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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201521

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201521

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201521
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation6ème chambre
Avocat requérantCHAFIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 15 février 2022, 15 juillet 2023 et 31 juillet 2024, M. A C, représenté par Me Chafir, demande au tribunal :

1°) de condamner département du Val-de-Marne à lui verser une somme de 122 321,25 euros, au titre des préjudices résultant de l'accident dont il a été victime, se décomposant comme suit :

- au titre du déficit fonctionnel temporaire total, la somme de 4 125 euros ;

- au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel, la somme de 6 698,75 euros ;

- au titre de l'aide humaine, la somme de 17 837,50 euros ;

- au titre du préjudice d'agrément retenu par l'expert, la somme de 15 000 euros ;

- au titre des souffrances endurées évaluées à 5/7, une somme qui ne pourra être inférieure à 35.000 euros ;

- au titre du préjudice esthétique temporaire évalué à 3,5/7, la somme de 8 000 euros ;

- au titre du préjudice esthétique permanent évalué à 2/7, la somme de 6 000 euros ;

- au titre du déficit fonctionnel permanent évalué à 15 %, la somme de 16 500 euros ;

- au titre du remboursement des frais d'expertise, la somme de 3 160 euros ;

- au titre des frais de réaménagement rendus nécessaires au domicile du requérant, la somme de 10 000 euros ;

- au titre des dépenses de santé actuelles la somme de119 021,36 euros ;

- au titre des frais de transport (frais divers), la somme de 3 101,63 euros.

2°) de mettre à la charge du département du Val-de-Marne une somme de 5.000 euros sur le fondement de l'article l. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le 26 octobre 2018, vers 20 heures, alors qu'il circulait au volant de son véhicule, il a percuté un séparateur modulaire en béton se trouvant au milieu de la voie sur la route départementale (RD19) à hauteur du 41 avenue du Général Leclerc à Maisons-Alfort ;

- le chantier, n'était pas signalé à l'aide de panneaux de signalisation visibles de nuit ;

- il a été hospitalisé du 25 octobre au 2 novembre 2018 à l'hôpital Henri Mondor, puis à la Clinique de Champigny le 12 novembre 2018. Les suites opératoires ont nécessité une importante rééducation avec impossibilité totale d'appui pendant 45 jours. Il a dû être opéré à plusieurs reprises depuis lors ;

- il a subi un préjudice esthétique, des douleurs ainsi qu'un déficit fonctionnel qui ont été évalués dans le second rapport d'expertise du docteur B du 7 juillet 2021 ;

- il estime que le danger n'étant pas signalé, la responsabilité du département est engagée pour défaut d'entretien normal de l'ouvrage public départemental situé à l'intérieur de l'agglomération et justifie qu'il indemnise son préjudice en lien avec cet accident ;

- compte tenu de l'absence totale de visibilité, il n'a pu anticiper ce risque.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 avril 2023, 22 mai 2023 et 13 septembre 2024, le département du Val-de-Marne, représenté par Me Ghislain Dechezleprêtre, demande au tribunal :

A titre principal,

1°) de juger la requête irrecevable, à défaut de justifier la demande préalable ;

2°) de débouter M. C et la CPAM du Val-de-Marne de l'intégralité de leurs demandes dirigées à l'encontre du département du Val de Marne dont la responsabilité dans l'accident survenu le 26 octobre 2018 n'est pas démontrée,

3°) de condamner M. C à rembourser au Département du Val-de-Marne la provision de 5 200 euros versée à la suite de l'ordonnance de référé du 17 décembre 2021,

A titre subsidiaire,

4°) de réduire de 90 % le droit à indemnisation de M. C et le remboursement des débours de la CPAM, soit une prise en charge de 10 % du montant de ses préjudices et de 10 % de la créance de la CPAM du Val-de-Marne,

5°) d'évaluer par conséquent les préjudices de M. C après application du fractionnement de 10% de la façon suivante :

* Préjudices patrimoniaux temporaires :

o Tierce personne temporaire : 823,81 euros

* Préjudices patrimoniaux permanents

o Aménagement du logement : Rejet

* Préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

o Déficit fonctionnel temporaire : 855,90 euros

o Souffrances endurées : 1 500,00 euros

o Préjudice esthétique temporaire : 250,00 euros

* Préjudices extra-patrimoniaux permanents :

o Déficit fonctionnel permanent : 1 350,00 euros

o Préjudice esthétique permanent : 200,00 euros

o Préjudice d'agrément : 300,00 euros

* Total : 5 279,71 euros

* Provision à déduire : 5.200,00 euros

* Solde : 79,71 euros

6°) d'évaluer la créance de la CPAM du Val-de-Marne après application du fractionnement de 10 % à une somme de 12 212,29 euros et de majorer cette somme à compter du jugement ;

