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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2110998

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2110998

jeudi 9 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2110998
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationChambre DALO
Avocat requérantNORMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 novembre 2021, Mme B C, représentée par Me Normand demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat au bénéfice de son conseil la somme de 900 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- par une décision du 3 octobre 2019, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par une ordonnance du 26 février 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement social avant le 1er mai 2021 ;

- faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ; l'administration a méconnu son obligation d'exécuter une décision de justice, méconnaissant ainsi les stipulations du paragraphe I de l'article 6 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis, à savoir des troubles en ce qui concerne les retentissements sur sa vie familiale et notamment de couple résultant de l'absence de propositions de logement adapté, de son préjudice moral et des frais engagés pour la conception de la requête.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requérante a bénéficié d'un relogement le 10 septembre 2021 à Alfortville dans un logement de type T3 pour un loyer de 373 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. A, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a présenté devant la commission de médiation du Val-de-Marne un recours amiable enregistré le 1er août 2018 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 13 décembre 2018, cette commission de médiation a rejeté son recours. Cette décision a été annulée par un jugement n° 1901376 du 7 juin 2019 du tribunal administratif de Melun qui a enjoint à la commission de médiation de procéder à un réexamen global de la situation de l'intéressée. Par une décision du 3 octobre 2019, la commission de médiation du Val-de-Marne a reconnu le caractère prioritaire de la demande de logement social de Mme C et a estimé qu'elle devait être relogée en urgence dans un logement de type T4. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint par une ordonnance n° 2005003 du 26 février 2021 à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er mai 2021. En l'absence de relogement, Mme C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 24 septembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. En premier lieu, lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

3. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C s'est vu reconnaître le droit au logement opposable par la commission de médiation pour le motif suivant : " logé dans un logement de transition, dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale " à la suite du réexamen global de sa situation résultant de l'injonction du juge après annulation de la décision 13 décembre 2018. Or, par le jugement du 7 juin 2019 qui a prononcé cette annulation, le Tribunal a estimé qu'à la date de cette décision la requérante était logée avec son fils dans un logement de transition de 29 m² géré par COALLIA depuis le 20 février 2012 soit depuis 6 ans et qu'elle était enceinte de son second enfant. Une telle situation relevant de l'absence de logement, la demande de Mme C devait être reconnue comme étant prioritaire et urgente sans condition d'ancienneté. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère rétroactif de l'annulation de la décision du 13 décembre 2018, l'obligation de relogement pesant sur l'Etat doit être regardée comme étant née à l'expiration d'un délai de six mois après son édiction.

4. D'autre part, la préfète du Val-de-Marne fait valoir sans être contredite que Mme C a bénéficié d'un relogement dans un logement social de type T3 le 10 septembre 2021. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit vingt-six mois après l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration du délai de six mois suivant la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total trois personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à la requérante une somme de 1 800 (mille huit cents) euros.

5. En second lieu, si Mme C demande l'indemnisation de frais de conseils juridique en qualité de préjudice distinct, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle aurait exposé des frais de procédure pour lesquels elle ne pourrait légalement bénéficier des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat qui est, dans la présente instance, la partie perdante, la somme de 900 (neuf cents) euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 1 800 euros au titre des dommages-et-intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Mme C une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2110998

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