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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200780

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200780

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200780
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantINTER-BARREAUX JRF AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de Mme A B au tribunal administratif de Melun, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2021 et le 1er mai 2024, Mme A B, représentée par Me Lalevic, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la somme totale de 32 932 euros en réparation des conséquences dommageables de la prise en charge médicale dont elle a été l'objet à l'hôpital Henri-Mondor les 29 août 2013, 27 juillet 2015 et 15 mai 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris est engagée dès lors que les trois interventions chirurgicales de rhinoplastie qu'elle a subies ont abouti à un échec, puisque l'obstruction nasale et la déviation nasale n'ont pas été corrigées ;

- l'Assistance publique-hôpitaux de Paris a reconnu que l'intervention chirurgicale du 29 août 2013 n'a pas été réalisée conformément aux règles de l'art ;

- elle est ainsi fondée à demander réparation de son préjudice personnel à hauteur des sommes suivantes : 871 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 281 euros au titre des souffrances endurées, 2 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 12 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 4 000 euros au titre du préjudice esthétique définitif, 1 000 euros au titre de son préjudice d'agrément et 4 000 euros au titre de son préjudice d'affection et de son préjudice sexuel ;

- elle est également fondée à demander réparation de son préjudice patrimonial à hauteur de 780 euros au titre des frais divers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2024, l'Assistance publique-hôpitaux de Paris, représentée par Me Tsouderos, conclut à ce que la condamnation prononcée à son encontre soit limitée à de plus justes proportions.

Elle soutient que :

- l'intervention chirurgicale réalisée le 29 août 2013 avait une visée réparatrice ;

- l'engagement de sa responsabilité pour faute n'est pas contesté dès lors que la technique chirurgicale employée lors de l'intervention du 29 août 2013 n'est pas conforme aux règles de l'art ;

- les sommes demandées doivent être réduites à de plus juste proportions ;

- les provisions, d'un montant total de 11 000 euros, doivent être déduites de l'indemnité accordée.

Par un mémoire, enregistré le 24 mai 2024, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, représentée par Me Fertier, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris à lui verser la totale somme de 8 657 euros au titre des débours qu'elle a exposés du fait des conséquences dommageables dont fait état la requérante, assortie des intérêts à compter du 24 mai 2024 et de la capitalisation de ces intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris les dépens ainsi que la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Assistance publique-hôpitaux de Paris l'indemnité forfaitaire prévue par le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Elle soutient qu'elle est fondée à réclamer la somme de 8 657 euros au titre des dépenses de santé actuelles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marine Robin, conseillère,

- les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 29 août 2013, Mme B a subi une rhinoseptoplastie, sans ostéotomie ni autogreffe du cartilage, à l'hôpital Henri-Mondor pour corriger la déviation de sa cloison nasale dans le sens antéro-postérieure. Une première chirurgie de reprise a été réalisée au sein du même hôpital le 27 juillet 2015 visant à supprimer le bec de Corbin apparu après la première opération. Le 15 mai 2017, Mme B a subi une seconde intervention de reprise visant à reprendre la pointe et à combler les dépressions situées au-dessus de l'aile droite de son nez. Mme B demande au tribunal de condamner l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) à l'indemniser des conséquences dommageables de la prise en charge dont elle a été l'objet à l'hôpital Henri Mondor les 29 août 2013, 27 juillet 2015 et 15 mai 2017.

Sur la responsabilité de l'AP-HP :

2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".

3. Si Mme B soutient que la rhinoseptoplastie réalisée le 29 août 2013 et les interventions chirurgicales de reprise réalisées le 15 mai 2015 et le 27 juillet 2015 ont conduit à un échec thérapeutique, aucune obligation de résultat ne pèse sur les établissements hospitaliers de sorte qu'aucune faute ne peut leur être imputée sur ce fondement. En revanche, il résulte du rapport de l'expertise diligentée par l'AP-HP du 3 mars 2018 que la rhinoseptoplastie pratiquée lors de la première intervention chirurgicale du 29 août 2013 n'a pas été réalisée dans les règles de l'art, notamment quant aux gestes techniques employés. Il résulte également de ce rapport d'expertise que la persistance de l'obstruction nasale et des écoulements et le résultat insatisfaisant de l'opération sur le plan morphologique résultent directement de la faute commise par le centre hospitalier dans la technique chirurgicale employée qui n'a pas permis de corriger la déviation de la cloison nasale de la patiente. Dans ces conditions, Mme B est fondée à demander la réparation intégrale de son préjudice résultant de la faute médicale commise dans la réalisation de l'intervention chirurgicale consistant en une rhinoseptoplastie du 29 août 2013.

Sur le préjudice :

4. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation de l'état de santé de Mme B peut être fixée au 13 février 2018.

En ce qui concerne les dépenses de santé actuelles :

5. D'une part, si la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne justifie avoir exposé, avant la consolidation de l'état de santé de Mme B, des débours à hauteur de 3 492,48 euros au titre de frais d'hospitalisation à la suite de l'intervention du 15 mai 2017 et de 33,80 euros au titre des frais médicaux, qui sont imputables à l'accident médical dont elle a été victime, il ne résulte pas de l'instruction que les frais d'hospitalisation exposés à la suite de l'intervention chirurgicale du 29 août 2013 soient en lien avec la faute médicale retenue

au point 3.