7°) d'appeler en garantie la société d'Etude de contrôle de travaux et d'équipement urbain et routier, la société AXIMUM, la société EIFFAGE, ainsi que la société VEOLIA, responsables de ce défaut de signalisation ;

8°) de réduire la demande de M. C et de la CPAM du Val-de-Marne au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative à de plus justes proportions

9°) de statuer sur les dépens.

Il soutient que :

- Les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés, dès lors qu'il ne démontre pas l'absence de panneaux de signalisation permettant de voir le séparateur modulaire ;

- La responsabilité du département doit être atténuée à hauteur de 10 % au vu de la faute de M. C qui ne conduisait pas prudemment.

Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, représentée par la société JRF Avocats, demande au tribunal de :

1°) donner acte à la CPAM du Val-de-Marne de ce qu'elle s'en rapporte à justice sur les demandes formulées par la victime ;

2°) constater que la créance définitive de la CPAM du Val-de-Marne s'élève à la somme de 122 122,99 euros au titre des prestations en nature et frais de transport, et fixer cette créance à cette somme ;

3°) dire et juger que la CPAM du Val-de-Marne a droit au remboursement de sa créance sur l'indemnité mise à la charge du tiers réparant l'atteinte à l'intégrité physique de la victime ;

4°) dire qu'en application de la loi du 21 décembre 2006, le recours subrogatoire de la caisse devra s'exercer poste par poste sur les seules indemnités réparant les préjudices pris en charge par ses soins :

- les frais d'hospitalisation, les frais médicaux et assimilés versés avant la date de consolidation doivent être imputés sur le poste de dépenses de santé actuelles (DSA) ;

- les frais de transport doivent être imputés sur le poste des frais divers (FD) ;

5°) de fixer le poste de préjudice des dépenses de santé actuelles à une somme qui ne saurait être inférieure à 119 021,36 euros ;

6°) de fixer le poste de préjudice frais divers à une somme qui ne saurait être inférieure à 3.101,63 euros ;

7°) de condamner le département du Val-de-Marne à payer à la CPAM du Val-de-Marne la somme de 122 122,99 euros correspondant aux prestations en nature et en espèces, et des frais de transport, exposés pour le compte de la victime ;

8°) de dire et juger que cette somme portera intérêts de droit à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement à celle-ci et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement ;

9°) d'ordonner la capitalisation des intérêts échus pour une année en application de l'article 1343-2 du code civil ;

10°) de condamner le département du Val-de-Marne à payer à la CPAM du Val-de-Marne la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

11°) de condamner le département du Val-de-Marne à payer à la CPAM du Val-de-Marne la somme de 1.500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ;

Par un mémoire enregistré le 8 décembre 2023, la société Veolia, représentée par la SELAS Realyze, demande au tribunal :

1°) A titre principal, de rejeter l'appel en garantie formulée par le département du Val-de-Marne.

2°) A titre subsidiaire, de rejeter les prétentions de M C dont le montant s'élève à 122 321,25 euros ;

3°) de rejeter les prétentions de la CPAM du Val-de-Marne dont le montant s'élève à 122 099 euros.

4°) de condamner tout succombant à l'instance à lui verser la somme de 3 000 euros au titre de l'article l.761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.

Elle soutient que :

- le requérant n'établit ni l'absence de signalisation, ni que la société VEOLIA en serait, le cas échéant, responsable ;

- les appels en garantie présentée par le département du Val-de-Marne ne sont ainsi pas justifiées ;

- M. C connaissait le trajet qu'il empruntait régulièrement et a commis une faute d'attention.

Par un mémoire enregistré le 18 septembre 2024, la société Eiffage génie civil réseaux, représentée par Me Lagrenade, conclut :

1°) au rejet de la requête et de l'appel en garantie du département du Val-de-Marne ;

2°) à ce que les demandes de M. C soient réduites de 50 %, pour un montant de 20 423,55 euros ;

3°) de réduire en conséquence la créance de la CPAM du Val-de-Marne ;

4°) de mettre à la charge de M. C à titre principal et du département du Val-de-Marne à titre subsidiaire une somme de 3 000 euros au titre des frais irrépétibles.

