vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2201642 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | BROCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2022, Mme C D née E, agissant en son nom propre et au nom de ses enfants mineurs F D et A D, représentée par Me Brochard demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 70 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec intérêt à compter de la réception de la demande préalable d'indemnisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- par une décision du 30 août 2018, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par un jugement du 20 juin 2019, le tribunal a enjoint sous astreinte à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; elle n'a reçu aucune offre de logement ; la famille, qui compte trois personnes, été accueillie par les parents de la requérante, dans un logement de trois pièces hébergeant alors sept personnes, à la suite de son expulsion d'un logement privé de février 2019 à août 2020 ; depuis septembre 2020, elle vit en centre d'hébergement et de réinsertion sociale, mais dans un logement de type T2 situé à l'extérieur du centre, tout en étant soumise à son règlement intérieur restrictif de liberté.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a produit ni mémoire ni pièce en défense.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D née E a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 30 août 2018 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, par un jugement n° 1901999 du 20 juin 2019, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er octobre 2019, sous astreinte. En l'absence de relogement, Mme D Née E a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 27 septembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme D demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 70 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D s'est vu reconnaître le droit au logement opposable à un logement de type T3 par la commission de médiation pour le motif suivant : " Attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Toutefois, lorsque seul le délai anormalement long a été retenu par la commission de médiation, l'intéressée n'a en principe aucun droit à indemnisation, sauf dans l'hypothèse où le logement est inadapté à ses capacités financières et ses besoins.
4. Cependant, d'une part, il résulte de l'instruction que Mme D, divorcée de son époux par un jugement du 19 juillet 2017 de la juge aux affaires familiales du Tribunal de grande instance de Bobigny, a vécu avec ses deux enfants mineurs au domicile de ses parents pendant la période du mois de février 2019 au mois d'août 2020, en conséquence du commandement de quitter les lieux à compter du 18 avril 2019, rendu suite au jugement du tribunal d'instance de Charenton-le-Pont en date du 15 janvier 2019. Si ces derniers sont tenus d'héberger leurs enfants en vertu de l'obligation alimentaire résultant des articles 205 et 207 du code civil, il appartient au juge de tenir compte de la situation du demandeur logé ou hébergé par un de ses parents en prenant notamment en compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portée à sa connaissance. Or, Mme D soutient sans être contredite en défense par la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit de mémoire que le logement de ses parents ne comptait que trois chambres pour sept occupants, ce qui fut à l'origine de tension ayant justifié son départ. Dans ces conditions, Mme D est fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à la reloger pendant cette période du mois de février 2019 au mois d'août 2020.
5. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'à compter de son départ du domicile de ses parents, Mme D a été hébergée avec ses enfants en centre d'hébergement et de réinsertion sociale. Si la requérante reconnaît qu'elle est hébergée dans un logement de type T2 situé à l'extérieur du centre, il n'est pas contesté qu'elle était bénéficiaire d'un droit au logement opposable au titre d'un logement de type T3. Par ailleurs, il n'est pas davantage contesté que cet hébergement temporaire demeure soumis au règlement intérieur de l'établissement set service social et médico-social. Enfin, la requérante soutient sans être contredite qu'aucune offre de logement ne lui a été présentée et que l'urgence n'a pas disparu à la date du présent jugement. Dans ces conditions, Mme D est également fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à la reloger à compter du mois septembre 2020 jusqu'à la date du présent jugement.
6. En second lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit cinquante mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total trois personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à Mme D une somme de 3 800 (trois mille huit cents) euros.
Sur les intérêts :
7. Mme D a droit aux intérêts au taux légal à compter du 27 septembre 2021, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisé.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme D Née E une somme de 3 800 (trois mille huit cents) euros au titre des dommages et intérêts, assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 27 septembre 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D née E, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
Le magistrat désigné,
S. B
La greffière,
T. JELLOULI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026