jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2112069 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CHAMON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Chamon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du département du Val-de-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 721,96 euros pour la période de juin 2018 à septembre 2019 ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a confirmé l'indu de prime d'activité pour la période de juin 2018 à septembre 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
-la décision d'indu de revenu de solidarité active est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la requérante ignorait qu'une absence au-delà de 92 jours hors du territoire français lui faisait perdre le droit au revenu de solidarité active, elle était dans une situation psychologique difficile et s'est rendue en Italie dans le seul but de se soigner ; en tout état de cause, il n'est pas rapporté la preuve qu'elle aurait passé plus de 92 jours en dehors du territoire français sur la période litigieuse de juin 2018 à septembre 2019.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juillet 2023, le département du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. À la suite d'un contrôle diligenté par les services de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne, il a été relevé que Mme A a résidé hors de France plus de 92 jours sur plusieurs périodes en 2018 et 2019 sans en avoir informé la caisse. Les droits de Mme A ont été rectifiés pour prendre en compte ces informations, générant un indu de prestations familiales de 7 770,08 euros composé, selon les références du courrier, d'un indu de revenu de solidarité active (INK 002) et d'un indu de prime d'activité (IM3 003) pour la période de juin 2018 à septembre 2019, dont elle a été informée par un courrier du 3 novembre 2020. Par un courrier du 18 décembre 2020, notifié au président du conseil départemental du Val-de-Marne le
22 décembre 2020, Mme A a formé un recours administratif préalable contre cet indu. Ce recours contestant l'indu de prestations familiales pris dans son ensemble, il doit être regardé, s'agissant de l'indu de prime d'activité, comme ayant été transmis à la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne en application des articles
L. 114-2 et L. 114-3 du code des relations entre le public et l'administration. Par la présente requête, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active ainsi que la décision implicite par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne a confirmé l'indu de prime d'activité.
2. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
Sur l'insuffisance de motivation des décisions implicites :
3. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans des cas où une décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais de recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.
4. En l'absence de réponses expresses au recours formé le 22 décembre 2020 par Mme A contre la décision d'indu de prestations familiales, ce recours doit être regardé comme ayant été rejeté implicitement tant par le président du conseil départemental du Val-de-Marne que par la commission de recours amiable de la caisse d'allocations du Val-de-Marne à qui ce dernier a été transmis s'agissant de l'indu de prime d'activité, tel qu'il a été dit au point 1. Si la requérante se prévaut de l'insuffisance de motivation de ces décisions, il résulte de l'instruction qu'elle n'a pas demandé les motifs de ces décisions implicites. Dans ces conditions, elle ne peut utilement invoquer le moyen tiré de l'insuffisance de motivation.
Sur le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active :
5. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () / En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".
6. Il résulte de ces dispositions que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit remplir la condition de ressources qu'elle mentionne et résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux. La personne qui remplit les conditions pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active a droit, lorsqu'elle accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois, au versement sans interruption de cette allocation, ou bien, lorsque ses séjours à l'étranger excèdent cette durée de trois mois, au versement de l'allocation pour les seuls mois civils complets de présence en France. En toute hypothèse, le bénéficiaire du revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation, outre l'ensemble des ressources dont il dispose, sa situation familiale et tout changement en la matière, toutes informations relatives au lieu de sa résidence, ainsi qu'aux dates et motifs de ses séjours à l'étranger lorsque leur durée cumulée excède trois mois.
7. Il résulte de l'instruction que l'indu de revenu de solidarité active est fondé sur la constatation que Mme A a effectué plusieurs séjours à l'étranger dont la durée cumulée est supérieure à trois mois sur la période de juin 2018 à septembre 2019. Il résulte du rapport d'enquête établi le 13 octobre 2020 par l'agent assermenté de la caisses d'allocations familiales du Val-de-Marne que les déclarations trimestrielles de Mme A étaient effectuées par Internet avec une adresse IP située en Italie et que la consultation des relevés bancaires de Mme A a permis, contradictoirement, de retenir des séjours en Italie pendant les périodes suivantes : du 27 juin 2018 au 6 août 2018, du 11 septembre 2018 au 16 novembre 2018, du 21 novembre 2018 au
7 janvier 2019, du 14 janvier 2019 au 2 février 2019, du 21 février 2019 au 29 avril 2019, du
29 mai 2019 au 3 août 2019, du 2 novembre 2019 au 17 janvier 2020 et du 24 avril 2020 au
19 juin 2020, soit 146 jours en 2018 et 218 jours en 2019. Il est constant que Mme A a omis de déclarer ces périodes de séjour en Italie à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne.
8. Si Mme A soutient que le département n'apporte pas la preuve qu'elle ait séjourné hors du territoire français pour une durée supérieure à trois mois, elle n'apporte aucun élément pour remettre en cause les dates de séjour qui résultent des éléments précis et concordants qui ont été consignés dans le rapport d'enquête précité, qui en a valablement conclut qu'elle avait passé au moins 146 jours en dehors du territoire français en 2018 et 218 jours en 2019.
9. Ensuite, si Mme A tend à justifier ces séjours hors du territoire, en indiquant s'être rendue en Italie pour des raisons de santé et en produisant un certificat d'un psychiatre italien du 14 janvier 2021 faisant état d'un suivie pour une psychothérapie de juin 2018 à septembre 2019 nécessitant sa présence régulière aux consultations, cette circonstance est toutefois sans incidence sur les obligations déclaratives de la requérante, notamment en ce qui concerne ses séjours hors du territoire, et sur le bien-fondé de l'indu en litige, alors que la caisse d'allocations familiales ne remet pas en cause l'existence de sa résidence stable et effective en France.
10. Enfin, Mme A, allocataire depuis 2011, ne saurait sérieusement soutenir qu'elle ignorait la nécessité de procéder à ces déclarations auprès de la caisse d'allocations familiales. Par suite, c'est à bon droit que le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 721,96 euros pour la période de juin 2018 à septembre 2019.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental du Val-de-Marne a confirmé l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 721,96 euros ni la décision implicite de la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne confirmant l'indu de prime d'activité. Sa requête doit ainsi être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au département du
Val-de-Marne, à la caisse d'allocations familiales du Val-de-Marne et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée Me Chamon.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
J. Darracq-Ghitalla-Ciock
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Mahieu
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026