Elle soutient principalement n'avoir pas eu à intervenir sur ce chantier routier, mais sur un autre chantier, à proximité de celui-ci et n'a pas eu à déplacer les panneaux.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la voirie routière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dewailly,

- les conclusions de Mme Deleplancque , rapporteure public,

- et les observations de Me Dechezleprêtre , représentant le département du Val-de-Marne, et de Me Duchateau, représentant la société VEOLIA.

- les autres parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, a percuté un séparateur modulaire en béton se trouvant au mitan de la voie et délimitant les voies de circulation, par rapport à l'emprise du chantier, le 26 octobre 2018, vers 20 heures, alors qu'il circulait au volant de son véhicule sur la route départementale (RD19), dans la traversée de la commune de Maisons-Alfort, à hauteur du numéro 41 de l'avenue du Général Leclerc. Il a été pris en charge par les pompiers et a été hospitalisé à l'hôpital Henri Mondor de Créteil ou lui ont été diagnostiquées plusieurs fractures et luxation. Il sera hospitalisé jusqu'au 12 novembre 2018, puis transféré à la Clinique de Champigny du 12 novembre au 5 février 2019. Il subira ensuite plusieurs interventions chirurgicales en lien avec les conséquences de cet accident. M. C a demandé l'indemnisation de son préjudice au département du Val-de-Marne, qui a rejeté sa demande. Il demande la condamnation du département à lui verser la somme de 122 321,25 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis consécutivement à cet accident.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Le département du Val-de-Marne estime que la requête de M. C est tardive faute qu'il ait introduit sa requête dans un délai de deux mois à compter de sa réclamation préalable. Toutefois, d'une part, le département n'a pas accusé réception de sa réclamation préalable du 8 octobre 2021, reçue le 12 octobre 2021, lui indiquant les voies et délais de recours prévu à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Ainsi dès lors que à défaut de cet accusé de réception, le délai de recours contentieux mentionné à l'article R. 421-2 du code de justice administrative n'a pas couru. Ainsi, la requête, réitérant ses précédentes demandes, enregistrée le 15 février 2022, n'est pas tardive. Par conséquent, les fins de non-recevoir opposées en défense ne peuvent qu'être écartées.

Sur la responsabilité du département :

3. Pour obtenir réparation par le maître de l'ouvrage des dommages qu'ils ont subis à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public, les usagers de cet ouvrage doivent démontrer devant le juge administratif, d'une part, la réalité de leur préjudice et, d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. Pour s'exonérer de la responsabilité qui pèse alors sur lui, il incombe au maître d'ouvrage soit d'établir qu'il a normalement entretenu l'ouvrage, soit de démontrer l'existence d'une faute de la victime ou d'un événement de force majeure.

4. Aux termes de l'article L.131-2 du code de la voirie routière : " Les dépenses relatives à la construction, à l'aménagement et à l'entretien des routes départementales sont à la charge du département ". Il résulte de ces dispositions que des travaux qui ont pour objet d'assurer la conservation d'une voie départementale située à l'intérieur d'une agglomération, incombent au département.

5. M. C soutient que son accident a pour origine l'absence de signalisation suffisante sur cette voie en travaux permettant de voir, de nuit, le séparateur modulaire séparant le milieu de la voie. Si le procès-verbal de police du 29 novembre 2018, fourni par le requérant n'est pas explicite sur ce point, il résulte toutefois de l'instruction, notamment des photos prises le soir de l'accident et transmises par courriel le lendemain à 13 heures, que la présence de ce séparateur n'était pas suffisamment signalée, notamment de nuit, pour permettre à tout conducteur de réaliser à son approche une manœuvre d'évitement en temps utile. Si l'un des ouvriers, comme le chef de chantier, ont déclaré que le chantier était sécurisé, la capture d'écran du site Google Street datant de 2018 produite par la société Véolia à l'appui de son mémoire montre l'absence de panneaux visibles de nuit. Dès lors, l'absence d'une signalisation et d'un balisage adéquat du chantier la nuit est de nature à établir un lien de causalité entre cet ouvrage, non sécurisé, et l'accident donc a été victime M. C. Cette insuffisance de signalisation et de balisage, eu égard à la configuration particulière du lieu de l'accident, nécessitant des mesures de protection et de signalisation, constitue un défaut d'entretien normal de la voie publique de nature à engager la responsabilité du département.

