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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201010

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201010

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201010
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL KALLIOPE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 janvier 2022 et le 6 septembre 2023, la société civile d'exploitation agricole de Bruille (SCEA de Bruille), représentée par Me Leclerc, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de juger que la résiliation de la convention d'occupation du domaine public conclue le 1er mars 2021 est intervenue en dehors de toute faute contractuelle de la SCEA de Bruille ;

2°) de débouter la commune de Maison-Rouge-en-Brie de l'ensemble de ses moyens, fins et prétentions ;

3°) de condamner la commune de Maison-Rouge-en-Brie au versement de la somme de 9 042,21 euros en réparation des préjudices subis ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Maison-Rouge-en-Brie la somme de

5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convention a été rompue aux torts exclusifs de la commune ;

- la convention a été initialement prévue pour une durée ferme d'un an renouvelable par tacite reconduction ;

- aucune limitation particulière quant au type de denrées susceptibles d'être présentées dans le distributeur n'était spécifiée, en-dehors du fait qu'il devait contenir des " fruits et légumes frais " ;

- en application de l'article L. 2122-9 du code général de la propriété des personnes publiques, la commune est redevable d'une indemnité de 9 042,21 euros hors taxes correspondant à la perte des bénéfices qui découlaient de l'occupation du domaine public par la SCEA de Bruille, outre les frais d'installation et de retrait du distributeur du domaine public, en cours de chiffrage ;

- les demandes reconventionnelles formées par la commune doivent être rejetées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2023, la commune de Maison-Rouge-en-Brie, représentée par Mes Landot et Karamitrou, conclut au rejet de la requête, à la condamnation à titre reconventionnel de la SCEA de Bruille au paiement de la somme totale de 12 598, 60 euros assortie des intérêts légaux et de la capitalisation des intérêts, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SCEA de Bruille au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la résiliation pour faute est régulière et la SCEA de Bruille ne peut prétendre à une quelconque indemnisation ;

- elle est fondée à être indemnisée des préjudices subis liés notamment à la sous-estimation de la redevance domaniale de la convention d'occupation du domaine public et à l'occupation illégale du domaine public ;

- les autres moyens soulevés par la SCEA de Bruille ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté pour la commune de Maison-Rouge-en-Brie a été enregistré le

13 mai 2024 et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code général des collectivités territoriales :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pradalié,

- les conclusions de M. Allègre, rapporteur public,

- les observations de Me Gaboune, représentant la SCEA de Bruille, et de Me Girardo représentant la commune de Maison-Rouge-en-Brie.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole de Bruille (SCEA de Bruille) exerce une activité agricole, incluant la culture de pommes et de pommes de terre, ainsi que la production de viande d'agneau et d'œufs. Une convention a été signée le 1er mars 2021 entre la commune de Maison-Rouge-en-Brie et la SCEA de Bruille prenant effet le jour de la signature, autorisant la SCEA de Bruille à installer sur le domaine public communal un automate distributeur de fruits et légumes frais. La commune de Maison-Rouge-en-Brie a adressé par courrier en date du

21 juin 2021 à la SCEA de Bruille une décision de résiliation de la convention sous 15 jours. La commune a ensuite adressé un autre courrier à la SCEA de Bruille le 5 juillet 2021 par lequel elle notifiait sa décision de résilier la convention avec un délai de préavis de 3 mois. Suite à un recours gracieux portant également demande indemnitaire de la SCEA de Bruille, la commune a confirmé sa décision de résiliation par un courrier du 29 novembre 2021. Par la présente requête, la SCEA de Bruille demande la réparation du préjudice qu'elle soutient avoir subi.

Sur les conclusions de la société requérante :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". Aux termes de l'article L. 2122-3 du même code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 2122-1 présente un caractère précaire et révocable ". Il appartient au maire, dans l'exercice de ses pouvoirs de gestion du domaine public communal, de veiller au respect des prescriptions imposées au titulaire d'une autorisation d'occupation dudit domaine.

3. Il résulte de l'instruction que l'article 1er de la convention portant autorisation d'occupation du domaine public de la commune de Maison-Rouge-en-Brie stipule que " L'exploitant met à disposition un automate distributeur de fruits et légumes frais ". Par suite, et contrairement à ce que soutient la société requérante, il résulte de l'instruction que la convention précitée en date du 1er mars 2021 n'autorisait pas la SCEA de Bruille à vendre dans l'automate distributeur concerné d'autres produits que des fruits et légumes frais. Il résulte de ce qui précède qu'en procédant à la vente d'autres produits que des fruits et légumes frais, en particulier des produits laitiers et des volailles, et ce malgré les rappels au respect de la convention que lui a adressés la commune de Maison-Rouge-en-Brie, la SCEA de Bruille a commis une faute de nature à permettre à la commune de Maison-Rouge-en-Brie de résilier la convention sans avoir à lui verser d'indemnité. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la commune de Maison-Rouge-en-Brie a résilié la convention portant occupation du domaine public du 1er mars 2021 en respectant la procédure prévue par l'article 2 de la convention, qui prévoit un délai de " préavis de trois mois avec dénonciation par courrier recommandé, ce délai permettant l'organisation de la prestation d'enlèvement de l'automate à la charge de l'exploitant ".

