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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2200960

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2200960

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2200960
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre, JU
Avocat requérantHUBNER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 janvier 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A C, et conclut à ce que le tribunal :

1°) constate que les faits établis par le procès-verbal du 14 février 2021 constituent la contravention prévue et réprimée par l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques et condamne par suite M. C au paiement d'une amende de 12 000 euros ;

2°) mettre à la charge de M. C une somme de 107 400 euros (toutes taxes comprises) en réparation du préjudice causé à l'établissement consécutivement à l'accident en date du

14 février 2021 survenu au niveau de l'écluse de Saint-Maurice directement imputable au bateau " Galaxy" piloté par M. C ;

3°) condamne M. C au paiement de la somme de 250 euros correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification à la charge de l'établissement public Voies navigables de France du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le bateau de M. C a, le 14 février 2021, endommagé deux tripodes, un support du câble de sécurité, une estacade, des pierres d'encouturement et un massif en béton en amont du barrage de Saint-Maurice, au droit de la commune de Saint-Maurice, ce qui constitue la contravention de grande voirie prévue à l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques ;

- les dommages occasionnés par cet accident nécessitent des réparations dont le montant est évalué à 107 400 euros toutes taxes comprises.

Par un mémoire enregistré le 26 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Hubner, demande au tribunal d'ordonner une mesure d'expertise avant dire droit pour apprécier la nature et l'étendue des dommages causés à l'écluse endommagée, déterminer les travaux à réaliser et évaluer le montant de ceux-ci par postes.

Il soutient que :

- l'agent verbalisateur n'a pas été régulièrement commissionné ;

- il lui était impossible de manœuvrer son bateau dans la mesure où celui-ci était à la dérive après un choc à l'hélice ;

- une expertise diligentée à son initiative évalue les dommages causés au domaine public à 40 534 euros hors taxes, montant largement inférieur à celui estimé par Voies navigables de France ; ces disparités justifient une nouvelle expertise.

Par une ordonnance du 17 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 18 avril 2023.

Vu :

- le procès-verbal de contravention de grande voirie du 14 février 2021 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des transports ;

- l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Dumas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dumas, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hubner, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Le 14 février 2021, M. C pilote du bateau "Galaxy" immatriculé LI 10155 a, lors du franchissement du barrage de Saint-Maurice, eu une panne moteur et perdu le contrôle de son bateau, percutant le tripode amont (support de câble de sécurité) situé en rive gauche de l'ouvrage. Le bateau a ensuite percuté l'estacade amont ainsi que le tripode amont rive droite en les endommageant partiellement. L'établissement public voies navigables de France (VNF), gérant l'ouvrage pour le compte de l'Etat, propriétaire de celui-ci, a par suite dressé un procès-verbal de contravention de grande voirie pour infraction prévue à l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques à l'encontre de M. C, pilote du bateau, artisan batelier et président de la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Galaxy Gravity. L'établissement public VNF demande au tribunal, au titre de l'action publique, la condamnation de M. C au paiement d'une amende de 12 000 euros et, au titre de l'action domaniale, le remboursement du préjudice subi à hauteur de 107 400 euros.

Sur la contravention de grande voirie :

En ce qui concerne la régularité des poursuites :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4313-2 du code des transports : " Voies navigables de France est substitué à l'Etat dans l'exercice des pouvoirs dévolus à ce dernier pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié () / Les contraventions sont constatées par les agents mentionnés aux articles L. 2132-21 et

L. 2132-23 du code général de la propriété des personnes publiques ". Aux termes de l'article

L. 2132-21 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spécifiques, les agents de l'Etat assermentés à cet effet devant le tribunal judiciaire () sont compétents pour constater les contraventions de grande voirie ".

3. En l'espèce, le procès-verbal de constatation de contravention de grande voirie est signé par M. B D, adjoint au chef de la subdivision exploitation entretien, commissionné sous le n°75/00/08 et assermenté à cet effet. Il résulte en effet de l'instruction, et notamment de la carte de commission de l'agent verbalisateur, laquelle est suffisamment lisible et fait foi jusqu'à preuve du contraire, qu'il était commissionné à l'effet de permettre la constatation des infractions aux dispositions du code de l'urbanisme et du code général de la propriété des personnes publiques dans les départements de l'Essonne, de la Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. En outre, alors que le procès-verbal précité indique que M. D est assermenté à l'effet de constater les contraventions de grande voirie, le contrevenant ne soutient ni ne démontre que M. D n'aurait pas été valablement assermenté à cet effet, conformément aux dispositions de l'article L. 2132-21 susvisé. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'agent ayant constaté la contravention de grande voirie doit être écarté.