Sur la faute de la victime :

6. Toutefois, il résulte de l'instruction qu'une signalisation par marquage au sol, et la présence de bandes de couleur rouge et jaune posées sur le séparateur modulaire et la présence d'éclairage sur les lieux de l'accident auraient dû attirer l'attention du requérant, qui circulait la nuit, avec une acuité visuelle nécessairement réduite. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que le séparateur modulaire était visible pour les personnes circulant sur cette voie, aucun élément ne permet de dire que cette visibilité présentait un caractère suffisant, en l'absence d'éléments permettant d'affirmer notamment qu'une pré signalisation avait été installée avant l'arrivée sur ce carrefour et alors en outre que le département affirme que la société Véolia aurait déplacé le balisage, attestant ainsi de son absence. Dès lors, si le requérant, résidant de la commune ne pouvait ignorer la présence de ces travaux importants entrepris sur la RD 19 sur le territoire de la commune de Maisons-Alfort, ayant débuté en mai 2018 et le balisage confié à la société AXIMUM en août 2018, soit plusieurs mois avant l'accident, aurait dû faire preuve de prudence en adaptant sa conduite à la configuration des lieux, à l'évidence différente du fait des travaux, et a donc commis une faute d'inattention, cette faute ne peut qu'atténuer la responsabilité du département et des entreprises auxquelles étaient confiés ces travaux. Dans ces conditions la faute de la victime est de nature à atténuer la responsabilité du département, à hauteur de 50 % des conséquences dommageables de l'accident.

Sur l'indemnisation des préjudices :

Les frais d'assistance par une tierce personne (ATP) :

9. M. C réclame une somme de 17 837, 50 euros correspondant, selon l'expertise du Dr. B du 21 juillet 2021, à une première période au cours de laquelle il aurait été assisté une heure et demi par jour, du 6 février 2019 au 20 janvier 2020, puis quatre heures par semaine du 8 mars au 19 juillet 2020, ensuite une heure et demi par jour du 25 juillet au 23 août 2020 et quatre heures par semaine du 24 août au 23 octobre 2020, enfin deux heures par semaine du 24 octobre 2020 au 5 mars 2021. Dès lors qu'il n'était pas en mesure d'accomplir par lui-même certaines tâches de la vie quotidienne, il lui était nécessaire d'être assisté d'une tierce personne ce que précise d'ailleurs le rapport d'expertise, toutefois, faute qu'il apporte des éléments précis, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant une somme de 3 000 euros.

Le déficit fonctionnel temporaire total (DFTT) :

10. Le requérant réclame le versement d'une somme de 4 125 euros au titre du DFTT. L'expert retient un déficit fonctionnel temporaire total de 165 jours. Ce poste de préjudice indemnise l'invalidité totale subie par la victime dans sa sphère personnelle jusqu'à sa consolidation. Elle correspond aux périodes d'hospitalisation de la victime, mais aussi à la " perte de qualité de vie et celle des joies usuelles de la vie courante ", en l'occurrence, il ressort des pièces du dossier que le requérant a connu de longues périodes d'hospitalisation ainsi qu'il a été dit au point 1. Il sera fait à une juste appréciation de ce chef de préjudice, sur la base de 20 euros par jour, en lui allouant une somme de 3 300 euros.

Le déficit fonctionnel temporaire partiel (DFTP) :

11. Le requérant réclame le versement d'une somme de 6 698,75 euros au titre du DFTP. L'expert retient un déficit fonctionnel temporaire partiel de 50 % du 6 février 2019 au 20 janvier 2020, puis de 30 % du 8 mars jusqu'au 19 juillet 2020, de 50 % du 25 juillet au 23 août 2020, de 30 % du 24 août au 23 octobre 2020, enfin de 15 % du 24 octobre 2020 au 5 mars 2021. Ce poste de préjudice indemnise l'invalidité partielle subie par la victime dans sa sphère personnelle jusqu'à sa consolidation, déduction faite des journées d'hospitalisation déjà indemnisées à un autre titre. Il y a lieu, ainsi que le demande le département du Val-de-Marne, de déduire les dix jours durant lesquels M. C a été hospitalisé et qui ont déjà été indemnisé au titre du déficit fonctionnel temporaire total. Il sera fait à une juste appréciation de la demande de M. C, non sérieusement contestée, en retenant un coût de 3 690 euros pour les jours à 50 %, 1 170 euros pour ceux à 30 % et 399 euros pour ceux à 15 % et en lui allouant ainsi une somme totale de 5 259 euros au titre de ce préjudice.