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCEA de Bruille doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les conclusions indemnitaires reconventionnelles de la commune de Maison-Rouge-en-Brie :

5. Aux termes de l'article L. 2125-3 du code général de la propriété des personnes publiques : " La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation. ".

6. D'une part une commune est fondée à réclamer à l'occupant sans titre de son domaine public, au titre de la période d'occupation irrégulière, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. A cette fin, elle est fondée à demander le montant des redevances qui auraient été appliquées si l'occupant avait été placé dans une situation régulière, soit par référence à un tarif existant, lequel doit tenir compte des avantages de toute nature procurés par l'occupation du domaine public, soit, à défaut de tarif applicable, par référence au revenu, tenant compte des mêmes avantages, qu'aurait pu produire l'occupation régulière de la partie concernée du domaine public communal.

7. D'autre part, si l'autorité gestionnaire du domaine public peut, avant même le terme d'une autorisation délivrée, modifier les conditions pécuniaires auxquelles est subordonnée l'occupation du domaine, elle ne peut toutefois légalement exercer cette prérogative qu'à raison de circonstances nouvelles intervenues ou portées à sa connaissance postérieurement à la délivrance de l'autorisation.

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, postérieurement à la signature de la convention portant occupation du domaine public en date du 1er mars 2021, la SCEA de Bruille a mis en vente des produits, notamment des produits laitiers et des volailles, qui ne figuraient pas parmi les produits visés dans la convention d'occupation du domaine public. Toutefois, la commune de Maison-Rouge-en-Brie n'assortit pas le moyen tiré de ce que la SCEA de Bruille a tiré un avantage de ce fait, survenu postérieurement à la signature de la convention, des éléments suffisants permettant d'apprécier la valeur de l'avantage conféré. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions indemnitaires relatives à ce chef de préjudice.

9. En deuxième lieu, il est constant que la convention portant occupation du domaine public a pris effet le 1er mars 2021, qu'elle a pris fin au terme de trois mois de préavis le

8 octobre 2021, que la SCEA de Bruille soutient sans être contredite avoir retiré toutes ses marchandises le 3 décembre 2021, que la commune de Maison-Rouge-en-Brie a coupé l'alimentation en électricité de l'automate distributeur le 17 décembre 2021, et que la SCEA de Bruille a retiré l'automate distributeur du domaine public le 18 février 2022. Par ailleurs, l'article 6 de la convention signée le 1er mars 2021 entre la commune de Maison-Rouge-en-Brie et la SCEA de Bruille stipule que " l'exploitant s'engage à retirer le distributeur dans les quinze jours suivants la date de prise d'effet de ladite résiliation ". Il résulte de ce qui précède que la SCEA de Bruille a illégalement occupé le domaine public du 23 octobre 2021 au 18 février 2022, soit une durée de 118 jours. Par suite, la commune de Maison-Rouge-en-Brie est fondée à réclamer à la SCEA de Bruille, occupante sans titre de son domaine public à compter de la résiliation, une indemnité compensant les revenus qu'elle aurait pu percevoir d'un occupant régulier pendant cette période. Il y a lieu dans ce cadre de faire application du montant de la redevance prévue par les parties à l'article 4 de la convention précitée du 1er mars 2021, soit un montant de 65 euros par mois. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de mettre une somme de 256 euros à la charge de la SCEA de Bruille.

10. En troisième lieu, la commune de Maison-Rouge-en-Brie soutient que " Cette occupation illégale a en outre causé un préjudice moral à la commune de Maison-Rouge-en-Brie en portant atteinte à l'imprescriptibilité de son domaine public (article L.3111-1 du CG3P). Aussi, il sera fait une juste appréciation de la réparation du préjudice financier subi par la commune en lui octroyant une indemnisation de 4 200 euros H.T ". Toutefois, la commune de Maison-Rouge-en-Brie n'établissant pas la réalité de son préjudice moral, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions indemnitaires relatives à ce chef de préjudice.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la SCEA de Bruille doit être condamnée à verser à la commune de Maison-Rouge-en-Brie la somme de 256 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la SCEA de Bruille, à verser à la commune de Maison-Rouge-en-Brie, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre de somme à la charge de la commune de Maison-Rouge-en-Brie au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA de Bruille est rejetée.

Article 2 : La SCEA de Bruille est condamnée à verser la somme de 256 euros à la commune de Maison-Rouge-en-Brie à titre d'indemnité compensant l'occupation illégale de son domaine public.

Article 3 : La SCEA de Bruille versera à la commune de Maison-Rouge-en-Brie la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la commune de Maison-Rouge-en-Brie est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d'exploitation agricole de Bruille et à la commune de Maison-Rouge-en-Brie.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Dumas, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 13 juin 2024.

Le rapporteur,

G. PRADALIELe président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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