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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2112053

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2112053

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2112053
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSARL CAZIN MARCEAU AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, respectivement enregistrés les 28 décembre 2021, 12 et 23 juillet 2022, M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 31 octobre 2021, par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer la lettre de commande ou de la convention conclue entre la commune et la société Riflex pour la réalisation d'une enquête administrative portant sur des allégations de harcèlement moral, la décision du maire relevant de cette commande, la lettre de cadrage de la mission confiée à la société Riflex, et la liste certifiée par la société Riflex des personnes auditionnées dans le cadre de l'enquête administrative ;

2°) d'annuler la décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer l'intégralité des

procès-verbaux des témoins auditionnés dans le cadre de l'enquête administrative portant sur des allégations de harcèlement moral ;

3°) d'enjoindre à la commune de Bussy-Saint-Georges de lui communiquer les documents sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du renouvellement de sa demande le 25 octobre 2021 ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Bussy-Saint-Georges la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la commune n'a pas informé la commission d'accès aux documents administratifs (" CADA ") de la suite qu'elle a entendu donner à sa demande, conformément à l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les documents demandés sont achevés et communicables en application des articles L. 300-1, L. 300-2 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'accès aux procès-verbaux est nécessaire pour la défense des instances pendantes devant le tribunal administratif ;

- les documents qui lui ont été communiqués ont été occultés de telle manière qu'ils sont inexploitables, notamment les procès-verbaux d'audition ;

- les titres, les noms mentionnés et les réponses compris dans les procès-verbaux ont été occultés à tort ;

- l'occultation de ces mentions révèle une manœuvre constitutive de harcèlement moral dès lors qu'elle l'empêche d'avoir accès à des documents qui lui permettraient de démontrer le bien-fondé de ses recours engagés contre la commune.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 30 juin et 21 juillet 2022, la commune de Bussy-Saint-Georges, représentée par son maire en exercice et par Me Cazin, conclut au non-lieu à statuer.

Elle fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation, l'ensemble des documents en sa possession, à savoir les auditions réalisées par la société Riflex, la liste des personnes interrogées et la proposition de la société Riflex retournée signée par la commune, ayant été communiqué à M. A ;

- aucune lettre de commande n'a été adressée à la société Riflex en vue de lui confier la réalisation d'une enquête administrative, aucun contrat n'a été conclu avec cette même société dans ce cadre, et aucune lettre de cadrage n'a été adressée à son prestataire ;

- l'occultation des mentions des documents transmis à M. A respecte les dispositions des articles L. 311-6 et L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration.

Le 5 septembre 2022, les procès-verbaux des témoins auditionnés par la commune de Bussy-Saint-Georges ont été communiqués sans occultation au tribunal pour sa seule appréciation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gracia, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Salenne-Bellet, rapporteure publique,

- les observations de M. A qui reprend ses conclusions et moyens ;

- les observations de Me Geissmann pour le compte de la commune de Bussy-Saint-Georges, qui reprend ses conclusions et moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 27 juillet 2021, M. A, alors agent au sein de la commune de Bussy-Saint-Georges depuis 2014, a sollicité du maire de cette même commune la communication de la lettre de commande ou de la convention conclue entre la commune et la société Riflex pour la réalisation d'une enquête administrative portant sur des allégations de harcèlement moral, la décision du maire relevant de cette commande, la lettre de cadrage de la mission confiée à la société Riflex, la liste certifiée par la société Riflex des personnes auditionnées dans le cadre de l'enquête administrative et la copie intégrale des procès-verbaux des auditions de témoins. A la suite du silence gardé par l'administration, M. A a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (" CADA "), le 31 août 2021, d'une demande d'avis sur le caractère communicable de ces documents. Par courrier du 3 septembre suivant, la commune a communiqué à M. A la copie du rapport présenté lors de la séance du comité technique relative à la suppression des postes de directeur de l'évènementiel et de directeur de la communication, et le rapport de l'enquête administrative du 28 juin 2021. Le 25 novembre 2021, la CADA a émis un avis favorable, sous réserve, à la communication des documents sollicités par M. A le 27 juillet 2021. Le 31 mars 2022, la commune de

Bussy-Saint-Georges a communiqué au requérant la copie des procès-verbaux des auditions de témoins entendus dans le cadre de l'enquête administrative menée par le cabinet Riflex et la liste des personnes auditionnées, tous deux occultés de certaines mentions. Le 28 juin 2022, la commune a également adressé à M. A la " proposition d'enquête de harcèlement " de la société Riflex approuvée par la commune. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision implicite du 31 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer la lettre de commande ou le contrat conclu entre la commune et la société Riflex concernant l'enquête administrative, la décision du maire relative à cette commande, la lettre de cadrage de la mission réalisée et la liste certifiée des témoins auditionnés. Il conteste également la décision du 31 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de

Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer l'intégralité des procès-verbaux des témoins auditionnés dans le cadre de l'enquête administrative portant sur des allégations de harcèlement moral.

Sur l'exception de non-lieu opposée par la commune de Bussy-Saint-Georges :

2. La commune de Bussy-Saint-Georges soutient que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont devenues sans objet, dès lors qu'elle a communiqué à M. A l'ensemble des documents en sa possession sollicités le 27 juillet 2021. A cet égard, elle produit en annexe de son premier mémoire en défense, la copie des procès-verbaux des auditions des témoins entendus dans le cadre de l'enquête administrative menée par le cabinet Riflex occultée d'un certain nombre de mentions et la liste des personnes auditionnées, transmis à l'intéressé par courrier du 31 mai 2022, ainsi que la " proposition enquête harcèlement " de la société Riflex approuvée par la commune transmise à M. A par courrier du 28 juin 2022.