Les souffrances temporaires endurées (STE) :

12. M. C était âgé de 78 ans au moment des faits. Son conseil insiste sur le fait qu'il est une personne fragile, qui a subi un choc physiquement traumatisant. L'accident lui a occasionné plusieurs fractures puis des luxations, très douloureuses au niveau de la hanche, causant son immobilisation. Les souffrances endurées du fait de cet accident ont été évaluées à 5/7 par l'expert, soit qualifiées d'assez importantes. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait à une juste appréciation de la demande de M. C en lui allouant une somme de 35 000 euros au titre de ce préjudice.

Le préjudice esthétique temporaire (PET) :

13. Le rapport d'expertise évalue le préjudice esthétique temporaire de M. C à 3,5/7. L'expert indique qu'il a dû se déplacer, dans un premier temps, à l'aide d'un déambulateur puis de deux cannes. Toutefois, le requérant ne démontre pas que ces blessures, même temporaires, ont eu des conséquences personnelles très préjudiciables, liées à la nécessité par exemple de se présenter dans un état physique altéré au regard des tiers. Dans les strictes circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation en lui allouant une somme de 2 500 euros au titre de ce préjudice.

Le déficit fonctionnel permanent (DFP) :

14. Il s'agit d'indemniser une incapacité constatée médicalement qui répare non seulement les atteintes aux fonctions physiologiques de la victime, mais aussi la douleur permanente qu'elle ressent, ou la perte de la qualité de vie et les troubles dans les conditions d'existence qu'elle rencontre au quotidien après sa consolidation. A cet égard, l'expert évalue le DFP à 15 %. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait à une juste appréciation de la demande du requérant en lui allouant une somme de 16 500 euros à ce titre.

Le préjudice d'agrément (PA) :

15. Le requérant, âgé de 78 ans au moment de l'accident, dit ne plus pouvoir exercer ses loisirs tels que la gymnastique et le vélo. Toutefois, s'il n'est pas douteux que cet accident a pu entraîner des répercussions physiques, aucun élément, notamment médical, ne vient confirmer que cet accident et ses conséquences, à les supposer démontrer, serait à l'origine de l'arrêt de cette activité. Dès lors, ce chef de préjudice sera rejeté.

Le préjudice esthétique permanent (PEP) :

16. En l'espèce, l'expert indique dans son rapport que M. C utilise une canne pour se déplacer et présente une boiterie persistante, il relève aussi une cicatrice de 20 cm au niveau de la hanche et évalue ce préjudice à 2/7. Ce préjudice pouvant être qualifié de " léger ", il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'allouer au requérant une somme de 2 000 euros.

Les frais d'aménagement du logement :

17. Le requérant réclame la somme de 10 000 euros pour l'aménagement de sa salle de bain, mais ne produit à l'appui de sa demande aucun devis ou autre document attestant la nécessité de tels aménagements, en lien avec les conséquences de son accident. En outre, à les supposer nécessaires, ces frais n'ont pas été indiqués dans le rapport d'expertise, ce dernier n'ayant pas non plus demandé l'assistance d'un ergothérapeute. Ce chef de préjudice sera rejeté.

18. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de retenir une somme totale de 67 559 euros au titre des préjudices subis par M. C à la suite de son accident survenu le 26 octobre 2018. Compte tenu de la faute retenue à l'encontre de M. C, il y a seulement lieu de mettre à la charge du département du Val-de-Marne la moitié de cette somme, soit 33 779,50 euros, dont sera déduite la provision de 5 200 euros, que le requérant ne conteste pas avoir perçue, soit la somme de 28'579,50 euros.

Sur les conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne :

19. Dès lors que la responsabilité partielle du département du Val-de-Marne est admise par le présent jugement, il y a lieu de faire droit aux conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne (CPAM) tendant à la réparation du préjudice que lui a causé l'accident survenu à M. C à hauteur de ses débours, soit 122 122,99 euros, et, compte tenu de la part de responsabilité de M. C, de mettre la somme de 61'061,50 euros à la charge du département du Val-de-Marne.