En ce qui concerne les postes de préjudice temporaire :

6. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, du fait de la faute médicale dont elle a été victime, un déficit fonctionnel temporaire total du 29 août au 4 septembre 2013, du 27 au 29 juillet 2015 et du 15 au 17 mai 2017, du fait de ses hospitalisations, ainsi qu'un déficit fonctionnel temporaire partiel de 10 % du 5 septembre 2013 au 28 février 2014, du 30 juillet 2014 au 29 janvier 2016 et du 18 mai 2017 au 15 novembre 2017. Il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour l'intéressée en lui allouant à ce titre une somme de 1 300 euros.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a éprouvé, avant la consolidation de son état de santé, des souffrances dont l'intensité peut être estimée à 3 sur une échelle de 0 à 7 pendant une période de deux mois puis à 2 après chaque nouvelle opération compte tenu notamment des souffrances physiques et psychologiques de la victime. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi à ce titre en l'évaluant à une somme de 5 000 euros.

8. Enfin, en troisième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B a subi, avant la consolidation de son état de santé, un préjudice esthétique temporaire résultant de la persistance de la déviation de sa cloison nasale, des cicatrices présentes sur son visage et du résultat morphologique insatisfaisant. Il sera fait une juste appréciation du préjudice qui en a résulté en allouant à l'intéressée une somme de 300 euros.

En ce qui concerne les postes de préjudice permanent :

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la requérante reste atteinte, après la consolidation de son état de santé, d'un déficit fonctionnel permanent résultant notamment de la persistance de l'obstruction nasale et de l'écoulement nasal qu'elle subit, et dont le taux peut être fixé à 5 %. Compte tenu de son âge à la date de cette consolidation, soit 30 ans, il sera fait une juste réparation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence qui en ont résulté pour Mme B, et notamment des répercussions psychologiques et morales qu'elle a subies, en fixant à 7 000 euros la somme devant les réparer.

10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme B subit un préjudice esthétique permanent résultant de la persistance de la déviation nasale et des cicatrices présentes sur son visage, qui peut être évalué à 1,5 sur une échelle de 0 à 7. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation du préjudice qui en résulte en fixant à 2 000 euros la somme devant le réparer.

11. En troisième lieu, si la requérante soutient qu'elle subit un préjudice d'agrément, il ne résulte pas de l'instruction qu'elle se trouve dans l'impossibilité de pratiquer une activité ni que, du fait même des séquelles dont elle est atteinte, elle aurait été privée de certaines activités qu'elle aurait pratiqué antérieurement avec une intensité particulière. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à demander réparation au titre d'un préjudice d'agrément.

12. En quatrième lieu, si Mme B soutient qu'elle a renoncé à sa vie affective et sociale et que la faute médicale a été à l'origine de son divorce, il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressée subit un préjudice sexuel, ni un trouble spécifique qui n'aurait pas déjà été indemnisé au titre d'un autre poste de préjudice. Il y a donc lieu de rejeter sa demande sur ce point.

En ce qui concerne les frais exposés par Mme B pour exercer ses droits :

13. Si elle justifie avoir exposé des frais d'assistance par des médecins-conseils,

Mme B n'établit pas que la note d'honoraires du 12 juin 2018 ait un lien avec les conséquences dommageables de la faute commise par l'AP-HP puisqu'elle fait suite à une intervention qui aurait eu lieu le 25 février 2015. Dans ces conditions, seuls les frais d'assistance pour lesquels elle a exposé des frais suivant la note d'honoraires établie le 15 novembre 2018 apparaissent utiles à la solution du litige. Dans ces conditions, Mme B est uniquement fondée à demander le remboursement de la somme totale de 600 euros au titre des frais qu'elle a exposés pour exercer ses droits.

Sur les droits respectifs de Mme B et de la CPAM du Val-de-Marne :

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le montant total du préjudice dont Mme B est fondée à demander réparation s'élève à 16 200 euros. Par suite, déduction faite des sommes dont il est constant qu'elles lui ont été versées à titre provisionnel par l'AP-HP, pour un montant total de 11 000 euros, la requérante est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme de 5 200 euros.

15. D'autre part, il résulte de l'ensemble de ce qui précède que

la CPAM du Val-de-Marne est fondée à demander la condamnation de l'AP-HP à lui verser une somme de totale de 3 526,28 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation :

16. La CPAM du Val-de-Marne a droit aux intérêts au taux légal à compter du 24 mai 2024, date de réception de son mémoire.

17. La capitalisation des intérêts a été demandée le 24 mai 2024. A la date du présent jugement, il n'était pas dû une année d'intérêts. Dès lors, conformément aux dispositions de l'article 1343-2 du code civil, il y a lieu de rejeter la demande formulée en ce sens par

la CPAM du Val-de-Marne.

Sur les frais liés au litige :

18. En premier lieu, le neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. A compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget, en fonction du taux de progression de l'indice des prix à la consommation hors tabac prévu dans le rapport économique, social et financier annexé au projet de loi de finances pour l'année considérée ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté interministériel susvisé du 23 décembre 2024 : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 120 € et 1 212 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2025. ".

19. La CPAM du Val-de-Marne a droit à une indemnité de 1 175 euros, qui doit être mise à la charge de l'AP-HP, montant qui correspond au tiers de la somme dont elle obtient le remboursement en vertu du présent jugement en application des dispositions qui viennent d'être citées.

20. En second lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge l'AP-HP la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 2 000 euros demandée par la CPAM du Val-de-Marne, qui ne justifie pas avoir exposé de frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à Mme B une somme de 5 200 euros.

Article 2 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris est condamnée à payer à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 3 526,28 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 24 mai 2024.

Article 3 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 1 175 euros au titre de l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : L'Assistance publique-hôpitaux de Paris versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris et à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Marine Robin, conseillère,

Mme Héloïse Mathon, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

La rapporteure,

M. Robin

Le président,

T. Gallaud La greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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