3. La commune fait valoir qu'elle a sollicité oralement de la société Riflex la réalisation de l'enquête en cause, ce qui a ainsi donné lieu à la proposition de la société produite en annexe de son mémoire en défense. Cette proposition approuvée par la commune, qui concerne la prestation de réalisation d'une enquête administrative, mentionne également les objectifs de l'intervention et la méthodologie proposée. Dans ces conditions, et dès lors que le requérant ne conteste pas qu'il s'agit là des éléments dont il a sollicité la communication, cette proposition doit être regardée comme étant la lettre de commande ou le contrat passé entre la ville et la société Riflex, et la " lettre de cadrage " sollicités. En outre, le requérant ne conteste pas d'avantage que la liste des personnes auditionnées identifiées par leur fonction, et annexée au mémoire en défense de la commune, est le document dont il a demandé la communication. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une autre liste existerait. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 octobre 2021 s'agissant de ces documents. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la requête sont, dans cette mesure devenues ans objet.

4. En revanche, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commune aurait communiqué au requérant la décision du maire relative à la commande de la prestation de réalisation de l'enquête administrative. D'autre part, si la commune de Bussy-Saint-Georges produit la copie des procès-verbaux des personnes auditionnées à l'occasion de l'enquête administrative, M. A conteste les occultations qui y sont faites. Par suite, il y a toujours lieu de se prononcer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 octobre 2021 en ce qui concerne la décision précitée du maire et en ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mai 2022 relatives à la copie intégrale des procès-verbaux.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par () les collectivités

territoriales (). Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Selon l'article L. 311-1 du code précité : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".

En ce qui concerne la décision du 31 octobre 2021, en tant que le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de communiquer sa décision de commander à la société Riflex la prestation de réalisation d'une enquête administrative :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ".

7. En l'espèce, si par un courriel du 27 décembre 2021, la CADA a indiqué à M. A que la commune de Bussy-Saint-Georges ne l'a pas informé des suites qu'elle entendait donner à son avis rendu le 25 novembre 2021 conformément aux dispositions citées au point précédent, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non démenties par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction des requêtes et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

9. Il résulte des dispositions citées au point 5 que la décision du maire de commander à la société Riflex la prestation de réalisation d'une enquête administrative est un document administratif communicable au sens du code des relations entre le public et l'administration.

10. Toutefois, en soutenant qu'elle a communiqué à M. A tous les éléments en sa possession s'agissant de l'enquête administrative en cause, la commune de

Bussy-Saint-Georges a entendu faire valoir que ce document n'existe pas. Cette affirmation doit être tenue pour établie dès lors que le requérant ne la conteste pas, et n'apporte d'ailleurs aucun élément permettant de la remettre en cause, alors qu'elle n'est démentie par aucune pièce du dossier. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer sa décision de commander à la société Riflex la prestation de réalisation d'une enquête administrative, serait illégale.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 octobre2021, en tant que le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de communiquer à M. A sa décision de commander à la société Riflex la prestation de réalisation d'une enquête administrative, doivent être rejetées. Il en va de même par voie de conséquence des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte relatives à ce document.

En ce qui concerne la décision du 31 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de communiquer l'intégralité des procès-verbaux d'audition des témoins de l'enquête administrative :

12. En premier lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : () / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice ". Aux termes de l'article

L. 311-7 du même code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".

13. Des témoignages peuvent, compte tenu du contexte juridique ou factuel dans lequel ils sont établis, faire apparaître le comportement des personnes qui portent ces témoignages ou sont entendus. Dans ces conditions, celles-ci peuvent se voir reconnaître la qualité d'" intéressé " au sens de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration précité. Il s'en suit que les documents faisant apparaître leur comportement ne sont communicables qu'à ces personnes lorsque leur communication à des tiers serait de nature à leur porter préjudice.

14. Il ressort des pièces du dossier que la commune a transmis au nombre des pièces jointes à son mémoire en défense, les neuf procès-verbaux des témoins dans leur version occultée de certains passages, que M. A a reçus. Or le tribunal a pris connaissance des procès-verbaux en cause non occultés que le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a transmis au tribunal à la suite de sa demande du 4 août 2022. Après avoir comparé cette version des procès-verbaux avec la version occultée transmise au requérant, il y a lieu de considérer que la communication à M. A des procès-verbaux complets comportant les mentions occultées serait susceptible, eu égard à leur contenu et au contexte dans lequel ils ont été établis, de porter préjudice, au sens de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, aux personnes qui y sont mentionnées.

15. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un détournement de pouvoir aurait été commis par le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges du seul fait que des mentions aient été occultées des procès-verbaux sollicités, ni de la seule circonstance que le mémoire en défense de la commune, enregistré le 30 juin 2022, ait conduit le tribunal à inviter M. A à se désister de ses conclusions. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 31 mai 2022 par laquelle le maire de la commune de Bussy-Saint-Georges a maintenu son refus de lui communiquer l'intégralité des procès-verbaux des témoins de l'enquête administrative. Ces conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte relatives à cette décision.

Sur la répartition des frais du litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la commune, qui n'est pas la partie perdante, une somme à ce titre. Cette demande présentée par M. A doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au maire de la commune de Bussy-Saint-Georges.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gracia, président-rapporteur,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Potin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

Le président-rapporteur,

J-Ch. Gracia L'assesseur le plus ancien,

D. Israël

La greffière,

A. Starzynski

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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