, première conseillère,

M. Lacote, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

S. B

L'assesseur le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

S. BOURDIN

La greffière,

C. SISTAC

La République mande et ordonne au ministre l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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