mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2111418 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | HALEBLIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2021, Mme D E et M. A E, agissant tant en leur nom personnel qu'en celui de représentants légaux de leur fils mineur B, représentés par Me Haleblian, demandent au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le grand hôpital de l'Est francilien (GHEF) à leur verser la somme de 80 050 euros en leur qualité d'ayants droit C E, la somme de 20 000 euros en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur B, ainsi que, respectivement les sommes de 34 860 et 30 000 euros, en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge C E par le centre hospitalier de Meaux du
25 au 26 octobre 2017 et de son décès survenu le 26 octobre 2017 ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise médicale ;
3°) de mettre à la charge du GHEF les dépens ainsi que la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du GHEF est engagée en raison d'une sous-estimation de la gravité de l'état de santé C E, en l'absence de transfert immédiat de l'enfant vers l'hôpital Necker alors que le centre hospitalier de Meaux était dépourvu d'une unité de soins continus pédiatriques et en raison d'une surveillance et des soins inadaptés ;
- ils sont fondés à demander au GHEF réparation à hauteur de 99 % des conséquences dommageables de cette prise en charge fautive et du décès de leur fils ;
- le préjudice subi par C E fera l'objet d'une indemnisation à hauteur des sommes suivantes : 50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire et de 80 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- le préjudice subi par Mme E fera l'objet d'une indemnisation à hauteur des sommes suivantes : 30 000 euros en réparation du préjudice d'affection au titre du décès de son fils, 2 100 euros au titre des frais d'obsèques et 2 760 euros au titre des frais divers ;
- le préjudice subi par M. E fera l'objet d'une indemnisation à hauteur de la somme de 30 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- le préjudice subi par leur fils B fera l'objet d'une indemnisation à hauteur de la somme de 20 000 euros au titre du préjudice d'affection ;
- à titre subsidiaire, ils sont fondés à solliciter une contre-expertise médicale au vu du rapport qu'ils produisent et qui contredit les conclusions de l'expertise médicale diligentée par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI).
Par un mémoire, enregistré le 11 mars 2022, la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne, représentée par sa directrice, déclare qu'elle entend exercer ses droits dans le cas où la responsabilité du GHEF serait engagée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2022, le GHEF, représenté par
Me Chiffert, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête des consorts E ;
- à titre subsidiaire, à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à 15 701 euros en ce qui concerne les époux E, 1 750 euros en ce qui concerne leur fils B et 1 400 euros en leur qualité d'ayants-droit de leur fils C.
Il soutient que :
- sa responsabilité n'est pas engagée en l'absence de comportements non conformes aux règles de l'art et aux données de la science au moment de l'hospitalisation de l'enfant ;
- si une faute devait être reconnue, aucun lien de causalité ne pourrait être retenue dans la mesure où des soins les plus optimaux n'auraient permis qu'une perte de chance de survie de quelques heures ou quelques jours ;
- la demande de contre-expertise médicale ne peut être justifiée du seul fait du rapport produit à la demande des requérants alors que l'expertise médicale diligentée par la CCI a été réalisée contradictoirement ;
- à titre subsidiaire, l'indemnisation accordée ne peut excéder une fraction du préjudice subi correspondant à un taux de perte de chance de 35 % d'échapper aux conséquences dommageables de la faute commise ;
- le déficit fonctionnel temporaire C E est imputable à son état initial et non à une faute du GHEF.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère,
- les conclusions de Mme Sophie Delormas, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chereau, avocate du grand hôpital de l'Est francilien.