En ce qui concerne l'action publique :

4. Aux termes de l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut:/ 1° Dégrader, détruire ou enlever les ouvrages construits pour la sûreté et la facilité de la navigation et du halage sur les cours d'eau et canaux domaniaux ou le long de ces dépendances ;/ () Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros. Il doit supporter les frais de réparations et, en outre, dédommager les entrepreneurs chargés des travaux à dire d'experts nommés par les parties ou d'office ". Lorsqu'il retient la qualification de contravention de grande voirie s'agissant de faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d'infliger une amende au contrevenant. Il peut moduler le montant de cette amende dans la limite du plafond que constitue le montant de l'amende prévu par ces textes et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

5. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 14 février 2021, à l'encontre de M. C pour avoir endommagé, alors que son bateau " Galaxy " était à la dérive en raison d'une panne de son moteur, deux tripodes et une estacade au niveau du barrage éclusé de la commune de Saint-Maurice, au point kilométrique 177,150 de la Marne. Ce procès-verbal, fait foi jusqu'à preuve du contraire. Si le prévenu fait valoir en défense qu'il a perdu le contrôle de son bateau après un choc dans l'hélice, il ressort de l'instruction et notamment du rapport d'expertise contradictoire diligenté par Voies navigables de France que ce même bateau n'a subi " aucune avarie " après inspection de celui-ci par la police fluviale et par les pompiers. Par ailleurs, et en tout état de cause, M. C n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause ce constat, celui-ci se bornant à indiquer dans la déclaration d'avarie destinée à son assureur que " nous nous sommes pris quelque chose dans l'hélice sûrement ". Dès lors, M. C n'établit pas que les dommages causés du fait de son bateau seraient dus à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure. Ces dégâts constituent une dégradation du domaine public au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes publiques et, par suite, constituent la contravention prévue et réprimée par ces dispositions. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner M. C à une amende de 4 000 euros.

En ce qui concerne l'action domaniale :

6. L'auteur d'une contravention de grande voirie doit être condamné à rembourser au gestionnaire du domaine public le montant des frais exposés ou à exposer par celui-ci pour les besoins de la remise en état de l'ouvrage endommagé. Il n'est fondé à demander la réduction des frais mis à sa charge que dans le cas où le montant des dépenses engagées en vue de réparer les conséquences de la contravention présente un caractère anormal. Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.

7. Il résulte de l'instruction que les dommages causés par le bateau du requérant ont nécessité des travaux de réparation, dont le montant a été estimé par le cabinet d'expertise TECH-FLU, sur le fondement d'un premier devis établi par la société ETPO, à la somme de 131 004 euros toutes taxes comprises, puis, suite à un second devis établi par cette même société, à 107 400 euros toutes taxes comprises. Toutefois, M. C produit une expertise réalisée pour l'Alliance Batelière de la Sambre Belge (ABSB), son assureur corps, laquelle conclut à un montant de réparations de seulement 48 636 euros toutes taxes comprises, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que les devis de travaux établis par la société ETPO aient fait l'objet d'une quelconque mise en concurrence. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par l'établissement public Voies navigables de France au titre des dommages matériels causés par le bateau de M. C en fixant à la somme de 78 000 euros toutes taxes comprises l'indemnisation due par celui-ci au titre de leur réparation, sans qu'il soit utile ni besoin de désigner un troisième expert en avant dire droit.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et

D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du

2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du 1er juillet 2022.

10. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que M. C a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le

14 février 2021, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de M. C la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est condamné à payer une amende de 4 000 euros.

Article 2 : M. C versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de

78 000 euros en réparation des dommages causés par son bateau "Galaxy" le 14 février 2021.

Article 3 : M. C versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera adressé au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. A C dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le magistrat désigné,

M. DUMAS

La greffière,

C. BOURGAULT La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2200960

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