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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110938

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110938

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSARL CABINET BRIARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Hôtel du château a demandé au tribunal administratif de Melun de prononcer l'annulation des deux titres de perception émis à son encontre le 10 décembre 2015 par le directeur régional des finances publiques d'Île-de-France en matière de taxe d'aménagement et de redevance d'archéologie préventive.

Par un jugement n° 1704922 du 17 octobre 2019, le tribunal administratif de Melun a rejeté sa demande.

Par une décision n° 436749 en date du 15 novembre 2021, le Conseil d'Etat, statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté pour la société Hôtel du château, a annulé ce jugement en tant qu'il se prononce sur le titre de perception du 10 décembre 2015 concernant la taxe d'aménagement, et a renvoyé, dans cette mesure, l'affaire au tribunal administratif de Melun.

Procédure devant le tribunal :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 20 juin 2017, 23 septembre 2019 et 7 février 2023, la société Hôtel du château, représentée par Me Zapf, demande au tribunal :

1°) de prononcer l'annulation des titres de perception du 10 décembre 2015 correspondant à la taxe d'aménagement et la redevance d'archéologie préventive émis à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les titres de perception ont été émis en méconnaissance des dispositions des articles L. 311-6 et L. 331-24 du code de l'urbanisme ;

- elle conteste à cet égard la pénalité de 10% qui lui a été infligée, celle-ci étant uniquement liée au retard dans l'émission des titres ;

- les vices correspondant au montant erroné de taxe acquittée sont susceptibles d'entraîner la nullité des titres de perception dès lors qu'ils indiquent que la société bénéficie d'abattements et d'exonérations de 50% ;

- elle conteste la surface retenue par l'administration et se prévaut de la décision rendue le 10 mai 2017 sous le n° 393485, par laquelle le Conseil d'Etat a jugé que cette taxe était assise sur la surface hors œuvre nette créée et qu'il convenait de déduire de la surface créée la surface supprimée dans le cadre de la même opération ;

- les titres de perception ont été calculés à partir d'une surface taxable de 2 910 m², qui ne correspond pas à celle de 2 198 m² mentionnée dans l'arrêté lui délivrant le permis de construire ;

- la surface taxable a été déterminée sans tenir compte des déductions prévues à l'article R. 311-7 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2018, la préfète de Seine-et-Marne a conclu au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens soulevés par la société n'étaient pas fondés.

Le dossier a été enregistré le 17 novembre 2021, après renvoi par le Conseil d'Etat, au greffe du tribunal sous le n° 2110938.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la réclamation préalable aurait dû être adressée dans un délai de deux mois suivant la réception des titres de perception ou du premier acte de poursuite, ainsi que le prévoit les articles 118 et suivants du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- et les conclusions de M. Philipbert, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 25 juillet 2014, le maire de la commune de Fontainebleau a autorisé la société en nom collectif (SNC) Hôtel du château à démolir un bâtiment militaire désaffecté et lui a accordé un permis de construire pour un hôtel de 73 chambres. Un titre de perception de 98 416 euros, correspondant à la première échéance de la taxe d'aménagement afférente à ce permis de construire, a été émis le 10 décembre 2015. La société a été mise en demeure, par courrier du 13 juin 2016, de payer cette somme, majorée de 10%. La réclamation préalable présentée le 31 mars 2017 par la société Hôtel du château a été rejetée par décision de la préfète de Seine-et-Marne du 20 avril 2017. Par la présente requête, la société demande au tribunal d'annuler le titre de perception émis à son encontre le 10 décembre 2015 en matière de taxe d'aménagement.

Sur la régularité du titre de perception :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 331-21 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le droit de reprise de l'administration s'exerce jusqu'au 31 décembre de la quatrième année qui suit, selon les cas, celle de la délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, celle de la décision de non-opposition ou celle à laquelle l'autorisation est réputée avoir été accordée. () ". Aux termes de l'article L. 331-24 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La taxe d'aménagement et la pénalité dont elle peut être assortie en vertu de l'article L. 331-23 sont recouvrées par les comptables publics compétents comme des créances étrangères à l'impôt et au domaine. / Le recouvrement de la taxe fait l'objet de l'émission de deux titres de perception correspondant à deux fractions égales à la moitié de la somme totale à acquitter, ou de l'émission d'un titre unique lorsque le montant n'excède pas 1 500 €. / Les titres sont respectivement émis douze et vingt-quatre mois après la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager, la date de la décision de non-opposition ou la date à laquelle l'autorisation est réputée avoir été accordée () ".

