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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2201644

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2201644

vendredi 28 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2201644
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre DALO
Avocat requérantCOUSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 février 2022 et le 24 octobre 2022, M. F C, représenté par Me Cousin E demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- par une décision du 23 janvier 2020, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par une ordonnance du 21 juin 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- la période de carence de l'Etat a débuté le 23 juillet 2020 ; cependant, la commission de médiation aurait dû reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement social dès le 24 octobre 2019, date de la décision initiale ayant rejetée sa demande et qui a été abrogée par la décision du 23 janvier 2020 prise sur recours gracieux ;

- l'intéressé a droit à l'indemnisation des préjudices subis, à savoir le défaut d'intimité que lui cause l'hébergement chez un tiers et le préjudice de ne pas pouvoir accueillir ses filles ; depuis octobre 2020, il est hébergé chez un tiers et domicilié au centre communal d'action sociale, à la suite de son divorce par consentement mutuel ayant pris effet le 29 mai 2019 ; l'intéressé dispose d'un droit de visite et d'hébergement s'agissant de ses deux filles, nées le 20 juin 2011 et le 13 février 2014 et qui résident chez leurs mères à Joinville-le-Pont, qu'il ne peut exercer s'il ne dispose pas d'un logement ; or, ses ressources ne lui permettent pas d'accéder à un logement de type T3, à Joinville-le-Pont.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le préjudice n'est pas certain, faute pour le requérant d'établir qu'il a accompli des démarches pour se loger dans le parc locatif privé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique le rapport de M. D et les observations de Me Cousin E, représentant M. C.

La préfète du Val-de-Marne n'était ni présente ni représentée.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F C a été reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence dans un logement de type T3, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 23 janvier 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressé, le tribunal a, par une ordonnance n° 2008957 du 21 juin 2021, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressé, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er septembre 2021. En l'absence de relogement, M. C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 15 décembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, M. C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.

3. En premier lieu, il incombe à l'Etat, au titre de l'obligation de reloger les demandeurs de logement social dans le délai imparti par le code de la construction et de l'habitation à la suite de la décision de la commission de médiation, de prendre l'ensemble des mesures et de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour que le droit au logement opposable ait, pour les personnes concernées, un caractère effectif. Ainsi, la carence de l'Etat est susceptible d'engager sa responsabilité pour faute.

4. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C s'est vu reconnaître par une décision du 23 janvier 2020 le droit au logement opposable par la commission de médiation du Val-de-Marne pour le motif suivant : " dépourvu de logement / hébergé chez un particulier ". Toutefois, M. C soutient que la responsabilité de l'Etat doit prendre en compte la circonstance qu'une première décision de rejet de sa demande de logement en date du 24 octobre 2019 a été retiré par la décision du 23 janvier 2020 au terme d'un recours gracieux. Cependant, si le requérant prétend que l'administration a commis une faute dans la mise en œuvre de son droit au logement opposable, il n'établit pas, par les seules pièces qu'il verse aux débats, que la décision du 24 octobre 2019 aurait été édictée irrégulièrement. La seule circonstance que cette décision ait été retirée ne suffit pas à lui reconnaître un caractère fautif. Par suite, la point de départ du délai de carence de l'Etat à reloger M. C engageant la responsabilité étatique doit, en l'espèce, être regardé comme ayant débuté à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation prise le 23 janvier 2020.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la décision de la commission d'attribution des logements du bailleur social en date du 14 mars 2022 et du contrat de location conclu entre M. C et la société Immobilière 3F que le requérant a accédé au logement social le 14 avril 2022. Dans ces conditions, si M. C est fondé à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à le reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme ayant débuté le 23 juillet 2020 et comme s'étant achevée le 14 avril 2022.

6. En deuxième lieu, la circonstance, à la supposer même établie, que M. C n'ait pas épuisé les démarches de droit commun en recherchant un logement dans le parc locatif privé est sans incidence sur sa faculté à présenter une demande de logement social à la commission de médiation, et n'a par ailleurs pas fait obstacle à la reconnaissance du droit au logement opposable de l'intéressé. De même, cette circonstance, à la supposer établie, est sans incidence sur l'obligation de l'Etat à reloger M. C en exécution de la décision de la commission de médiation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 442-12 du code de la construction et de l'habitation : " Sont considérées comme personnes vivant au foyer au titre des articles L. 441-1, et L. 441-4 ; ' le ou les titulaires du bail ; ' les personnes figurant sur les avis d'imposition du ou des titulaires du bail ; ' le concubin notoire du titulaire du bail ; ' le partenaire lié par un pacte civil de solidarité au titulaire du bail ; ' les personnes réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts ; ' les enfants qui font l'objet d'un droit de visite et d'hébergement. "

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la convention de divorce par consentement mutuel régie par les dispositions de l'article 229-1 du code civil signée par les parties et leurs conseils le 3 mai 2019, et ayant pris effet le 29 mai 2019 selon les écritures de la requête, que les jeunes B et A résident chez leur mère, mais que M. C dispose d'un droit de visite et d'hébergement tous les mercredis, en fin de semaine les semaines paires, et pendant la première moitié des vacances scolaire. Par suite, ces enfants doivent être comptés comme composant le foyer de M. C au sens de la législation du droit au logement opposable. Compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit vingt mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, et du nombre de personnes vivant au foyer pendant la période en cause, soit au total trois personnes, il sera fait une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence en condamnant l'Etat à verser à M. C une somme de 1 300 (mille trois cents) euros.

Sur les frais d'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C une somme de 1 300 (mille trois cents) euros au titre des dommages et intérêts.

Article 2 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à M. C une somme de 800 (huit cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.

Le magistrat désigné,

S. D

La greffière,

T. JELLOULI

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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