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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200615

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200615

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200615
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantCABINET ROZANT & COHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2022, Mme D A épouse C, représentée par Me Rozant et Me Nagy, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2013 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle a bénéficié de revenus distribués par la société Les Compagnons Parisiens sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts ; elle n'était ni gérante de fait, ni maître de l'affaire et n'a pas appréhendé les sommes en cause ;

- c'est à tort que l'administration a considéré qu'elle a bénéficié de distributions occultes de la part de la société Les Compagnons Parisiens au sens de l'article 111 du code général des impôts ; elle n'était pas la bénéficiaire des sommes en cause.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les conclusions de M. Delmas, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite de la vérification de comptabilité de la société Les Compagnons Parisiens, l'administration a, par une proposition de rectification n° 2120-SD en date du 10 juin 2016, notifié à Mme A épouse C, associée de ladite société à hauteur de 55 %, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales au titre de l'année 2013, en estimant qu'elle avait bénéficié de sommes regardées comme distribuées sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts et du c. de l'article 111 du même code. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions supplémentaires.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ".

3. Il résulte des mentions de la proposition de rectification n° 2120 du 10 juin 2016 que les opérations de contrôle relatives à la société Les Compagnons Parisiens ont mis en évidence que Mme A avait, au cours de l'année 2013 effectué, sur les différents comptes bancaires de la société, dix retraits de 2 000 euros enregistrés au débit de son compte courant. Au 31 décembre 2013, une " opération diverse " a été enregistrée afin de requalifier ces prélèvements en salaire, par débit du compte 644 " rémunération du travail de l'exploitant ". En l'absence de contrat de travail et de bulletin de salaire, et dès lors qu'aucun travail effectué par Mme A n'a été évoqué lors du contrôle de la société et qu'aucune charge sociale n'a été liquidée à ce titre, le service a remis en cause la qualification de rémunérations attribuée à ces sommes et a considéré qu'elles constituaient des revenus distribués au sens du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. En se bornant à soutenir qu'elle n'a pas appréhendé les sommes en cause et qu'elle n'était ni gérante de fait, ni maître de l'affaire, Mme A ne remet pas en cause les constats effectués par l'administration dont il résulte que les sommes en cause ont bien été mises à sa disposition. La requérante ne saurait par ailleurs se prévaloir de l'instruction publiée au bulletin officiel des finances publiques - impôts le 12 septembre 2012 sous la référence BOI-RPPM-RCM-10-20-10 relative à la définition et à la détermination des revenus distribués par les sociétés françaises qui ne comporte pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il vient d'être fait application. Par conséquent, c'est à bon droit que le service a regardé ces sommes comme des revenus distribués et les a réintégrées dans les bases d'imposition de Mme A à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2013.

4. En second lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Il résulte de ces dispositions que le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions occultes effectuées par la société qu'il contrôle.

5. Il résulte des mentions de la proposition de rectification n° 2120 du 10 juin 2016 que l'administration a considéré que Mme A devait être regardée comme la gérante de fait et le maître de l'affaire de la société Les Compagnons Parisiens au cours de la période contrôlée, allant du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2014 et qu'elle avait bénéficié de revenus qualifiés de distribués sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts, correspondant à des sommes versées en règlement de factures émises par la société Europasia et considérées comme fictives par le service. Selon le service en effet, du fait de la conclusion d'une convention de prestation de services le 2 janvier 2013 entre la société Les Compagnons Parisiens, représentée par son gérant M. B, et la société JEK Ingénierie, dont Mme A était la gérante et l'associée unique sur la période vérifiée, prévoyant que la société JEK Ingénierie assiste M. B " pour remplir l'ensemble des formalités administratives liées au bâtiment ", la société Les Compagnons Parisiens était dessaisie de toute activité se rapportant à la gestion de l'entreprise, laquelle était assurée par la société JEK Ingénierie, de sorte que Mme A, en tant que gérante et associée unique de celle-ci, exerçait un contrôle effectif et constant sur la marche de la société Les Compagnons Parisiens.

6. Il résulte toutefois de l'instruction que, par un jugement du 16 novembre 2021 rendu dans le cadre de la liquidation judiciaire de la société Les Compagnons Parisiens, le tribunal de commerce de Paris a jugé qu'il ne ressortait pas des pièces produites et des débats que Mme A avait accompli des actes positifs de gestion, dès lors qu'elle ne bénéficiait ni d'une délégation ou procuration, ni de la signature bancaire de la société et qu'elle n'avait signé aucun document contractuel au nom de la société. Après avoir également relevé que, face aux lacunes de gestion de M. B, Mme A avait saisi le tribunal de commerce de Paris d'une demande de désignation d'un mandataire ad hoc, le tribunal a conclu qu'il n'était pas démontré qu'elle avait été dirigeante de fait de la société Les Compagnons Parisiens. Dans ces circonstances, alors que Mme A n'occupait aucune fonction de direction au sein de la société Les Compagnons Parisiens dont elle détenait 55 % du capital, les 45 % restants étant détenus par son gérant, M. B, et qu'il n'est ni établi, ni même allégué, qu'elle disposait de la signature sociale ou d'une procuration sur les comptes bancaires de la société, l'administration n'apporte pas d'éléments suffisants permettant de regarder Mme A comme le seul maître de l'affaire. Il s'ensuit qu'elle ne saurait être présumée avoir appréhendé les revenus réputés distribués par ladite société.

7. Il résulte de ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux correspondant aux sommes regardées comme distribuées sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est déchargée des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2013 au titre des sommes regardées comme distribuées sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à la directrice départementale des finances publiques de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 15 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

A. Jean Le président,

N. Le Broussois

La greffière,

L. Darnal

La République mande et ordonne à la ministre chargée des comptes publics en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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