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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201288

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201288

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201288
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS-THIEFFRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 février 2022, 11 février 2022,

14 avril 2022, 25 avril 2022 et 23 mai 2022 sous le numéro 2201288, M. A B, représenté par Me Langlois-Thieffry, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État (préfète du Val-de-Marne) au versement d'une somme de

10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de la carence de la préfète à lui délivrer son titre de séjour valable du 27 novembre 2019 au 26 novembre 2021, ensemble les intérêts y afférents à compter du 7 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel valable d'avril 2022 à avril 2024, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de lui accorder la nationalité française, à titre infiniment subsidiaire de lui délivrer une carte de résident d'une durée de 10 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

M. B soutient que :

- l'absence de remise de son titre de séjour est constitutive d'une carence fautive de l'administration ;

- cette carence lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence estimés à hauteur globale de 10 000 euros ;

- le lien de causalité entre la carence fautive et ses préjudices est direct et certain.

Par un mémoire, enregistré le 1er mars 2022, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

La préfète du Val-de-Marne fait valoir que :

- la requête est dépourvue d'objet ;

- le requérant n'a pas retiré son titre de séjour après que l'administration l'a averti par SMS de son retour de fabrication.

Une ordonnance du 24 mai 2022 a fixé la clôture de l'instruction au 30 juin 2022 en application des dispositions de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

II°) Par une requête et des mémoires enregistrés les 8 et 11 février 2022, et le

14 avril 2022, sous le numéro 2201297, M. A B, représenté par Me Langlois-Thieffry, demande au tribunal sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de la justice administrative de lui verser une provision de 7 500 euros à valoir sur ses droits à indemnisation des préjudices subis du fait de la carence fautive de la préfète du Val-de-Marne à lui délivrer son titre de séjour.

M. B soutient que :

- l'absence de remise de son titre de séjour est constitutive d'une carence fautive de l'administration ;

- cette carence lui a causé un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

- le lien de causalité entre la carence fautive et ses préjudices est direct et certain ;

- l'obligation pesant sur l'Etat n'est pas sérieusement contestable.

La procédure a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M Allègre,

- les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Langlois-Thieffry, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né en 1975, a disposé d'un titre de séjour à compter du 3 juillet 2006 et jusqu'au 13 mai 2019. Depuis lors, le préfet a décidé de lui accorder une carte de séjour pluriannuelle de deux ans valable du 27 novembre 2019 au 26 novembre 2021. Toutefois, cette carte ne lui a pas été remise. Par un courrier notifié le 7 décembre 2021, M. B a demandé à la préfète de Val-de-Marne la remise matérielle de sa carte de séjour pluriannuelle, et le versement de la somme de 10 000 euros en réparation de ses préjudices. En l'absence de réponse, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 10 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la carence de la préfète du Val-de-Marne à lui délivrer un titre de séjour, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un titre de séjour pluriannuel valable d'avril 2022 à avril 2024, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de lui accorder la nationalité française et à titre infiniment subsidiaire de lui délivrer une carte de résident d'une durée de 10 ans. M. B a également demandé une provision de 7 500 euros à valoir sur ses droits à indemnisation.

2. Les requêtes susvisées n° 2201288 et n° 2201297 présentées pour M. B présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la fin de non-recevoir :

3. Dans son mémoire en défense du 1er mars 2022, la préfète du Val-de-Marne soutient que la requête enregistrée sous le numéro 2201288 est dépourvue d'objet dès lors qu'un titre de séjour peut être remis à M. B. Toutefois, une demande indemnitaire préalable présentée par le requérant a été notifiée le 7 décembre 2021. En l'absence de réponse de l'administration une décision implicite de rejet est née le 7 février 2022. Dès lors que le contentieux indemnitaire est lié et que la requête n'est pas dépourvue d'objet, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité :

4. En l'absence de disposition légale ou réglementaire fixant le délai de fabrication et de délivrance d'un titre de séjour résultant d'une décision positive, l'administration est tenue de le délivrer matériellement dans un délai raisonnable qu'il appartient au juge d'apprécier en tenant compte de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. Il résulte de l'instruction que, suite à la demande de délivrance d'une carte de résident déposée le 10 juillet 2019 par M. B, la préfète du Val-de-Marne a pris une décision positive de délivrance d'un titre de séjour pluriannuel valable du 27 novembre 2019 au 26 novembre 2021. Convoqué le 9 janvier 2020 en vue de la remise de ce titre, le requérant n'a pu être mis en possession de celui-ci au motif, avancé par l'administration, qu'il aurait été perdu. S'il résulte de l'instruction qu'un nouveau titre a été effectivement réceptionné en préfecture le 10 juillet 2020, la préfète du Val-de-Marne n'établit pas que M. B a été informé de la mise à disposition de ce titre avant la date d'expiration de ce dernier. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la carence de la préfète du Val-de-Marne à délivrer dans un délai raisonnable le titre de séjour qu'elle avait décidé d'accorder est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Toutefois, M. B n'est en droit d'obtenir réparation que des préjudices directs et certains en ayant résulté pour lui.

En ce qui concerne les préjudices :

6. M. B soutient que la carence de l'administration à lui délivrer son titre de séjour lui a causé de manière directe et certaine un préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence, et un préjudice financier consécutif à la suspension de contrat de travail, évalués globalement à la somme de 10 000 euros.

7. Il résulte de l'instruction que M. B était titulaire depuis le 23 juillet 2017 d'un contrat de travail à durée indéterminée, et que ce contrat a été suspendu par son employeur à compter du 16 juillet 2021 faute pour le requérant de pouvoir établir son droit au séjour sur le territoire depuis le 18 août 2020, date d'échéance de son dernier récépissé de demande de titre de séjour. Toutefois, même en l'absence de remise du titre de séjour en cause, il appartenait à

M. B, afin de se maintenir en situation régulière, de solliciter le renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, lequel l'autorisait à travailler. Par suite, en l'absence de toute demande, formulée par le requérant, de renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour, le préjudice financier résultant de sa situation irrégulière sur le territoire ne peut être regardé comme présentant un lien direct avec la faute commise par l'administration.

8. En revanche, M. B soutient que la carence de l'Etat à lui délivrer son titre de séjour, au point qu'il a expiré avant qu'il ne soit en mesure d'en prendre possession, et ce malgré les multiples échanges, en 2019, 2020 et 2021, entre les services de la préfecture et ceux du Défenseur des droits, saisis par le requérant afin de s'enquérir de sa situation, lui a causé un préjudice moral et l'a placé dans une situation de grande précarité. Dans ces conditions il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature résultant des carences fautives de la préfecture en condamnant l'Etat à lui verser une indemnité de 800 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 800 euros au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qu'il a subis du fait de la carence de l'État.

En ce qui concerne le versement d'une provision :

10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de versement d'une provision destinée à indemniser M. B des préjudices découlant de la faute de l'Etat.

En ce qui concerne l'injonction :

11. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets.

12. M. B sollicite au titre de l'injonction la délivrance à titre principal d'une carte de séjour pluriannuelle, et à titre subsidiaire d'une carte de résident et à titre infiniment subsidiaire qu'il soit fait droit à sa demande de naturalisation. Toutefois, ces demandes ne sont pas de nature à mettre fin au préjudice invoqué, qui résulte exclusivement de la non remise matérielle d'un titre de séjour dont la date de validité est expirée. Par suite ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les intérets :

13. M. B a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de

800 euros à compter du 7 décembre 2021, date de réception de sa demande par la préfète du Val-de-Marne.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de provision présentée par M. B.

Article 2 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) est condamné à verser à M. B la somme de 800 euros, ainsi que les intérêts au taux légal à compter du 7 décembre 2021.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Lalande, président,

M. Allègre, premier conseiller,

M. Pradalié, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.

Le rapporteur,

M. ALLEGRE Le président,

D. LALANDE

La greffière,

C. KIFFER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,,

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