jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2110968 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | MOMMESSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, Mme F E, représentée par Me Mommessin doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison des manquements de l'Etat pour la période courant du 24 avril 2020 à la date à laquelle le Tribunal statuera sur sa requête ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de présenter son dossier de logement social aux commissions d'attribution prévues par les dispositions de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation et de prendre les mesures nécessaires pour l'attribution d'un logement correspondant à ses besoins et ses capacités dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 000 euros, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut de mettre à la charge de l'Etat à son bénéfice, la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- par une décision du 24 octobre 2019, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; la préfète avait l'obligation de la reloger avant le 24 avril 2020 ; l'Etat a méconnu son obligation de résultat pendant 29 mois ; par un jugement du 29 juin 2020, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement ; ce jugement n'a été exécuté par l'administration ;
- faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; elle est logée en centre d'hébergement et de réinsertion sociale depuis le 20 novembre 2018 dans un logement situé Chennevières-sur-Marne ; il s'agit d'un appartement partagé avec trois femmes en situation de vulnérabilité, au sein duquel elle ne dispose que d'une chambre de 10 m2, ce qui ne lui permet pas d'obtenir du juge aux affaires familiales un droit de visite et d'hébergement élargi pour accueillir ses deux enfants mineurs ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; elle a deux enfants mineurs, si bien qu'elle doit être indemnisée à hauteur de 2 375 euros a minima ; ses troubles dans les conditions d'existence doivent être indemnisés à hauteur de 6 000 euros, car ils ont été aggravés pendant la période de la crise épidémique, au cours de laquelle elle a été confinée du 17 mars au 11 mai 2020, puis du 30 octobre au 15 décembre 2020, avant d'être soumise aux conséquences des mesures de couvre-feu ; son hébergement dans un chambre de 10 m² porte atteinte à son droit à mener une vie privée et familiale épanouie, dès lors qu'il ne lui permet pas de recevoir ses deux enfants dans des conditions lui permettant d'obtenir une garde alternée ; cette situation a un impact sur la santé physique et mentale des membres de la famille, tant les enfants qui souffrent d'anxiété du fait de la précarité de leur mère que la requérante qui souffre d'être séparée de ses enfants alors même qu'elle a été victime de violences conjugales ; l'intéressée souffre de son impuissance devant l'administration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à la limitation de l'indemnisation sollicitée.
Elle fait valoir que :
- la requérante a été relogée le 15 décembre 2021 dans un logement du parc social de type T3 à Arcueil pour un loyer de 303 euros hors charges ; ce logement est adapté à ses besoins, notamment dans la perspective de la mise en place d'une garde alternée de deux enfants mineurs, et à ses capacités financières ; Arcueil est la première commune visée par la demande de logement social ;
- le relogement est intervenu au terme d'un délai de 19 mois ;
Me Mutuyumuremyia été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F E a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 24 octobre 2019 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée le tribunal a, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation avant le 1er septembre 2020 par un jugement n° 2003341 du 29 juin 2020. En l'absence de relogement, Mme E a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 29 juillet 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme E demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Si Mme E sollicite, dans le cadre de sa requête, son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il ressort des pièces du dossier que son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle a été prononcée par une décision du président du Bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal administratif de Melun en date du 19 janvier 2022. Dès lors ses conclusions tendant à ce que le tribunal l'admette à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a, par suite, pas lieu de statuer dessus.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
4. En premier lieu, la préfète du Val-de-Marne fait valoir que Mme E a bénéficié le 15 décembre 2021 d'un relogement au sein d'un logement de type T3 à Arcueil (94110) pour un loyer de 303 euros hors charges sur le contingent préfectoral du parc social géré par l'Office HLM d'Arcueil-Gentilly, et verse au soutien de son moyen un extrait de l'application " COMDALO " qui n'a pas été contesté par la requérante. Si la décision du 24 octobre 2019 de la commission de médiation du Val-de-Marne reconnaît la requérante comme étant prioritaire pour l'accès à un logement de type T4, Mme E n'établit ni même n'allègue que ce logement de type T3 pour lequel elle a signé un bail ne répondrait pas à ses capacités financières et à ses besoins, notamment dans la perspective d'un élargissement de son droit d'accueil concernant ses enfants A C né le 21 avril 2004 et Ntwali Benito né le 3 mars 2007, qui résident chez leur père en vertu d'un jugement du 23 octobre 2018 du juge aux affaires familiales, voire dans l'hypothèse du prononcé d'une garde alternée entre les deux parents. Dans ces conditions, si Mme E est fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à la loger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 15 décembre 2021.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que Mme E s'est vue reconnaître le droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : " logée de façon continue dans une structure d'hébergement ". Mme E précise, sans être contredite, qu'elle était hébergée au sein d'un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, où elle vivait dans un appartement partagé à trois personnes en ne pouvant disposer à titre individuel que d'une chambre de 10 m2, ce qui rendait difficile son droit d'accueil de ses enfants dans sa structure d'hébergement. Elle ajoute que son confinement dans ce logement collectif avec des tiers pendant la période de crise épidémique lui pesait et contraignait l'exercice de son droit d'accueil à l'extérieur du centre d'hébergement et de réinsertion sociale. Enfin, elle insiste sur le caractère non équitable de cette situation dans un contexte de séparation sur fond de violences conjugales, et sur les incidences de cette situation sur la santé physique et mentale des membres de ses enfants et sur son propre équilibre. Compte tenu des conditions d'hébergement de la requérante, conditions qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, notamment pendant les périodes de confinement et de couvre-feu lors de la crise épidémique, soit dix-neuf mois après l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois suivant la décision de la commission de médiation, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence, dans ses différentes manifestations en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 600 (six cents) euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".
7. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.
8. Mme E demande à ce qu'il soit enjoint à l'Etat de présenter son dossier de logement social aux commissions d'attribution prévues par les dispositions de l'article L. 441-2 du code de la construction et de l'habitation pour que lui soit attribué un logement correspondant à ses besoins et ses capacités dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous une astreinte de 500 euros par jour de retard. Ainsi, la requérante doit être regardée, eu égard au fondement de responsabilité soulevé, comme sollicitant qu'il soit enjoint à l'Etat de lui attribuer un logement social lui permettant d'accueillir ses enfants mineurs d'une manière conforme à son droit au respect de sa vie privée et familiale, pour mettre fin à son comportement fautif. Toutefois, il n'est pas contesté que Mme E a bénéficié le 15 décembre 2021 d'un relogement au sein d'un logement de type T3 à Arcueil (94110) pour un loyer de 303 euros hors charges sur le contingent préfectoral du parc social géré par l'Office HLM d'Arcueil Gentilly. Dans ces conditions, Mme E doit être regardée comme s'étant vue attribuer un logement social adapté à ses besoins et à ses capacités financières à la date du présent jugement. Par suite, à la date du présent jugement, la carence fautive de l'Etat ne perdurait plus, si bien qu'il n'y a plus lieu de mettre fin à ce comportement, ou même d'en pallier les effets. Dès lors, le présent jugement n'implique pas, par application des dispositions de l'article L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Etat de lui fournir un nouveau logement social sous astreinte.
Sur les frais d'instance :
9. Mme E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. L'Etat étant la partie perdante, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mommessin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 100 (mille cent) euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant à ce qu'elle soit admise à titre exceptionnel au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme E une somme de 600 euros au titre des dommages-et-intérêts.
Article 3 : L'Etat versera à Me Mommessin une somme de 1 100 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce conseil renonce à percevoir la part contributive à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à Me Mommessin, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
Le magistrat désigné,
S. B
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2110968
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026