mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110499 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL CALLON AVOCAT & CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 10 novembre 2021, le président de la 7ème chambre du tribunal administratif de Cergy Pontoise a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A.
Par une requête, enregistrée le 17 août 2020 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, et des mémoires, enregistrés les 13 octobre 2021 et 6 novembre 2021, M. B A, représenté par Me Callon, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins de déterminer les responsabilités susceptibles d'être encourues du fait des conditions dans lesquelles il a subi une intervention chirurgicale et l'étendue du préjudice qui en a résulté ;
2°) de surseoir à statuer dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise ;
3°) de prescrire à l'expert de dresser un pré-rapport préalablement au dépôt de son rapport définitif ;
4°) à titre subsidiaire, de condamner l'Assistance Publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à lui verser la somme de 11 000 euros en réparation de son préjudice ;
5°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il a été victime de diverses complications à la suite de l'intervention chirurgicale qu'il a subie le 10 septembre 2018 à l'hôpital Bicêtre ;
- la responsabilité de l'AP-HP est engagée pour faute en raison du défaut d'information concernant son état de santé et du retard dans la prise en charge de ses complications ;
- l'expertise médicale est utile afin de permettre le chiffrage de son préjudice.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 septembre 2021, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris déclare, à titre principal, qu'elle entend reconnaître sa responsabilité uniquement au titre d'une infection nosocomiale et, à titre subsidiaire, qu'elle ne s'oppose pas à ce que soit ordonnée l'expertise sollicitée par le requérant.
Par un mémoire, enregistré le 17 septembre 2021, la caisse primaire d'assurance maladie de Paris déclare ne pas s'opposer à l'expertise sollicitée et se réserver la possibilité de demander le remboursement des débours qu'elle a exposés à la suite de la prise en charge médicale dont M. A a été l'objet à l'hôpital Bicêtre.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Timothée Gallaud, président ;
- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été victime de complications à la suite d'une intervention chirurgicale qu'il a subie le 10 septembre 2018 à l'hôpital Bicêtre, consistant en une exérèse d'un cholestéatome de l'oreille droite ; il demande au tribunal, à titre principal, d'ordonner avant dire droit une expertise médicale et de surseoir à statuer dans l'attente du rapport d'expertise et, à titre subsidiaire, de condamner l'Assistance Publique- Hôpitaux de Paris à lui verser la somme
de 11 000 euros en réparation de son préjudice.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ".
3. L'état du dossier ne permet pas au tribunal de déterminer si le dommage subi par M. A résulte en tout ou partie, d'un manquement aux règles de l'art commis à l'occasion de la prise en charge médicale dont il a été l'objet, ou d'un accident médical non fautif,
c'est-à-dire la réalisation d'un risque accidentel survenu lors de cette prise en charge médicale et ne pouvant être maitrisé, ou encore d'une infection nosocomiale, c'est-à-dire une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci et n'ayant pas une autre origine que la prise en charge de M. A.
4. D'autre part, aux termes du I de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus () ". Il résulte de ces dispositions que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
5. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.
6. L'état du dossier ne permet pas davantage de se prononcer sur la fréquence et la gravité du risque auquel a été exposé M. A, sur l'évolution prévisible de l'état de santé de ce dernier en l'absence de réalisation de l'acte médical qui a été pratiqué à l'hôpital Bicêtre et sur les alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de procéder à une expertise médicale, la mission de l'expert étant fixée comme il est dit à l'article 1er du présent jugement.
8. Aucune disposition du code de justice administrative ni aucun principe général du droit ne fait obligation à l'expert d'établir une note de synthèse ou un pré-rapport et de le soumettre préalablement aux parties. Il en résulte que les conclusions de M. A tendant à ce que l'expert dresse un pré-rapport et l'adresse à chacune des parties ne peuvent qu'être rejetées. Il appartiendra à l'expert, dans la conduite des opérations qui lui sont confiées et dont il définira librement les modalités pratiques, d'apprécier s'il y a lieu d'établir un pré-rapport et de l'adresser aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations.
D E C I D E:
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A, procédé par un expert, désigné par la présidente du tribunal, à une expertise avec pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de M. A et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur lui lors de sa prise en charge par l'hôpital Bicêtre à compter du 10 septembre 2018 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen clinique de M. A ;
2°) décrire l'état de santé de M. A et les soins et prescriptions antérieurs à son admission à l'hôpital Bicêtre, les conditions dans lesquelles il a été pris en charge et soigné dans cet établissement depuis cette date ; décrire l'état pathologique du patient ayant conduit aux soins et aux traitements pratiqués ;
2°) donner son avis sur la question de savoir si le risque de complications qui s'est réalisé présente une fréquence significative et si M. A a été informé de ce risque ;
3°) dire quel aurait été l'évolution prévisible de l'état de santé du patient en l'absence de réalisation de l'acte médical qui a été pratiqué à l'hôpital Bicêtre, quelles étaient les éventuelles alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées et comparer les risques qu'elles induisaient avec ceux que comportait l'acte médical qui a été réalisé ;
4°) donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis, les traitements et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science et s'ils étaient adaptés à l'état de M. A ; donner notamment son avis sur la pertinence des diagnostics des équipes médicales de l'hôpital Bicêtre et l'utilité des gestes pratiqués ;
5°) dire si une infection est survenue au cours ou au décours de la prise en charge de M. A, si elle était présente ou en incubation au début de la prise en charge ou si elle a une autre origine que cette prise en charge ;
6°) si tout ou partie du dommage n'est pas imputable à un manquement aux règles de l'art, dire si l'accident médical a entraîné des conséquences anormales à l'aune de la probabilité (à définir précisément en pourcentage) habituelle de réalisation de l'un des risques liés à l'intervention, de l'exposition particulière du patient en raison de son état de santé initial comme de son évolution prévisible, enfin évaluer précisément le niveau de gravité des séquelles présentées ;
7°) dans tous les cas, donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté de M. A présente un lien direct, certain et exclusif avec le manquement, l'infection ou l'accident constaté ou bien s'ils n'ont entraîné qu'une perte de chance de se soustraire à ce dommage ou d'en éviter une aggravation et fixer dans cette dernière hypothèse l'ampleur (pourcentage) de la chance perdue par le patient en le justifiant au regard des données de la science médicale ; en excluant dans l'un ou dans l'autre cas, la part des séquelles qui serait, le cas échéant, à mettre en relation avec toute cause étrangère à la prise en charge de M. A par l'hôpital Bicêtre.
8°) dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;
9°) dire si l'état de santé de M. A est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où de nouveaux examens seraient nécessaire, mentionner dans quel délai.
10°) décrire précisément la nature et l'étendue du préjudice actuel subi par M. A selon la nomenclature usuelle en distinguant les postes de préjudice temporaire, patrimonial et extrapatrimonial, avant consolidation et les postes de préjudice permanent, patrimonial et extrapatrimonial, après consolidation ou pouvant être considérés comme définitivement acquis ;
11°) Recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles à l'examen des questions précédemment définies.
Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il prêtera serment par écrit devant le greffier en chef du tribunal. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par la présidente du tribunal dans sa décision le désignant.
Article 3 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Essonne, à la caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à l'Assistance publique- hôpitaux de Paris.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Sonia Norval-Grivet, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
Le président-rapporteur,
T. GallaudL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. Norval-Grivet
La greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026