3. Ces dispositions ont pour effet, lorsque le montant de la taxe d'aménagement excède 1 500 euros, d'une part, de rendre obligatoire l'émission de deux titres de perception d'un même montant, d'autre part, de faire obstacle à l'émission du premier de ces titres moins de douze mois après la date de délivrance de l'autorisation de construire et à l'émission du second de ces titres moins de vingt-quatre mois après cette même date, sans imposer, dans tous les cas, un délai minimal de douze mois entre l'émission des deux titres.

4. Il résulte de ce qui précède que, alors même qu'un dysfonctionnement informatique aurait retardé l'émission du titre de perception afférent à la première échéance de la taxe d'aménagement, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France pouvait, dans le délai de reprise prévu à l'article L. 331-21 du code de l'urbanisme qui expirait le 31 décembre 2018, et sans méconnaître l'article L. 331-24 du même code, émettre ce titre à la date du 10 décembre 2015, cette date étant postérieure au délai de douze mois suivant la date de délivrance du permis de construire, le 25 juillet 2014. La requérante, qui ne se prévaut à ce titre de la méconnaissance d'aucune disposition législative ou réglementaire, n'est, par ailleurs, pas fondée à soutenir qu'elle disposait ainsi d'un délai de paiement réduit. En outre, contrairement à ce qu'elle soutient, les dispositions de l'article L. 331-24 du code de l'urbanisme n'imposent pas un délai minimal de douze mois entre l'émission des deux titres de perception. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010, de finances rectificative pour 2010 : " () III : B. ' Donne lieu à l'application d'une majoration de 10 % tout retard dans le paiement des créances qui font l'objet d'un titre de perception que l'Etat délivre dans les conditions prévues à l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'il est habilité à recevoir./ Cette majoration, perçue au profit de l'Etat, s'applique aux sommes comprises dans le titre qui n'ont pas été acquittées le 15 du deuxième mois qui suit la date d'émission du titre de perception. ".

6. Contrairement à ce que soutient la société, la majoration de 10%, appliquée à l'occasion de la mise en demeure de payer du 13 juin 2016, ne résulte pas d'un quelconque retard pris par les services de l'Etat dans l'émission du titre de perception, mais procède des dispositions de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 à la suite d'un retard de paiement, par la société, du montant qui lui était ainsi réclamé.

7. En troisième lieu, si la société Hôtel du château fait valoir que le titre indique qu'elle bénéficie d'abattements et d'exonérations représentant 50 % de la taxe et de la redevance et que " les vices correspondant au mauvais montant de la taxe acquittée sont susceptibles d'entraîner la nullité du titre de perception ", ce moyen est dépourvu de précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, la société requérante ne contestant pas les taux appliqués par l'administration, ni même n'indiquant à quel titre elle aurait dû bénéficier d'un abattement ou d'une exonération.

Sur le bien-fondé de la créance :