Sur l'appel en garantie :

20. Aux termes de l'article 5 de l'arrêté DRIEA n° 2018-0646 du 16 mai 2018 du préfet du Val de Marne, les entreprises, dont les noms sont cités, étaient chargées : " Une signalisation est mise en place aux endroits nécessaires pour informer les usagers de ces dispositions. La pose des panneaux, du balisage et de son entretien, sont assurés par les entreprises AXIMUM et DIRECT SIGNA sous le contrôle de SETN du département et l'entreprise SECTEUR, qui doivent, en outre prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité publique et notamment la pré-signalisation et le balisage, conformément à la réglementation en vigueur. ", ainsi que la société EIFFAGE qui s'est vue attribuer le lot n°6 portant (entretien, réparation, interventions d'urgence et travaux neuf).

21. Ainsi qu'il a été dit au point 5 la responsabilité du département pour défaut de signalisation étant engagée, du fait de l'appartenance à la voirie départementale de cette voie et du contrôle que devait assurer " SETN du département ", il y a lieu de ne faire droit à l'appel en garantie dirigé par le département du Val-de-Marne contre les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, Société D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER, chargées de la sécurisation des travaux et de mettre à la charge, in solidum, des sociétés précitées, 75 % de la somme de 28 579,50 euros correspondant au préjudice subi par M. C et de 61'061,50 euros correspondant aux débours de la CPAM du Val-de-Marne, mises à la charge du département du Val-de-Marne.

22. Par ailleurs, si le département du Val-de-Marne soutient aussi, dans son appel en garantie, que la société VEOLIA aurait déplacé les panneaux de signalisation de travaux sans l'accord du département sur les lieux de l'accident, cette affirmation n'est étayée d'aucun document probant et objectif, alors en outre que la société Véolia a contesté ces affirmations. Dans ces conditions, la responsabilité de la société VEOLIA ne peut être retenue, il ya lieu de la mettre hors de cause.

Sur les frais d'expertise :

23. Il y a lieu de condamner le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER à verser à M. C une somme totale de 3 160 euros au titre des frais d'expertise, sous réserve que ce dernier apporte la preuve qu'il les a versés à l'expert désigné par le tribunal.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

24. Il y a lieu de condamner le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER à verser à la CPAM du Val-de-Marne une somme de 1 114 euros au titre des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Sur les frais d'instance :

25. Il y a lieu de condamner, le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER à verser à M. C, une somme totale de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

26. Il y a lieu de condamner le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER à verser à la CPAM du Val-de-Marne une somme totale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. Il y a lieu de condamner le département du Val-de-Marne à verser à la société Véolia une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le département du Val-de-Marne est condamné à verser une somme de 28'579,50 euros au titre des préjudices subis par M. A C.

Article 2 : Le département du Val-de-Marne est condamné à rembourser une somme de 61'061,50 euros au titre des débours de la CPAM du Val-de-Marne.

Article 3 : Le département du Val-de-Marne est condamné à verser à M. C la somme de 3 160 euros au titre du remboursement des frais d'expertise, sous réserve qu'il démontre avoir versé cette somme à l'expert.

Article 4 : Le département du Val-de-Marne est condamné à verser à la CPAM du Val-de-Marne une somme totale de 1 114 euros au titre des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 5 : la Société D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER, la Société AXIMUM, la Société EIFFAGE sont condamnées in solidum à rembourser au département, au titre de l'appel en garantie, 75 % des sommes précitées.

Article 6 : Le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER sont condamnés in solidum à verser à M. C une somme totale de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le département du Val-de-Marne et les sociétés AXIMUM, EIFFAGE, SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER sont condamnés in solidum à verser à la CPAM du Val-de-Marne une somme totale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le département du Val-de-Marne est condamné à verser à la société Véolia une somme totale de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 10: Le présent jugement sera notifié à M. C, au département du Val-de-Marne, à la SOCIETE D'ETUDES DE CONTROLE DE TRAVAUX ET D'EQUIPEMENT URBAIN ET ROUTIER, à la Société AXIMUM, à la Société EIFFAGE, à la Société VEOLIA et à la Caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée pour son information à l'expert Dr D B.

Délibéré après l'audience du 24 septembre, à laquelle siégeaient :

M. Dewailly, président,

M. Rehman-Fawcett, premier conseiller,

Mme Iffli, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2024.

Le président rapporteur,

S. DEWAILLYLe rapporteur le plus ancien,

C. REHMAN-FAWCETT

La greffière,

L. SUEUR

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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