vendredi 28 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2202506 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre DALO |
| Avocat requérant | PARIENTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 10 mars 2022, le 7 mars 2023, et 28 mars 2023, Mme A C, représentée par Me Pariente demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 14 916 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de la carence des services de l'Etat à assurer son relogement, bien que sa demande de logement ait été reconnue comme étant prioritaire et urgente par la commission de médiation, avec les intérêts à compter du 1er décembre 2021 et la capitalisation des intérêts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce au bénéfice de la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- par une décision du 5 mars 2020, la commission de médiation a reconnu sa demande de logement comme prioritaire et urgente ; par une ordonnance du 30 juin 2021, le tribunal a enjoint à l'autorité préfectorale de lui attribuer un logement ; faute pour les services préfectoraux d'avoir assuré son relogement dans les délais impartis, ils ont commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- l'intéressée a droit à l'indemnisation des préjudices subis ; elle a éprouvé des troubles dans les conditions d'existence en raison de la persistance de son séjour dans des structures d'hébergement ; elle a vécu dans un centre de Réhabilitation Psycho Sociale, puis dans un appartement associatif partagé du groupe hospitalier Paul Guiraud entre le 10 mai 2022 et le 6 mars 2023 ; elle a également subi un préjudice matériel en raison de la location d'un box pour stocker ses meubles pendant trois années pour un montant de 11 916 euros ; elle a subi un préjudice moral de 3 000 euros ;
- l'intéressée a accepté les propositions de logement qui lui ont été faites, mais sa candidature n'a pas été retenue ; sa situation financière est justifiée et elle s'est acquittée de ses loyers antérieurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requérante s'est vue proposer un logement de type T1 à Fresnes le 24 septembre 2021 et un logement de type T1 à Chevilly-Larue le 27 septembre 2022, mais sa candidature n'a pas été retenue par le bailleur social ;
- si la requérante soutient qu'elle ne dispose pas de ressources suffisantes pour louer un box afin d'entreposer ses affaires, elle n'apporte aucun justificatif sur sa situation financière ni sur le coût pour elle des lieux dans lesquelles elle a été hébergée.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. B, les parties n'y étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été clôturée après l'appel de l'affaire à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence dans un logement de type T1, sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, par une décision du 5 mars 2020 de la commission de médiation du droit au logement opposable du Val-de-Marne. Saisi par l'intéressée, le tribunal a, par une ordonnance n° 2008197 du 30 juin 2021, sur le fondement du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, enjoint à la préfète du Val-de-Marne d'assurer le relogement de l'intéressée, conformément à la décision de la commission de médiation, avant le 1er septembre 2021. En l'absence de relogement, Mme C a adressé une demande préalable d'indemnisation, reçue le 1er décembre 2021, par la préfète du Val-de-Marne qui l'a rejetée implicitement. Par sa requête, Mme C demande au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 14 916 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'absence de relogement.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court dans le Val-de-Marne à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour susciter une offre de logement.
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme C s'est vue reconnaître par une décision du 5 mars 2020 le droit au logement opposable dans un logement de type T1 par la commission de médiation au motif qu'elle est dépourvue de logement et hébergée dans une structure d'hébergement. Si la préfète du Val-de-Marne fait valoir que la requérante s'est vue proposer un logement de type T1 à Fresnes le 24 septembre 2021 et un logement de type T1 à Chevilly-Larue le 27 septembre 2022, il ressort de l'extrait de l'application SYPLO versé par le défendeur que ces logements ont été attribués à un autre demandeur par la commission d'attribution des logements des bailleurs sociaux. En revanche, il ressort de cet extrait, qui n'a pas été remis en cause par la requérante, que Mme C a signé un contrat de bail pour un logement social de type T1 situé au 13 rue Juliette Drouet à Fresnes ayant pris effet le 3 janvier 2023. Dans ces conditions, si Mme C est fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat est engagée à son égard au titre de la carence fautive à la reloger, la période d'engagement de cette responsabilité doit être regardée comme s'achevant le 3 janvier 2023.
4. En deuxième lieu, l'indemnité susceptible d'être allouée à la victime d'un dommage causé par l'administration a pour seule vocation de replacer la victime dans la situation qui aurait été la sienne si le dommage ne s'était pas produit. Si la carence ou le retard de l'administration à loger les personnes désignées comme prioritaires a pour conséquence de faire persister les conditions de logement prises en considération par la commission de médiation, l'Etat, garant du droit au logement opposable, ne saurait être tenu de réparer l'ensemble des préjudices afférents à cette situation, préexistant à la reconnaissance du droit à un logement décent et indépendant pour les personnes concernées. Il ne saurait, par ailleurs, être tenu d'indemniser d'autres préjudices que ceux présentant un caractère réel, direct et certain.
5. Il résulte de l'instruction que Mme C a entreposé son mobilier chez un garde-meuble professionnel. Il ressort des factures produites, présentant l'historique du compte client de l'intéressée auprès de la société " Shurgard self storage ", que cette dernière a fait entrer son mobilier le 23 août 2018. Or, le droit au logement opposable de Mme C est né à l'expiration d'un délai de six mois passé la date de la décision de la commission de médiation, soit le 5 septembre 2020. Par suite, l'Etat ne saurait être tenu de réparer l'ensemble des préjudices afférents à la situation locative de Mme C, notamment ses frais d'entrée en garde-meuble, de location de garde-meuble ou de sortie de garde-meuble, qui ont une origine antérieure à la reconnaissance de son droit au logement opposable.
6. En troisième lieu, compte tenu des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat à attribuer un logement au demandeur, de la durée de cette carence, soit vingt-sept mois après de l'obligation pesant sur l'Etat née à l'expiration d'un délai de six mois après la décision de la commission de médiation, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence de Mme C en condamnant l'Etat à lui verser une somme de 600 (six cent) euros.
Sur les intérêts et la capitalisation :
7. En premier lieu, Mme C a droit aux intérêts au taux légal à compter du 1er décembre 2021, date de réception de sa demande préalable indemnitaire par les services préfectoraux.
8. En second lieu, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 10 mars 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er décembre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisé.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme C une somme de 600 (six cent) euros assortie des intérêts au taux légal calculés à partir du 1er décembre 2021. Les intérêts échus à la date du 1er décembre 2022 seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêt.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la préfète du Val-de-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2023.
Le magistrat désigné,
S. B
La greffière,
T. JELLOULI
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026