8. L'article L. 331-1 du code de l'urbanisme institue, dans sa version applicable au litige, une taxe d'aménagement perçue par les communes ou établissements publics de coopération intercommunale, la métropole de Lyon, les départements et la région d'Ile-de-France en vue de financer les objectifs d'urbanisme définis à l'article L. 121-1 du même code. Aux termes de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme : " Les opérations d'aménagement et les opérations de construction, de reconstruction et d'agrandissement des bâtiments, installations ou aménagements de toute nature soumises à un régime d'autorisation en vertu du présent code donnent lieu au paiement d'une taxe d'aménagement (). Les redevables de la taxe sont les personnes bénéficiaires des autorisations mentionnées au premier alinéa du présent article à la date d'exigibilité de celle-ci (). Le fait générateur de la taxe est, selon les cas, la date de délivrance de l'autorisation de construire ou d'aménager () ". L'article L. 331-10 du même code dispose : " L'assiette de la taxe d'aménagement est constituée par : / 1° La valeur, déterminée forfaitairement par mètre carré, de la surface de la construction ; / 2° La valeur des aménagements et installations, déterminée forfaitairement dans les conditions prévues à l'article L. 331-13. / La surface de la construction mentionnée au 1° s'entend de la somme des surfaces de plancher closes et couvertes, sous une hauteur de plafond supérieure à 1,80 mètre, calculée à partir du nu intérieur des façades du bâtiment, déduction faite des vides et des trémies ". Aux termes de l'article R. 331-7 de ce code : " La surface de plancher de la construction est égale à la somme des surfaces de plancher de chaque niveau clos et couvert, calculée à partir du nu intérieur des façades après déduction : 1° Des surfaces correspondant à l'épaisseur des murs entourant les embrasures des portes et fenêtres donnant sur l'extérieur ; 2° Des vides et des trémies afférentes aux escaliers et ascenseurs ; 3° Des surfaces de plancher sous une hauteur de plafond inférieure ou égale à 1,80 mètre. ".

9. D'une part, il résulte de ces dispositions que la taxe d'aménagement est assise sur la surface de la construction créée à l'occasion de toute opération de construction, de reconstruction ou d'agrandissement de bâtiments. Doit être regardée comme une reconstruction, une opération comportant la construction de nouveaux bâtiments à la suite de la démolition totale des bâtiments existants. Dans ce cas, la taxe d'aménagement est assise sur la totalité de la surface de la construction nouvelle, sans qu'il y ait lieu d'en déduire la surface supprimée.

10. Il est constant que l'opération ayant donné lieu à la délivrance du permis de construire le 25 juillet 2014 a consisté en la démolition totale d'un bâtiment militaire existant et la construction d'un bâtiment nouveau. Cette opération doit ainsi être regardée comme une reconstruction au sens des dispositions précitées de l'article L. 331-6 du code de l'urbanisme. Par suite, la taxe d'aménagement devait être assise sur la totalité de la surface des constructions nouvellement créées, sans qu'il y ait lieu d'en soustraire la surface de l'immeuble détruit. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les surfaces de plancher du bâtiment détruit dans le cadre de son projet auraient dû, pour l'assiette de la taxe d'aménagement, être déduites de la surface du nouvel ensemble immobilier qu'elle a construit, doit être écarté.

11. D'autre part, la société soutient que le titre de perception a été calculé à partir d'une surface taxable de 2 910 m², laquelle ne correspond pas à celle de 2 198 m² mentionnée sur l'arrêté lui délivrant le permis de construire. Cependant, l'assiette de la taxe d'aménagement a été déterminée à partir du formulaire de déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions pour les demandes de permis de construire et permis d'aménager, renseigné par la société elle-même et indiquant une surface taxable totale de 2 910 m². Cette même surface est également mentionnée dans la notice de présentation du projet. En outre, il est constant que la société, qui n'allègue au demeurant pas que sa déclaration serait entachée d'inexactitudes, n'a pas répondu aux sollicitations du préfet l'invitant à transmettre la déclaration de fin de travaux ou une attestation de la mairie justifiant, le cas échéant, la surface réellement créée. Enfin, si la société soutient, de manière générale, que la surface retenue devait en tout état de cause bénéficier des déductions prévues à l'article R. 311-7 du code de l'urbanisme, elle ne l'établit pas. Par suite, la société Hôtel du château, à qui la charge de la preuve incombe, n'est pas fondée à soutenir que la surface imposable retenue par l'administration serait erronée.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne, que la société Hôtel du château n'est pas fondée à demander l'annulation du titre de perception émis le 10 décembre 2015, correspondant à la première tranche de la taxe d'aménagement. Doivent également être rejetées, par voie de conséquences, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Hôtel du château est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Hôtel du château, au préfet de Seine-et-Marne et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Van Daële, conseillère,

Mme Blanc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

La rapporteure,

M. A

La présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

C. BOURGAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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