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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2111256

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2111256

mardi 11 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2111256
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantSELARL SAMSON & WEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021, M. C A, représenté par Me Samson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 28 août 2013, 22 septembre 2013, 23 juillet 2013, 7 juillet 2014, 29 juillet 2014, 2 mai 2014, 29 septembre 2015, 29 novembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017, 28 mars 2017, 28 décembre 2018, 28 août 2019, 3 août 2020, 19 octobre 2020 et 10 mars 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le décompte de points effectué par le ministre est erroné, il aurait dû bénéficier en application de l'article L. 223-6 du code de la route de la restitution des points retirés à la suite des infractions commises les 7 juillet 2014, 29 septembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017, et 19 octobre 2020 ; ainsi son solde de points n'est pas nul ;

- l'obligation d'information résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route a été méconnu.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI en date du 8 septembre 2021, les mentions afférentes ayant été supprimées du relevé d'information intégral et le solde de points étant positif ;

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 22 septembre 2013, 7 juillet 2014, 29 septembre 2015, 29 novembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017, 28 mars 2017, 28 août 2019 et 19 octobre 2020, les points afférents à ces infractions ayant été restitués ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 16 mars 2022, M. A, représenté par Me Samson, déclare se désister de ses conclusions à fin d'annulation de la décision du 8 septembre 2021 portant invalidation de son permis de conduire et des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 28 août 2013, 28 décembre 2018, 23 juillet 2013, 7 juillet 2014, 29 juillet 2014, 29 septembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017 et 19 octobre 2020 et maintenir ses autres conclusions.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 22 septembre 2013, 29 novembre 2015, 28 mars 2017, 28 août 2019 au motif qu'elles sont dépourvues d'objet, ces points ayant été restitués avant l'introduction de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a commis les 28 août 2013, 22 septembre 2013, 23 juillet 2013, 7 juillet 2014, 29 juillet 2014, 2 mai 2014, 29 septembre 2015, 29 novembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017, 28 mars 2017, 28 décembre 2018, 28 août 2019, 3 août 2020, 19 octobre 2020 et 10 mars 2021 différentes infractions au code de la route ayant entraîné des retraits de points sur son permis de conduire. Par une décision référencée " 48 SI ", le ministre de l'intérieur a récapitulé les décisions de retrait de points antérieures, a constaté un solde de points nul et la perte pour l'intéressé du droit de conduire un véhicule et lui a enjoint de restituer son permis de conduire. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande l'annulation de cette décision ainsi que des décisions de retrait de points mentionnées dans cette décision.

Sur le désistement partiel :

2. Par un mémoire enregistré le 16 mars 2022, M. A déclare se désister de ses conclusions à fin d'annulation, d'une part, de la décision " 48 SI " en date du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieure a invalidé son permis de conduire et, d'autre part, des décisions de retraits de points afférentes aux infractions commises les 28 août 2013, 28 décembre 2018, 23 juillet 2013, 7 juillet 2014, 29 juillet 2014, 29 septembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017 et 19 octobre 2020. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 22 septembre 2013, 29 novembre 2015, 28 mars 2017 et 28 août 2019 :

3. Il ressort du relevé d'information intégral extrait du système national du permis de conduire de M. A édité le 12 juillet 2021 que les points retirés sur son permis de conduire suite aux infractions constatées les 22 septembre 2013, 29 novembre 2015, 28 mars 2017 et 28 août 2019 lui ont été restitués avant l'introduction de sa requête. Ainsi, les conclusions de la requête de M. A dirigées contre les décisions procédant à ces retraits de points sont sans objet et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 2 mai 2014, 3 août 2020 et 10 mars 2021 :

En ce qui concerne le défaut d'information préalable :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document contenant les informations prévues auxdits articles L. 223-3 et R. 223-3, lesquelles constituent une garantie essentielle permettant à l'intéressé de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de l'infraction commise le 2 mai 2014 :

5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. En outre, qu'avant même que ces mentions aient été rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 précités du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. S'il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que l'infraction du 2 mai 2014 a été constatée par voie de radar automatique et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, l'administration ne justifie toutefois pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route aient été transmises à l'intéressé, faute pour le ministre d'apporter la preuve du paiement par le requérant de l'amende forfaitaire majorée en cause et donc de la réception par lui de l'avis de contravention ou du titre exécutoire y afférent. En outre, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que de telles informations ont été portées à la connaissance de M. A à l'occasion d'infractions similaires et antérieures à celle commise le 2 mai 2014. Par suite, la décision portant retrait d'un point à la suite de l'infraction du 2 mai 2014 doit être regardée comme fondée sur une procédure irrégulière. Elle doit être, pour ce motif, annulée.

S'agissant des infractions commises les 3 août 2020 et 10 mars 2021 :

7. L'article R. 49 du code de procédure pénale prévoit, dans son II issu du décret du 26 mai 2009, que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, l'appareil électronique sécurisé permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal d'une part, la signature de l'agent verbalisateur et, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En vertu des dispositions du II de l'article A. 37-27-2, issu d'un arrêté du 4 décembre 2014 mis en œuvre à compter du 15 avril 2015, en cas d'infraction entraînant retrait de points, le résumé non modifiable des informations qui figure sur la page écran précise que la contravention relevée entraîne retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

9. M. A soutient qu'il n'a pas reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement aux décisions de retrait de trois points afférentes aux infractions commises les 3 août 2020 et 10 mars 2021. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. A que ces infractions ont été relevées au moyen de procès-verbaux électroniques et n'ont pas fait l'objet du paiement de l'amende mais que des avis d'amende forfaitaire majorée ont été émis. Si le ministre de l'intérieur produit en défense les procès-verbaux établis suite à la constatation de ces infractions, ceux-ci ne comportent aucune mention indiquant que les informations requises aient été communiquées à M. A. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable au décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 3 août 2020 et 10 mars 2021 doit être accueilli. Elles doivent être, pour ce motif, annulées.

10. Il résulte de ce qui précède que les décisions de retrait de trois points suite aux infractions commises les 2 mai 2014, 3 août 2020 et 10 mars 2021 doivent être annulées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. A de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision " 48 SI " en date du 8 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire et des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 28 août 2013, 28 décembre 2018, 23 juillet 2013, 7 juillet 2014, 29 juillet 2014, 29 septembre 2015, 1er décembre 2016 à 11h09, 1er décembre 2016 à 14h29, 17 janvier 2017 et 19 octobre 2020.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé au retrait d'un point sur le permis de conduire de M. A suite à l'infraction constatée le 2 mai 2014, au retrait de trois points sur le permis de conduire de M. A suite à l'infraction constatée le 3 août 2020 et au retrait de 4 points suite à l'infraction constatée le 10 mars 2021 sont annulées.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 200 euros au titre de 1'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2023.

La magistrate désignée,

N. MULLIELa greffière,

H. KELI

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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