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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110576

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110576

vendredi 9 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110576
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSCP ARENTS-TRENNEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 novembre 2021, le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé comme demandant au tribunal de constater l'exécution de l'injonction prononcée par le jugement n°1501921 du 31 octobre 2015 et de procéder à la liquidation définitive de l'astreinte.

Il soutient qu'à compter du 27 juin 2017, la requérante a refusé d'adhérer à l'accompagnement vers et dans le logement (AVDL), n'est plus prête au relogement depuis cette date ; que la requérante a fait obstacle à son hébergement en refusant la médiation qui lui a été proposée par la SIAO avec l'aide du GIP-HIS afin de tenter de la reloger via une autre association ou un bailleur social ; que la requérante ne justifie pas la nécessité d'un logement de type T4-T5 alors qu'il résulte d'un jugement du tribunal de grande instance de Meaux du

23 juillet 2012 qu'à compter de cette date, Mme B n'avait plus la garde de ses enfants.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 3 décembre 2021 et le 16 février 2022, Mme B, représentée par Me Trennec, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les refus opposés aux propositions de relogement s'expliquent légitimement par la capacité insuffisante de ces offres d'appartements pour permettre l'accueil de ses trois enfants.

Vu les autres pièces du dossier.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n°91-947 du 10 juillet 1991 ;

- le jugement n°1501921 du tribunal administratif de Melun du 31 octobre 2015.

Considérant ce qui suit :

Sur la liquidation de l'astreinte :

1. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement ". Il résulte des sixième et septième alinéas de ce même I que la juridiction administrative peut assortir l'injonction d'une astreinte dont le produit est versé au fonds d'accompagnement vers et dans le logement. Jusqu'à l'intervention de la loi du

29 décembre 2015 de finances pour 2016, l'astreinte était liquidée périodiquement par le juge, d'office ou à la demande de l'intéressé. Toutefois, l'article 142 de cette loi a introduit au dernier alinéa du I du même article L. 441-2-3-1 des dispositions selon lesquelles l'astreinte est versée deux fois par an par l'Etat au fonds, sans intervention du juge. La loi du 29 décembre 2016 de finances rectificative pour 2016 a modifié cet alinéa pour prévoir qu'il ne concerne que les astreintes prononcées après le 1er janvier 2016. Sous l'empire des dispositions nouvelles, il appartient à l'administration, lorsqu'elle estime avoir exécuté l'injonction, de demander au juge de le constater et de procéder à la liquidation définitive de l'astreinte.

2. Aux termes de l'article R. 778-8 du code de justice administrative : " () Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cet effet peut statuer par ordonnance, dans les conditions prévues par le chapitre II du titre IV du livre VII du présent code, après avoir invité les parties à présenter leurs observations sur l'exécution de l'injonction prononcée. / Il liquide l'astreinte en tenant compte de la période pendant laquelle, postérieurement à l'expiration du délai imparti par le jugement, l'injonction est demeurée inexécutée par le fait de l'administration. Il peut, eu égard aux circonstances de l'espèce, modérer le montant dû par l'Etat voire, à titre exceptionnel, déclarer qu'il n'y a pas lieu de liquider l'astreinte. "

3. Par le jugement du tribunal administratif de Melun du 31 octobre 2015, le tribunal a prononcé, en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, une astreinte de 450 euros par mois, à compter du 31 mars 2016, à l'encontre du préfet de Seine-et-Marne, s'il n'exécutait pas l'injonction qui lui était faite d'assurer le logement de

Mme B dans un appartement de type T1-T2.

4. Il résulte de l'instruction que le préfet de Seine-et-Marne a fait trois propositions de logement de type T1-T2 à Mme B, qu'elle a refusées le 25 mars 2014, le 2 juin 2014, et le 30 janvier 2016, au motif que ces logements étaient inadaptés à sa cellule familiale.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un jugement du 23 juillet 2012, le tribunal de grande instance de Meaux a attribué la garde exclusive au père des trois enfants de M. B. Au demeurant, la commission départementale de médiation de Seine-et-Marne a déclaré la demande de logement social présentée par Mme B comme prioritaire et devant être relogée dans un logement type T1-T2. Par suite, Mme B ne peut être regardée comme justifiant d'un motif impérieux de refus du logement qui lui a été proposé.

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le bailleur auquel le demandeur est désigné informe ce dernier () dans la proposition de logement qu'il lui adresse, que cette offre lui est faite au titre du droit au logement opposable et attire son attention sur le fait qu'en cas de refus d'une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités il risque de perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation en application de laquelle l'offre lui est faite ". L'article R. 441-18-2 du même code prévoit pour sa part que " Quand la commission de médiation reconnaît () que le demandeur est prioritaire et doit se voir attribuer un logement en urgence () elle informe l'intéressé () qu'au titre de cette décision il recevra une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités () et qu'en cas de refus de cette offre () il risque de perdre le bénéfice de la décision en application de laquelle l'offre ou la proposition non manifestement inadaptée à sa situation particulière lui est faite ".

7. Il résulte de ces dispositions que c'est seulement si l'intéressé a été informé des conséquences d'un refus que le fait de rejeter une offre de logement peut lui faire perdre le bénéfice de la décision de la commission de médiation. Il appartient à l'administration d'établir que cette information a été délivrée au demandeur. Lorsque le juge constate que le demandeur a refusé sans motif impérieux une offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités mais qu'il n'avait pas été informé par le bailleur des conséquences d'un tel refus, il ne saurait, sans erreur de droit, juger que l'administration se trouve déliée de l'obligation d'exécuter l'injonction prononcée en proposant à l'intéressé un logement tenant compte de ses besoins et capacités.

8. Si le demandeur a reçu de manière complète l'information exigée par les dispositions citées au point 6, un refus de sa part est susceptible de lui faire perdre le bénéfice de la décision favorable de la commission, même si l'information a été dispensée dans la décision de la commission de médiation et non au moment de la présentation d'une offre de logement.

9. Il résulte de l'examen du courrier adressé par le préfet de Seine-et-Marne en date du

6 juin 2014 à Mme B en réponse à son refus que " Le refus d'une proposition adaptée peut vous faire perdre le caractère de priorité et d'urgence de votre relogement qui est reconnu par la commission de médiation dans la présente décision ". Cette information a été portée à la connaissance de la requérante de manière complète, mettant celle-ci à même d'apprécier la portée et les conséquences d'une décision de refus de sa part.

10. Il résulte de ce qu'il précède que le préfet de Seine-et-Marne doit être regardé comme ayant exécuté le jugement n°1501921 du 31 octobre 2015 au plus tard au

30 janvier 2016, soit dans le délai imparti par le tribunal. Le préfet de Seine-et-Marne justifie ainsi avoir exécuté l'injonction mise à sa charge par le tribunal, il n'y a, dès lors, pas lieu de procéder à la liquidation de l'astreinte.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de procéder à la liquidation de l'astreinte que l'Etat a été condamné à verser au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement au titre de l'exécution du jugement n°1501921 du 31 octobre 2015.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Seine-et-Marne, à Mme A B et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement.

Le magistrat désigné,

D. LALANDE

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110576

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