jeudi 12 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202389 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | COOPER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 mars 2022 et le 20 juin 2024, M. B A, représenté par Me Cooper, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une provision de 1 500 euros en réparation des préjudices résultant de l'abstention du garde des sceaux, ministre de la justice de se conformer aux prescriptions de l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Paris le 19 novembre 2020 dans l'instance n° 18PA03088.
Il soutient que :
- par un arrêt du 19 novembre 2020, la cour administrative d'appel de Paris a imparti un délai d'un an au garde des sceaux, ministre de la justice pour prendre toutes mesures, destinées à faire cesser les atteintes à la dignité des détenus concernés, en vue de procéder à l'aménagement de la maison d'arrêt pour hommes de l'établissement pénitentiaire de Fresnes, afin d'augmenter la superficie des cours de promenade, de les rénover, d'aménager leur sol de manière à éviter l'accumulation de détritus et la circulation des rongeurs et de rendre effective la surveillance des cours de promenade afin que tout incident puisse être détecté et traité en temps réel ;
- le garde des sceaux, ministre de la justice s'étant abstenu de se conformer aux prescriptions de cet arrêt, l'état d'insalubrité de l'établissement pénitentiaire l'empêche de se rendre en promenade depuis le 29 décembre 2021, date à laquelle il y a été incarcéré, le contraignant ainsi à demeurer enfermé dans sa cellule 24h/24 ;
- cette abstention le prive de sa liberté et de son droit à bénéficier d'une promenade à l'air libre dans des conditions dignes.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que, d'une part, le contentieux n'est pas lié par une décision prise sur une réclamation préalable et, d'autre part, la requête n'est pas présentée par un avocat ;
- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment son article 3 ;
- le code pénitentiaire ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Billandon, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Par un jugement rendu le 6 avril 2018 dans l'instance n° 1503550, le tribunal a considéré que les conditions dans lesquelles se déroulaient les promenades des détenus du centre pénitentiaire de Fresnes excédaient le niveau inévitable de souffrance inhérent à la détention et étaient dès lors attentatoires à la dignité des intéressés, en conséquence de quoi il a annulé la décision par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice avait implicitement rejeté la demande d'un détenu de cet établissement tendant à la mise aux normes des cours de promenade. Par un second jugement rendu le 20 juillet 2018 dans la même instance, après visite des lieux, le tribunal a enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, dans le délai de six mois :
- de faire procéder à l'abattement de cloisons séparant les cours, de sorte que la superficie minimale de chaque cour soit de 120 mètres carrés ; ainsi, les cours de 45 mètres carrés seraient regroupées au minimum trois par trois et les cours de 85 mètres carrés au minimum deux par deux, les cours de promenade de la première division spécialement dédiées, à la date dudit jugement, aux détenus placés à l'isolement, au quartier disciplinaire, au quartier d'évaluation de la radicalisation ou soumis à un autre régime de détention particulier, nécessitant qu'ils soient tenus à l'écart du reste de la population carcérale n'étant pas concernées par cette injonction, en raison des impératifs de sécurité liés aux publics accueillis ;
- de faire procéder à la rénovation des sols des cours de promenade et au ragréage général en vue de faciliter leur entretien et à l'équipement des évacuations d'eau des cours d'un grillage empêchant à la fois l'accumulation de détritus et la circulation des rongeurs ;
- de procéder à l'installation en nombre suffisant au regard du nombre de détenus admissibles dans les cours, de bancs, d'abris recouvrant le tiers des cours afin que les détenus puissent bénéficier des cours de promenade en cas de fortes chaleurs ou d'intempéries, d'urinoirs, de poubelles, de points d'eau et de barres de traction, dans chacune des cours de promenade ;
- de procéder au nettoyage à l'aide d'un matériel à haute pression des cours de promenade tous les deux jours ainsi qu'à un balayage, un nettoyage des urinoirs et un vidage des poubelles tous les jours ;
- de rendre effective la surveillance des cours de promenade par la mise en place d'un système de vidéosurveillance couvrant l'intégralité de la surface des cours, en affectant des agents à temps plein au visionnage des écrans et en affectant un nombre suffisant d'agents à la surveillance directe des détenus afin que tout incident puisse être détecté et traité en temps réel.
