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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200831

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200831

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200831
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationChambre DALO
Avocat requérantJOB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une décision n° 450273 du 30 décembre 2021, enregistré au greffe du tribunal administratif de Melun le 26 janvier 2022, le Conseil d'Etat a annulé le jugement du tribunal administratif de Melun n° 1902380 du 15 décembre 2020 pour dénaturation des pièces du dossier et a renvoyé l'affaire au tribunal.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 mars 2019 et le 8 octobre 2019, Mme D A, représentée par Me Job, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé la carence de l'Etat à la reloger bien que sa situation ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la commission de médiation l'a reconnue le 14 décembre 2017 comme devant être accueillie en urgence dans un logement de transition ou un logement-foyer ;

- le tribunal administratif a ordonné son hébergement par un jugement du 18 juin 2018 sous astreinte de 30 euros par jour de retard ;

- le tribunal administratif a ordonné son logement par un jugement

du 21 décembre 2018 sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- l'absence de relogement est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle n'a fait l'objet d'aucune proposition d'hébergement dans le parc social, ni ne s'est vu proposer régulièrement une offre adaptée à ses besoins et à ses capacités, dans

le Val-de-Marne ou dans tout autre département de la région Ile-de-France ;

- elle s'est vue contrainte de saisir le préfet d'une demande indemnitaire en date

du 15 novembre 2018 ;

- au moment de la demande d'hébergement au titre du Daho, elle vivait depuis plusieurs mois dans la rue ;

- sa demande de Dalo a été faite alors qu'elle était hébergée depuis le mois de février 2018 par le centre d'hébergement et de réinsertion sociale de la Croix-Rouge française, situé au Perreux-sur-Marne ;

- cette solution ne constitue en rien une solution de logement stable et durable lui permettant de mener une vie normale ;

- elle est d'autant plus préoccupante que l'absence de logement stable l'a conduite à tomber malade à plusieurs reprises or elle ne peut se le permettre car elle a été embauchée depuis le 1er octobre 2018 en qualité d'agent d'entretien à temps partiel pour une période indéterminée ;

- elle remplit toujours les conditions réglementaires d'accès au logement social, ce qui a pour conséquence de lui ouvrir un droit à un relogement prioritaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 juillet 2019, le 25 novembre 2020 et le 20 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requérante, née en 1990, célibataire et reconnue réfugiée, a été reconnue prioritaire par une décision du 14 décembre 2017 de la commission de médiation en vue de l'accès à un hébergement ;

- elle a été hébergée le 22 mars 2018 dans un centre d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS), situé 23 boulevard Alsace-Lorraine au Perreux sur Marne, l'Etat ayant ainsi répondu à son obligation d'hébergement ;

- le 15 mars 2018, sa candidature a été proposée pour un logement de transition à Limeil Brévannes mais n'a pas été acceptée ;

- l'intéressée a été reconnue prioritaire par une décision du 13 juin 2019 par la commission de médiation du Val-de-Marne en vue d'une offre de logement de type T1 ;

- elle a été relogée le 5 octobre 2020 dans un logement de type T2 situé au Perreux-sur-Marne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B, premier vice-président, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 14 décembre 2017, la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a reconnu Mme A comme prioritaire et devant être accueillie en urgence " dans un logement de transition ou dans un logement-foyer : résidence sociale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Saisi par l'intéressé le tribunal administratif de Melun a, par un jugement du 18 juin 2018, enjoint au préfet du Val-de-Marne d'accueillir Mme A dans une structure d'hébergement conformément à la décision de la commission de médiation, sous astreinte de trente euros par jour de retard à compter du 16 juillet 2018. Le 13 novembre 2018, Mme A a saisi le préfet du Val-de-Marne d'une demande préalable d'indemnisation des préjudices subis à raison de l'absence de proposition de la part de l'autorité préfectorale d'une solution d'hébergement conforme à la décision de la commission de médiation. Par un jugement du 15 décembre 2020, le tribunal a condamné l'Etat à lui verser une somme de 4 000 euros, en raison de la carence du préfet à exécuter l'injonction qui lui a été faite par le tribunal de lui proposer un hébergement conformément à la décision de la commission de médiation du 14 décembre 2017. Par une décision du 30 décembre 2021, le Conseil d'Etat a annulé le jugement du tribunal administratif de Melun en date du 15 décembre 2020 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'absence d'hébergement assuré dans le délai légal :

2. Les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation prévoient les conditions dans lesquelles une commission de médiation peut être saisie d'une demande de logement locatif social. Aux termes du III du même article : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande /() ". Aux termes du IV du même article : " Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département () cette demande pour laquelle il doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A a été reconnue par une décision du 27 décembre 2017 de la commission de médiation comme prioritaire et devant être accueillie en urgence dans un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Il est constant que l'intéressée a été hébergée à compter du 22 mars 2018 au centre de d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) situé 23 boulevard Alsace-Lorraine au Perreux-sur-Marne, soit dans le délai légal de trois mois après la décision de la commission de médiation. Dans ces conditions, en l'absence de carence fautive imputable aux services de l'Etat dans la mise en œuvre de l'obligation d'hébergement de l'intéressée, la demande indemnitaire doit sur ce point être rejetée.

En ce qui concerne l'absence de relogement assuré dans le délai légal :

5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.

6. Il est constant que, par une décision 30 aout 2018, la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne a refusé de reconnaitre Mme A comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, au motif qu'elle relevait du droit à l'hébergement et s'était vu reconnaitre le droit à l'hébergement par une décision du 14 décembre 2017, comme il est dit ci-dessus. En revanche, il résulte de l'instruction que Mme A a été reconnue prioritaire par une décision du 13 juin 2019 par la commission de médiation du Val-de-Marne en vue d'une offre de logement de type T1 et qu'elle a été relogée le 5 octobre 2020 dans un logement de type T2 situé au Perreux-sur-Marne. Dans la mesure où il n'est pas même allégué que la responsabilité de l'Etat devrait être engagée à raison de la carence fautive à assurer le relogement de Mme A dans le délai légal, les conclusions indemnitaires ne peuvent sur ce point qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

7. Par voie de conséquence du rejet des conclusions indemnitaires présentées par Mme A, ses conclusions tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à la préfète du Val-de-Marne et à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

Le magistrat désigné,

B. GUEVEL La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200831

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