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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200056

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200056

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200056
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre, JU
Avocat requérantLOREK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2022, et des mémoires, enregistrés

les 16 septembre 2022 et 11 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Lorek, dans le dernier état de ses écritures :

1°) forme opposition à la contrainte qui lui a été délivrée par le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France le 16 décembre 2021 en vue du recouvrement d'une somme de 6 818,09 euros correspondant à un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période allant du 11 octobre 2016 au 31 janvier 2018 et d'une prime forfaitaire pour reprise d'activité qui lui a été versée le 30 juin 2017.

2°) demande au tribunal de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est fondé à se prévaloir du délai de prescription de trois ans prévu par l'article 27 du règlement général annexé à la convention d'assurance chômage du 14 mai 2014 ;

- Pôle emploi n'est pas fondé à lui réclamer l'indu qui fait l'objet de la contrainte en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mai 2022 et 10 janvier 2023, le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France, représenté par Me Pillet, conclut au rejet de la requête ; il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Timothée Gallaud, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant du champ d'application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Timothée Gallaud,

- et les observations de Me Pillet, représentant le directeur régional de France travail

Ile-de-France.

Une note en délibéré a été produite pour le directeur régional de France travail

Ile-de-France le 17 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M A, inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi, s'est vu allouer le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique notamment durant la période allant du 11 octobre 2016 au 31 janvier 2018. Il s'est vu également accorder le 30 juin 2017 la prime forfaitaire pour reprise d'activité. Les services de Pôle emploi ont toutefois estimé par la suite que des sommes se rapportant à ces prestations avaient été indument perçues et l'ont mis en demeure de reverser ces sommes le 15 avril 2019. Le 23 décembre 2021, M. A s'est vu signifier une contrainte qui a été délivrée le 16 décembre 2021 par le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France en vue du recouvrement d'une somme de 6 818,09 euros correspondant à ces indus. M. A forme opposition à cette contrainte.

2. En premier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir d'un délai de prescription de trois ans qui est applicable aux seules allocations d'assurance et non à l'allocation spécifique de solidarité et à la prime forfaitaire d'activité versée au bénéficiaire d'une telle allocation.

3. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 5426-19 du code du travail, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le débiteur qui conteste le caractère indu des prestations qui lui sont réclamées forme un recours gracieux préalable devant le directeur général de Pôle emploi dans un délai de deux mois à compter de la date de notification de l'indu par Pôle emploi. / Conformément aux dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration, lorsque la décision du directeur général de Pôle emploi sur ce recours gracieux n'a pas été portée à la connaissance du requérant dans le délai de deux mois, l'intéressé peut considérer sa contestation comme rejetée. Il peut alors, s'il le souhaite, se pourvoir devant le juge compétent. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 5426-20 du code du travail : " La contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2 est délivrée après que le débiteur a été mis en demeure de rembourser l'allocation, l'aide ou toute autre prestation indue mentionnée à l'article L. 5426-8-1 ou de s'acquitter de la pénalité administrative mentionnée à l'article L. 5426-6. / Le directeur général de Pôle emploi lui adresse, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, une mise en demeure qui comporte le motif, la nature et le montant des sommes demeurant réclamées, la date du ou des versements indus donnant lieu à recouvrement ou la date de la pénalité administrative ainsi que, le cas échéant, le motif ayant conduit à rejeter totalement ou partiellement le recours formé par le débiteur./ Si la mise en demeure reste sans effet au terme du délai d'un mois à compter de sa notification, le directeur général de Pôle emploi peut décerner la contrainte prévue à l'article L. 5426-8-2. ". Aux termes de l'article R. 5426-22 du même code : " Le débiteur peut former opposition par inscription au secrétariat du tribunal compétent dans le ressort duquel il est domicilié ou par lettre recommandée avec demande d'avis de réception adressée au secrétariat dudit tribunal dans les quinze jours à compter de la notification. L'opposition est motivée. Une copie de la contrainte contestée y est jointe. Cette opposition suspend la mise en œuvre de la contrainte. La décision du tribunal, statuant sur opposition, est exécutoire de droit à titre provisoire. ".

5. Il résulte des dispositions citées ci-dessus qu'un recours contentieux tendant à l'annulation d'un trop-perçu notifié par Pôle emploi n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès du directeur général de Pôle emploi dans les conditions qu'elles prévoient. En revanche, les dispositions relatives à l'opposition à une contrainte délivrée en vue de l'exécution d'une telle décision ne subordonnent pas l'exercice de cette voie de droit à l'exercice préalable du même recours administratif. Toutefois, le débiteur ne peut, à l'occasion de l'opposition, contester devant le juge administratif le bien-fondé de l'indu que s'il a exercé le recours administratif dans les conditions prévues par les dispositions citées au point 3.

6. A l'appui de l'opposition qu'il forme à la contrainte délivrée à son encontre par le directeur régional de Pôle emploi Ile-de-France, M. A invoque seulement, hormis le moyen tiré de ce que le recouvrement des sommes en litige est prescrit, qui a été écarté au point 2, un moyen tiré de ce que l'indu qui lui est réclamé est mal fondé. Invité à justifier qu'il a formé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article R. 5426-19 du code du travail devant le directeur général de Pôle emploi en vue de contester le bien-fondé de cet indu, M. A s'est borné à produire une copie de sa requête et la preuve de réception de celle-ci par le tribunal. Par suite, M. A n'est pas recevable à invoquer devant le tribunal un moyen tiré de l'absence de bien-fondé de l'indu à l'origine de la contrainte en litige.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail.

Copie pour information en sera transmise au directeur régional de France Travail Ile-de-France.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le magistrat désigné,

T. Gallaud

La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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