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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201551

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201551

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201551
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre DALO
Avocat requérantBEN KEMOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 14 février 2022, Mme B C, représentée par Me Ben Kemoun demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 7 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers frais et dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- par une décision du 11 janvier 2021, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; l'intéressée a refusé une proposition de logement soumise le 21 octobre 2021 en raison de ce qu'après avoir effectué la visite, il s'est avéré que ce logement ne répondait pas aux critères imposés par la commission de médiation et qu'il présentait un état d'insalubrité certain, comme en attestent les photographies versées aux débats ; elle en a fait mention sur le bon de visite du 9 novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation éventuellement accordée à une somme d'un montant conforme à la jurisprudence administrative.

Il fait valoir que :

- la candidature de Mme C a été présentée à six reprises auprès des commissions d'attribution de logement des bailleurs sociaux ;

- elle a fait échec à plusieurs reprises à son relogement ; dans le cadre des accords collectifs départementaux pour le logement des personnes défavorisées, avant même la commission de médiation, elle a fait échec à un relogement dans un logement de type T4 à Chelles, mais elle n'a pas complété son dossier de candidature si bien que la commission du 26 juin 2019 de l'opérateur Marne et Chantereine Habitat n'a pu que rejeter son dossier ;

- après la commission de médiation, elle a fait échec une seconde fois, le 4 novembre 2021, à un logement de type T4 à Chelles qui respectait les prescriptions de la commission et qu'elle a refusé en estimant qu'il était trop petit et qu'il était au troisième étage sans ascenseur, alors même que la requérante n'a pas déclaré de handicap ou de problème de santé justifiant un refus ; les photographies versées ne sont pas probante faute d'être certifiées comme provenant des lieux visités, ce logement était un T4 d'une superficie de 62 m2 ;

- l'urgence n'est plus avérée depuis le 16 mai 2022, date du relogement de la requérante dans un logement de type T4 à Mitry-Mory (77290).

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. A, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.

L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T4, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 11 janvier 2021 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne. En l'absence de relogement, Mme C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 5 novembre 2021, par le préfet de Seine-et-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 7 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans en Seine et Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

3. En premier lieu, le refus, sans motif impérieux, d'une proposition de logement adaptée est de nature à faire perdre au demandeur de logement social le bénéfice de la décision de la commission de médiation, pour autant qu'il ait été préalablement informé de cette éventualité conformément à l'article R. 441-16-3 du code de la construction et de l'habitation. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision de la commission de médiation du 11 janvier 2021, ayant reconnu le droit au logement opposable de Mme C à un logement de type T4, indiquait que le refus d'une proposition adaptée pouvait faire perdre au demandeur le caractère de priorité et d'urgence de son relogement.

4. D'une part, le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que Mme C a fait échec à une proposition de relogement à Chelles dans la mesure où elle n'a pas communiqué à la commission d'attribution de logement de l'opérateur Marne et Chantereine Habitat les pièces nécessaires à l'instruction de son dossier en temps utile. Toutefois, le droit au logement opposable de Mme C est né le 26 janvier 2019 et il n'engage la responsabilité de l'Etat au titre de sa carence à la reloger qu'à compter du 26 décembre 2019. Or, il résulte de l'instruction que la proposition de relogement litigieuse a été émise le 14 mai 2019 et a été examinée par la commission d'attribution de logement du bailleur social le 26 juin 2019. Ainsi, cette proposition est antérieure à la date de la décision de la commission de médiation reconnaissant un droit au logement opposable à Mme C. Par suite, le refus de la requérante est sans incidence sur l'obligation de l'Etat à reloger l'intéressée en vertu de son droit au logement opposable.

5. D'autre part, le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que Mme C a refusé sans motif légitime une proposition de relogement à Chelles émise le 21 octobre 2021. Toutefois, la requérante lui oppose que ce logement était insalubre en raison de sa trop grande humidité, trop exigu compte tenu de l'effectif de son foyer, et faiblement accessible en raison de son positionnement au troisième étage d'un immeuble sans ascenseur. Cependant, si Mme C verse aux débats un bon de visite faisant mention de l'insalubrité, de la saleté et de l'humidité du logement situé 10 rue Mariey à Chelles, elle ne saurait se prévaloir de ce document qu'elle a elle-même constitué. De même, si la requérante produit au dossier des photographies d'un logement montrant d'importantes zones humides et couvertes de moisissures, elle n'apporte pas d'élément de nature à rattacher ces photographies au logement litigieux. En outre, le préfet soutient sans être contredit que ce logement serait d'une superficie de 62 m2. En l'espèce, le foyer familial de Mme C comptant cinq personnes, le seuil de sur occupation prévu par les dispositions de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation est fixé à 43 m2 de surface habitable pour un tel foyer. Or, la requérante ne démontre pas que le logement litigieux lui offrirait une surface habitable inférieure au seuil précité. De même, Mme C n'établit pas que la structure du logement litigieux le rendrait inadapté aux besoins de son foyer. Enfin, si Mme C fait état de ce que logement litigieux serait un appartement situé au troisième étage d'un immeuble dépourvu d'ascenseur, cette seule circonstance ne suffit pas à établir le caractère inadapté de l'offre de logement, en dépit même de l'inconfort d'une telle situation compte tenu notamment du jeune âge de ces deux derniers enfants. Dans ces conditions, le refus de relogement émis le 9 novembre 2021 par Mme C ne peut être regardé comme reposant sur un motif impérieux. Par suite, si Mme C est fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à la reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 9 novembre 2021.

6. En second lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit quatre mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total cinq personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à Mme C une somme de 450 (quatre cent cinquante) euros.

Sur les frais d'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisé et de l'article R. 761-1 du même code.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 450 (quatre cent cinquante) euros au titre des dommages et intérêts.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. A

La greffière,

T. JELLOULI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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