Considérant ce qui suit :
1. Le 25 octobre 2017, C E, alors âgé de 11 ans et atteint d'une amyotrophie spinale infantile de type II diagnostiquée en janvier 2007, a été admis aux urgences puis dans le service de pédiatrie du site de Meaux du grand hôpital de l'Est francilien (GHEF) en raison de difficultés respiratoires. Il y est décédé le 26 octobre 2017 à la suite d'un arrêt cardio-respiratoire. Après avoir saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des maladies nosocomiales (CCI) d'Ile-de-France dans le cadre de la procédure de règlement amiable prévue par l'article L. 1142-7 du code de la santé publique, qui n'a pas abouti à un accord, ses parents, Mme et M. E, agissant en leur nom propre, en qualité d'ayants droit de leur fils décédé ainsi qu'en qualité de représentants légaux de leur fils mineur, demandent au tribunal de condamner le GHEF, à réparer les conséquences dommageables de la prise en charge et du décès de leur fils.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".
3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport de l'expertise diligentée par
la CCI, qu'Ilyas E présentait, antérieurement à son hospitalisation, un état métabolique et respiratoire précaire lié à la maladie neuro-musculaire d'origine génétique dont il était atteint, qu'il a été conduit aux urgences du site de Meaux du GHEF par les pompiers en raison d'une gêne respiratoire et a été pris en charge immédiatement par les médecins qui ont diagnostiqué une décompensation pulmonaire avec insuffisance respiratoire aigüe et que, enfin, un traitement a été rapidement mis en place associant hydratation et antibiothérapie par la voie veineuse ainsi qu'une oxygénothérapie. Quelques heures plus tard, C E a été admis dans le service de pédiatrie du site de Meaux. Alors que son transfert vers l'hôpital Necker était prévu dans l'après-midi du 26 octobre 2017, il est décédé à 13 heures d'un arrêt cardio-respiratoire causé par une insuffisance respiratoire aigüe survenant dans un contexte de syndrome restrictif secondaire à l'évolution de l'amyotrophie spinale de type 2 compliquée d'une scoliose sévère et associée à une insuffisance musculaire détériorant la fonction respiratoire.
4. Les requérants soutiennent que les médecins qui ont pris en charge leur enfant C à Meaux ont sous-estimé son état de santé et ne lui ont pas apporté les soins adaptés en ne désencombrant pas suffisamment ses voies respiratoires, en ne l'équipant pas d'un système de ventilation non invasive ou encore en ne procédant pas à son intubation. Ils produisent à l'appui de leurs allégations un rapport médical qui n'a pas établi contradictoirement, qui retient la nécessité de prendre en charge une hypercapnie par la désobstruction et la ventilation. Toutefois, l'expert désigné par la CCI a, dans son rapport du 21 juin 2021, estimé que le diagnostic avait été correctement établi et qu'après examen du dossier médical, il n'avait pas constaté de comportements non conformes aux règles de l'art et aux données de la science au moment de l'hospitalisation C E. Il a, en outre, envisagé de manière précise et circonstanciée les soins optimaux qui devaient être apportés à l'enfant et a estimé que ses constantes physiologiques ainsi que les résultats de ses examens biologiques ne montraient pas d'indication en faveur d'une ventilation non invasive ou d'une intubation trachéale en l'absence d'hypercapnie. Les éléments produits par les requérants ne sont étayés par aucune référence précise de nature à remettre sérieusement en cause l'appréciation ainsi portée par l'expert désigné par la CCI et devant lequel ils ont eu la possibilité de produire tous éléments d'ordre médical. Dans ces conditions, les époux E ne sont pas fondés à se prévaloir d'une faute de nature médicale au titre d'une erreur de diagnostic ou d'un choix thérapeutique erroné.
5. En revanche, il résulte, de l'instruction et notamment du rapport de l'expert désigné par la CCI que d'une part, le site de Meaux du GHEF était dépourvu d'unité de soins continus pédiatriques et que le transfert vers un hôpital qui en était doté n'a pas été organisé avant l'après-midi du 26 octobre 2017 alors que la surveillance rapprochée de l'enfant dans une telle unité de soins continus était nécessaire au vu de son état de santé ; que d'autre part,
deux séances de kinésithérapie respiratoire par jour avaient été prescrites à C E mais que faute de personnel suffisant, celui-ci n'a pu en bénéficier qu'une fois le 25 octobre et
une fois le 26 octobre 2017. Dans ces conditions, l'insuffisance des soins kinésithérapiques respiratoires apportés à C E et son absence de prise en charge dans une unité de soins continus pédiatriques constituent une faute dans l'organisation et le fonctionnement du service public hospitalier de nature à engager la responsabilité du GHEF.