2.Saisie d'un appel dirigé contre ces deux jugements, la cour administrative d'appel de Paris a, par un arrêt rendu le 19 novembre 2020 dans l'instance n° 18PA03088, ordonné au garde des sceaux, ministre de la justice de prendre, dans le délai d'un an, toutes mesures, destinées à faire cesser les atteintes à la dignité des détenus concernés, en vue de procéder à l'aménagement de la maison d'arrêt pour hommes de l'établissement pénitentiaire de Fresnes, afin d'augmenter la superficie des cours de promenade, de les rénover, d'aménager leur sol de manière à éviter l'accumulation de détritus et la circulation des rongeurs et de rendre effective la surveillance des cours de promenade afin que tout incident puisse être détecté et traité en temps réel, sauf en ce qui concerne les cours de promenade dédiées aux détenus placés à l'isolement, au quartier disciplinaire, au quartier d'évaluation de la radicalisation ou soumis à un autre régime de détention particulier nécessitant qu'ils soient tenus à l'écart du reste de la population carcérale.
3. D'une part, aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
4. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Et aux termes de l'article L. 6 du code pénitentiaire : " L'administration pénitentiaire garantit à toute personne détenue le respect de sa dignité et de ses droits. L'exercice de ceux-ci ne peut faire l'objet d'autres restrictions que celles résultant des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre des établissements, de la prévention de la commission de nouvelles infractions et de la protection de l'intérêt des victimes. Ces restrictions tiennent compte de l'âge, de l'état de santé, du handicap, de l'identité de genre et de la personnalité de chaque personne détenue. ".
5. Par la présente requête, M. A incarcéré au centre pénitentiaire de Fresnes du 29 décembre 2021 au 11 mai 2022, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'Etat à lui verser une provision de 1 500 euros en réparation des préjudices résultant de l'abstention du garde des sceaux, ministre de la justice de se conformer aux prescriptions de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 19 novembre 2020, dans le délai d'un imparti, qui expirait au plus tôt le 20 novembre 2021.
6. Il résulte de l'instruction que les travaux de rénovation et l'équipement des cours de promenades, seuls espaces concernés par la demande de M. A, étaient en cours d'exécution lors de l'incarcération de l'intéressé, compte tenu, d'une part, des contraintes qui pèsent sur l'administration pénitentiaire en matière notamment de commande publique, lesquelles ne lui ont permis de signer l'acte d'engagement relatif au marché de restructuration des cours de promenades que le 16 février 2022 et, d'autre part, des impératifs de sécurité liés à la situation de l'établissement concerné, lesdits travaux étant exécutés en site occupé avec un taux d'occupation élevé. Le ministre fait valoir qu'en revanche les mesures de nettoyage mentionnées dans l'arrêt de la cour ont été aussitôt mises en place avec le passage d'un nettoyeur haute pression dans l'ensemble des cours de promenade les fins de semaine, en plus du nettoyage quotidien des parties communes, le changement quotidien des sacs poubelles positionnés dans ces cours, le remplacement en 2021 du prestataire chargé de la lutte des nuisibles et la mise en place d'une dératisation trois fois par semaine. Enfin, une nouvelle organisation des promenades a permis aux détenus, dès le 6 septembre 2021, de bénéficier d'une promenade plus longue de deux heures par jour pour participer à d'autres activités socio-culturelles et de rationaliser les mouvements en détention afin de permettre une meilleure répartition des détenus dans les cours de promenade.
7. Il résulte de ce qui précède, et alors que M. A avait la possibilité de bénéficier d'autres activités que la promenade, l'obligation non sérieusement contestable dont il se prévaut qui pèserait sur l'Etat à raison du caractère indigne des conditions de ses promenades à l'air libre, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'est pas établie. Il s'ensuit que la requête doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'en examiner la recevabilité.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Melun, le 12 septembre 2024.
La juge des référés,
I. BILLANDON
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026