Sur le lien de causalité :
6. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
7. Il résulte de l'instruction que, compte tenu de l'état de santé très précaire
C E lié à l'amyotrophie spinale infantile dont il souffrait, il n'est pas certain qu'une prise en charge dans une unité de soins continus pédiatriques et des soins de kinésithérapie respiratoire plus fréquents aurait empêché l'arrêt cardio-respiratoire du patient. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport de l'expertise diligentée par la CCI, que l'ampleur de la chance de survie ainsi perdue par C E doit être évaluée à 20 %. Il suit de là que, dans la limite de ce taux, les époux E sont fondés à demander réparation de la fraction du préjudice lié à la faute évoquée précédemment.
Sur le préjudice indemnisable :
En ce qui concerne le préjudice subi par C E :
8. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que le déficit fonctionnel temporaire C E les 25 et 26 octobre 2017 puisse être regardé comme résultant directement de la faute du GHEF.
9. En second lieu et en revanche, C E a enduré des souffrances estimées à 5,5 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert. Compte tenu de ses difficultés respiratoires et de la réanimation qu'il a subies, il sera fait une juste appréciation de ces souffrances en les évaluant à 17 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance évoqué ci-dessus, une somme de
3 400 euros doit être allouée aux héritiers C E.
En ce qui concerne le préjudice subi par les époux E et leur fils B :
10. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi, du fait du décès de leur fils, par Mme et M. E en l'évaluant pour chacun à la somme de 25 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 7, il y a lieu d'allouer à ce titre une somme de 5 000 euros à Mme E et 5 000 euros à M. E.
11. En deuxième lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi, du fait du décès de son frère, par B E en l'évaluant à la somme de 12 000 euros. Compte tenu du taux de perte de chance retenu au point 7, il y a lieu de lui allouer à ce titre une somme de 2 400 euros.
12. En troisième lieu, Mme E justifie qu'elle a exposé des frais d'obsèques du fait du décès de son fils à hauteur de 2 100 euros. Par suite, il y a lieu de lui allouer, après application du taux de perte de chance évoqué ci-dessus, la somme de 420 euros.
13. En quatrième lieu, Mme E justifie avoir acquitté des honoraires de
médecin-conseil à hauteur de 1 200 euros et des honoraires d'avocat pour se faire assister devant la CCI à hauteur de 1 560 euros. Elle est fondée à en obtenir le remboursement intégral, soit la somme de 2 760 euros.
14. Il résulte de tout ce qui précède que le GHEF doit être condamné à verser une somme de 8 180 euros à Mme E, et une somme de 5 000 euros à M. E, une somme de 3 400 euros aux héritiers C E et une somme de 2 400 euros aux requérants en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur B E.
Sur les frais liés au litige :
15. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du GHEF et une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne.
Article 2 : Le grand hôpital de l'Est francilien est condamné à payer une somme de 8 180 euros à Mme E.
Article 3 : Le grand hôpital de l'Est francilien est condamné à payer une somme de 5 000 euros à M. E.
Article 4 : Le grand hôpital de l'Est francilien est condamné à payer une somme de 2 400 euros à Mme et M. E en leur qualité de représentants légaux de leur fils mineur B.
Article 5 : Le grand hôpital de l'Est francilien est condamné à payer une somme de 3 400 euros aux héritiers C E.
Article 6 : Le grand hôpital de l'Est francilien versera à Mme et M. E, pris ensemble, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au grand hôpital de l'Est francilien et à la caisse primaire d'assurance maladie de Seine-et-Marne.
Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Aurore Perrin, première conseillère,
Mme Félicie Bouchet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2023.
La rapporteure,
F. BouchetLe président,
T. Gallaud
La greffière,
O. Dusautois
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026